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25 mai 2009 1 25 /05 /mai /2009 14:53

Thème


Passage / rencontre
(l'exercice nécessite un travail préliminaire de relevés sur le terrain)
 


Modalités pratiques :   

Se munir d'un carnet ou cahier et d'un appareil photographique (facultatif, mais mieux). On partira en vadrouille dans Labège pour y trouver un lieu qui servira de support à l'exercice. Il serait bon de partir chacun de son côté... Si vous le pouviez, il serait profitable de procéder à un repérage préliminaire avant l'atelier (ou bien d'y réfléchir pour ceux qui connaissent bien Labège. Se concentrer sur le village, le parc (bosquets...), la gare, le vieux village du côté de la rue de l'Ancien château.

Qu'est-ce qu'un passage (dans le cadre de cet exercice)
Un lieu qui relie (ou sépare) deux espaces, en établissant une continuité ou bien au contraire, en marquant une rupture. (Il peut donc s'agir : d'un pont, d'une allée, d'un sentier, d'un trouée dans un buisson, d'un gué (pour un ruisseau), d'une galerie (marchande).  passage à niveau (voie de chemin de fer), passage cloutés (pour piétons), route, rue, ruelle, impasse (passage sans issue), venelle, tunnel..
Ces lieux sont innombrables, mais toujours caractérisés par le fait que l'on peut y passer (il y a donc une idée de mouvement dans ce passage). 

Ce passage est, comme tout passage, un lieu propice aux rencontres...
Il faudra tenir compte de ce fait en procédant aux relevés. C'est à dire qu'il faudra noter des détails, des faits (même anodins) qui pourraient jour un rôle dans cette rencontre. Ces détails, ces faits sont de nature à générer une atmophère (par ex: il pleut, il fait orage, coucher de soleil, un chien ne cesse d'aboyer de façon lancinante, le passage est sombre, étroit, plein de recoins, on peut se cacher...)

Deuxième phase de l'exercice : retour à la médiathèque.

En se servant des notes prises dans le lieu repéré, on imagine (ou l'on relate) une rencontre qui s'y déroule.

Cette courte fiction sera écrite en appliquant  la contrainte dite du «  passage obligé ». C'est-à-dire qu’il faudra nécessairement que soit intégré dans le texte produit un passage de texte choisi.
En l’occurrence, il s’agit d’un texte tiré du Grand passage de Cormac McCarthy :

Pourquoi t’es venu ici ?
Je ne suis pas venu ici. Je ne fais que passer.
L’homme tira sur sa cigarette. Moi aussi, dit-il. C’est pareil pour moi.



Cette rencontre peut être fortuite ou bien prévue (rendez-vous). Elle peut avoir des motifs divers. Elle peut bien ou mal se passer. En l'occurence, c'est une rencontre avec un homme inconnu... L'autre personnage est le narrateur, donc vous. Le texte sera donc écrit à la première personne, au présent. 

Pour ceux qui n'ont pas lu Cormac McCarthy, voici deux extraits de presse. J'attire votre attention sur les parties surlignées en orange. Elles donnent de précieuses indications sur ce que l'on recherchera dans cet atelier, ce que je résumerai par cette expression d'Henri Michaux : l'espace du dedans.

Lire

Toute la puissance de Cormac McCarthy est dans des phrases «qui donnent la vie et la mort», dit Saul Bellow. Dans l'art et la manière dont il construit son récit, en alternant la description ample, débordante et le dialogue laconique, en coupant les scènes d'action ou de genre par de longs silences et des plans fixes, en épurant sans cesse son histoire pour que le blanc donne tout son sens au noir. Le blanc de l'espace vide où, des pages durant, l'herbe et la roche succèdent à l'herbe et à la roche sans âme qui vive à l'horizon, le blanc des mots entre les deux frères dont le laconisme n'a d'égal que la tristesse («T'as une idée maintenant? dit Boy/ Non. Aucune./Y a sans doute chez eux un vieux capable de te pister un lézard dans un terremoto./Sans doute./Qu'est-ce qu'on va faire de leurs chevaux?/ J'en sais rien./Boyd cracha»).

Chronicart

 

Lorsque, pour la première fois, Billy Parham, le héros du Grand passage, franchit la "ligne de la frontière internationale" pour entrer au Mexique, c'est l'absence de différence, "sