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18 mai 2009 1 18 /05 /mai /2009 10:57

intitulé de l’atelier

Des lieux d’ici : une approche personnelle, sensorielle et spatiale de Labège

 

Cécile

 

1.   L'école de musique, qui résonne de 1000 sons, m'envahit de son imposante stature.

2.   Dimanche ensoleillé, dans la joie d'une église rougie par la Haute-Garonne

3.   Médiathèque de Labège, lecture, écriture dans un cadre de calme et de passion

4.   Cabinet médical, odorat crispé un lieu toussant

5.   Pharmacie n'est que stress, déception, agacement ou tristesse.

 

  Renaud

 

1.   La terrasse de la médiathèque où le lecteur paisible goûte son plaisir.

2.   La double rangée des platanes du Canal du Midi fait tomber sur les péniches de passage des ombres passagères.

3.   L'impasse Soupetard, dont l'abri offert par le porche de la maisons aux capucines est une halte de silence.

4.   Au terrain de football, les voisins dans leurs tombes.

5.   La place Saint-Barthélémy, où l'odeur de kérosène se mélange aux effluves de crottes de chien et des plats du restaurant.

6.   Le parc ombragé qui apporte au promeneur solitaire  la joie d’entendre des rires d’enfants.

 

 


  Gaëla

 

1.   15h30, rue Tournamille, en échos étouffés, des voix d’enfants lors d’après-midis lourdes, et un sifflet – comme un martèlement sonore

2.   Bien au-delà de la route de Baziège, les montagnes, dures, à l’horizon, laissant présager un ailleurs possible

3.   Sur la place Saint-Barthélémy, fin de matinée, effluves d’ici, irradiant, et me menant par le bout du nez

4.   Chemin de Canteloup, trou noir et perte d’équilibre, chute et bris divers, la terre, meuble et ocre, presque le goût du sang.

5.   Dans le parc de l’Ancien Château, quelques silhouettes, presque translucides, lovées au creux des arbres, caressant les feuilles et se glissant langoureusement vers la terre.

 


Thierry

 

1.   Au bord  de la voie ferrée, amas d’herbes coupée : puanteur

2.   Restaurant ô Paisible, verres à vin taille XXL, le froid du verre et la chaleur du lieu.

3.   Centre Commercial Labège, trop de bruits, de mouvements, trop de tout, besoin d’air pur.

4.   Rue Baratou, sens interdit : rage.

5.   Par de Labège, le soir, coucher de soleil en cinémascope

6.   Entre cimetière et voie ferrée, calme déchiré par un train à toute allure.  

 


 

  Corinne

 

1.   Les gens attendent le printemps, comme les peintres, comme les fleurs.

2.   Sur le plan d’eau,

Flic

      Tap

          Flop…

La marche des badeaux

 

3.   Rue du Colombier

Où tes pas t’ont mené

Qu’as-tu vu s’envoler

Du vieux pigeonnier ?

 

4.   Marcheur du dimanche

Quitte la route de Baziège !

 

5.   Moulin à pastel

Où sont tes ailes

Qui touchent le vent ?

 

6.   Square ouvert

Goût d’enfance.

 


 

Jannick

 

1.   Carrefour, les portes s’ouvrent sur votre passage, on passe de la lumière du soleil à celle, artificielle, des néons.

2.   La médiathèque, un condensé de plaisirs à venir, que l’on caresse du doigt dans les rayonnages de livres serrés les uns contre les autres.

3.   Les arbres de l’école maternelle ont dépassé de beaucoup la taille des enfants qui les ont plantés, il y a fort longtemps. Seul reste intact le goût des cerises.

4.   Canal du Midi : il existe près des écluses un bas quartier de bohémiens où la belle jeunesse s’use à démêler le tien du mien. (Citation de Louis Aragon).

5.   Dans l’église, la poussière a une odeur de cierge et d’encens mêlés

6.   Si la nuit vous arrive le bruit du train, c’est que le vent d’Autan se prépare à vous pourrir la vie.

 


 

Sébastien

 

1.   La mélodie échappée du saxophone qui rien n’arrête sur le plan d’eau vient se heurter à la pauvre gaieté de la musique des terrasses

2.   Aubépine ou églantier, quel nom pour ces arbustes à l’odeur enivrante. Le printemps enfin. Une fée sous les fleurs blanches m’emmènera-t-elle loi n d’ici ?

3.   Près du canal, les remugles des cuves de retraitement des eaux usées se mêlent aux fraîches odeurs moussues de la nature qui s’éveille au crépuscule.

4.   Les fibres du vieux banc de bois sous mes mains, du haut de la colline au coucher du soleil. Un peu de verdure comme un poumon que la gangrène urbaine gagne inexorablement

5.   Le lambeaux de bœuf à la sauce sucrée salée et piquante, cuits au barbecue, appellent la bière fraîche d’été sur ma terrasse, et les souvenirs de Tokyo et de Séoul, loin déjà.

6.   Les néons rouges et bleus des restaurants au bord du plan d’eau se reflètent sur l’onde noire. 

 


 

 

Marrit (Arrivée en retard à la séance, elle n’a pas pu participer à tout l’exercice)

 

1.   La salle des fêtes, les cris des élèves de Dominique Savio qui courent dans tous les sens, le plaisir des rencontres des familles, le partage des gâteaux et le vin chaud fait maison, au marché de Noël.

2.   Le quartier Saint-Paul, Rudy et les canards qui nous font signe, du plaisir à se revoir.

3.   Impasse du Bois Joli, le chêne d’une centaine (centenaire) qui nous invite majestueusement à nous asseoir sur le banc sous la protection de ses branches et ses feuilles.

4.   Dans la salle des jeux de la maternelle, des Labégeoises vibrent sur un rythme africain.

5.   Sur la colline de la Fontaine Saint-Sernin, le silence et la vue imprenable nous rendent (donnent) soif




Deuxième phase de l’exercice

 

Les productions ayant été mélangées, ont été redistribuées. Il s’agit maintenant d’écrire une déambulation dans Labège, en utilisant tout ou partie des productions. Pour écrire ce texte, il faudra commencer par une citation choisie parmi les citations suivantes (qui feront en quelque sorte office d'amorce)

 

 

Encore un peu de jour au bord des toits et aux pointes des arbres.

(tiré de Pierre Reverdy La tête du monde, in Sources du vent, p.54, Poésie Gallimard)

 

ou

Une rangée d'arbres là-bas au loin, là-bas vers le coteau.

(tiré de  Le Gardeur de troupeau, Fernando Pessoa, Poésie Gallimard, p.97)

 

ou

Le soleil apparaît comme une pomme d'arrosoir en cuivre.

(tiré de Hors les murs, Jacques Réda, Poésie Gallimard, p.11, )

 

ou

Une tache de lumière orangée sur les feuilles mortes.

(tiré de Travaux d'approche, Michel Butor, Poésie Gallimard, p.107 )

 

ou

Je bourlingue

à travers le lait tendre des lumières

(tiré de Les armes miraculeuses, Aimé Césaire, Poésie Gallimard, p.53, )

 


 

Le texte de Cécile

 

Le soleil apparaît comme une pomme d'arrosoir en cuivre. La matinée commence... non... la journée débute. Le vélo glisse sur la route et j'atterris dans un tintement à côté de ce qui fait la joie de la Haute-Garonne. La double rangée des platanes du Canal du Midi fait tomber sur les péniches de passage des ombres passagères.
Douce journée qui s'annonce, mais déjà j'accélère.
Les grandes surfaces n'attendent pas!
Carrefour. les portes s'ouvrent sur les passages... Je passe de la lumière du soleil à celle, artificielle, des néons..
Après des achats faits dans une amertume non cachée, l'air pur, non conditionné, la lumière, naturelle, et mon vélo, continuant son tintement vigoureux, je rentre chez moi.
15h30, rue Tournamille, en échos étouffés, des voix d'enfants lors d'après-midi lourdes, et un sifflet, comme un martèlement sonore. Sursauts... puis dépôt... d'un enfant agité, ramassé à la petit cuillère...
16h00, la terrasse de la médiathèque où le lecteur paisible goûte son plaisir me fera le plus grand bien !
Puis c'est à la chorale, dans une école de musique, qui résonne de 1000 sons,qui m'envahiront de son imposante stature.
19h00... Enfin, enfin après un cinéma Gaumont, envahi de bruits et de foules incessantes, un tour de lac, où résonne, seulement, agréablement, la mélodie éclopée du saxophone que rien n'arrête sur le plan d'eau...Vient s'y heurter la pauvre gaieté de la musique des terrasses, pauvres sons qui n'enchantent pas grand monde !

Voilà, Voilà une journée sans doute banale, mais remplie de sensations. Les sens comblés, je m'endors.

 


 

 Le texte de Renaud

 

Encore un peu de jour au bord des toits et aux pointes des arbres. J'ai commencé ma marche par longer la voie ferrée, au bord de laquelle se trouve un amas d'herbe coupée. Puanteur. Besoin d'étendue d'eau, d'espace. Quelques minutes m'amènent au bord du plan d'eau où, plus tôt dans la journée, flic tap flop, la marche des badauds tapait la mesure avec les clapotis. Quelques voitures passent et se dirigent vers la place Saint-Barthélémy où le restaurant Ô Paisible ouvre ; verres à vin de taille XXL, le froid du verre et la chaleur du lieu... Ces sensations me sont familières. J'ai atteint la place. L'odeur du kérosène se mêle à la... Vraiment ?
Non... Mais.

 


 

Le texte de Gaëla


Je bourlingue
A travers le lait tendre des lumières, et au petit matin, j’aperçois un écriteau surgissant de nulle part : « Marcheur du dimanche, quitte la route de Baziège ! » J’obtempère, car à enfreindre trop souvent la loi, il est vrai qu’on la perd, la foi. Moi qui m’écriais hier au soir : « Misère, ce centre commercial de Labège, trop de bruits de mouvements, trop de tout. Besoin d’air pur. Voilà que soudain, on y pense, à ceux qui s’y perdent. Mais j’hésite à sauter le pas. Ce n’est pourtant pas grand-chose, et cette fois c’est décidé : - cabinet médical, odorat crispé dans un lieu toussant. J’ai trop peur de faire de mauvaises rencontres. Alors je plonge tête baissée, et me rappelle cette maxime célèbre ; à ce moment précis, où je crois perdre la mémoire :


Le texte de Thierry

 

Encore un peu de jour au bord des toits et aux pointes des arbres. La pharmacie n’est que stress, déception, agacement, tristesse. Fox m’entraîne vers le square ouvert au goût de l’enfance, dans ce parc de Labège au coucher de soleil en couleur cinémascope. La joie d’entendre les rires d’enfants, offerts au promeneur solitaire. Le chien continue vers son terrain de jeu, entre cimetière et voie ferrée, le calme est alors déchiré par un train à toute allure.

Dans le crépuscule, les néons rouges et bleus des restaurants, au bord du plan d’eau, se reflètent sur l’onde noire.

 


Le texte de Corinne


 Je bourlingue à travers le lait tendre des lumières. Chemin de Canteloup, trou noir et perte d’équilibre, chute et bris divers, la terre, meuble et ocre, presque le goût du sang, s’invite à mes basques. Une halte. Les fibres du vieux banc de bois, rugueuses sous la fine peau de mes doigts, me réveillent. Du haut de la colline, au coucher de soleil, un peu de verdure comme un poumon que la gangrène urbaine gagne inexorablement et que j’ai du mal à quitter.

Je suis dans mon rêve, où mes pas me mènent, il existe ici, près des écluses un bas quartier de bohémiens où la belle jeunesse s’use à démêler le tien du mien. Mes pas me portent place Saint-Barthélémy, des effluves irradiants me tirent par le bout du nez. Puis m’éveillent les bruits de marelle de l’école maternelle où les arbres ont dépassé de beaucoup la tailles des enfants qui les ont plantés, il y a fort longtemps. Mais aujourd’hui, c’est maintenant !

 


Le texte de Jannick

 

Une tache de lumière orangée sur les feuilles mortes. Morts aussi au terrain de football, les voisins dans leurs tombes. Où est la vie ? Dans le parc de l’ancien Château, quelques silhouettes presque translucides, lovées aux creux des arbres, carressant les feuilles et se glissant langoureusement vers la terre. Où est la vie ? La porte de l’église grince sur ses gonds rouillés, la poussière a une odeur de cierges et d’encens mêlés, sur l’autel les fleurs ont fané. Où est la vie ? Où sont les gens qui attendaient le printemps ? Que sont devenus les lecteurs qui, à la médiathèque, aimaient la lecture, l’écriture, le calme et les passions ? Où est la vie ? Après tout, aujourd’hui est le demain d’hier…  

 


Le texte de Sébastien

 

Encore un peu de jour au bord des toits et aux pointes des arbres. Le dernier soleil qui se couche me fait redécouvrir ces lieux banals et trouver une beauté cachée dans chaque coin, à chaque arrêt. Les feuilles s’abreuvent des derniers rayons de lumière. Dans quelques minutes, le froid, la mort, le silence et l’obscurité recouvriront les feuillages des chênes verts au bourgeonnement tardif, comme des arbustes craintifs au bord du sentier. Aubépine ou églantier, quel nom pour ces arbustes à l’odeur enivrante. Le printemps enfin. Une fée sous les fleurs blanches m’emmènera-t-elle loin d’ici ? L’hiver éternel dans la minute. Bien au-delà de la route de Baziège, les montagnes, dures, à l’horizon, laissant présager un ailleurs possible. Les neiges s’accrochent aux sommets et seront figées dans la pierre. L’ailleurs était hier. Le regard revient vers le village, ses laideurs, ses charmes. Dimanche ensoleillé, dans la joie d'une église rougie par la Haute-Garonne. Que de dimanches enfuis, que n’ai-je visité la petite église ? Le rouge des briques de l’église et du château, le noir de la nuit, d’un soleil qui se meurt. Un dimanche pour la création qui s’enroule sur elle-même et repart dans le néant. L’Autan m’apporte les senteurs des champs jusqu’à mon promontoire final.  Près du canal, les remugles des cuves de retraitement des eaux usées se mêlent aux fraîches odeurs moussues de la nature qui s’éveille au crépuscule. Tout se cristallise en ce dernier instant. L’impasse Soupetard dont l’abri offert par le porche de la maison aux capucines est une halte de silence.




Commentaires de l'animateur

Sur le dispositif :

il s'agissait de mettre en relation un lieu et un sens (ou une sensation, un sentiment). Pour que le dispositif fonctionne, il fallait de prime abord que chaque participant ait une connaissance plus ou moins intime de Labège. Ce critère-là a été plutôt respecté, même si certains ont "mangé" la consigne. Mais là où la mémoire pouvait se montrer défaillante, il était possible d'imaginer.
D'ailleurs, d'un point de vue général, les consignes données peuvent être transgressées. Cet atelier doit rester ludique. Comme le dit la théorie, la contrainte est libératrice. Donc à vous de vous libérer.

Par ailleurs, les cinq sens ont été travaillés. Pour ce qui est des odeurs, il est étonnant que les mauvaises odeurs aient été privilégiées... (Cela ne repose pourtant sur aucune réalité). Mais cela a provoqué le rire. (Le scatologique est une ressort du rire chez l'enfant... Caca boudin !)

J'avais demandé d'écrire des phrases nominales (donc sans verbe). Cette consigne n'a pas été forcément bien appliquée. Pourquoi des phrases nominales ?
1°) parce qu'elles ont le mérite de briser la structure de la phrase telle qu'elle nous a été inculquée : sujet / verbe / complément (en fonction du bon usage, mais au détriment d'une recherche de style).
2°) parce que le but était d'utiliser les syntagmes ainsi produits en les intégrant dans un texte, en une sorte de combinatoire, de façon à produire un texte en quelque sorte collectif.
(Remarque : certaines maladresses d'expression ou certaines faute de langue peuvent  parfois constituer un effet de style.)

Sur les productions :

On y retrouve des thématiques et des dichotomies chères à Labège : 
- opposition ville / campagne ("On devrait construire les villes à la campagne, l'air y est tellement plus pur."citation d'Alphonse Allais)
- le quotidien (écoles, circulation routière...)


Les textes ont une tonalité plutôt onirique, comme si cette déambulation dans Labège s'était produite en rêve. D'où un effet de poème en prose, de rêverie éveillée... Dans l'ensemble, la contrainte a plutôt bien fonctionné, permettant à chacun d'échapper à une écriture trop réfléchie, trop consciente, donc trop guindée.
Il me semble que c'est plutôt cela qu'il faut rechercher dans le cadre de cet atelier si l'on souhaite progresser sur le plan de l'écriture créative ( c'est un anglicisme, je le sais, mais c'est bien cela.) Je répète ce qui a été dit pendant l'atelier, à savoir que ce n'est pas un cours d'écriture. (Personnellement, je n'ai pas de science à délivrer. Je ne suis pas un professeur d'écriture.
Je crois que chacun doit trouver sa voie et sa voix. Pour ceux qui ont l'envie d'écrire, c'est à cela que devrait servir l'atelier : à créer en eux, une émulsion, une effervescence, une méthode pour se créer ses propres outils. Car c'est cela écrire : une forme de quête de vérité personnelle et un savoir-faire artisan... Ce n'est pas du tout inspiration. Ce ne doit pas être du marketing. (Il existe déjà tant de livres fabriqués... et toujours sur dans le même moule de la banalité.)

- "Si la nuit vous arrive le bruit du train, c’est que le vent d’Autan se prépare à vous pourrir la vie !" Eh bien ! me dis-je en levant les yeux vers les nuages, demain, ni halte ni promenade, et d’ailleurs, je cesserai là mes déambulations paranoïaques.

Traversant la place Saint-Barthélémy, j’évite le sens interdit de la rue Baratou, et me remémore ma rage, comme dans un rêve. Hier matin, en retard sur le chemin des écoles, après une halte près de l’ancien château 

Mon cœur s’emballe, alors je m’effondre, tout près de l’impasse du Moulin à pastel et je m’exclame : « Moulin à pastel, moulin à pastel, où sont tes ailes, qui touchent le vent ? »

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Published by atelier d'écriture Labège - dans Productions 2009
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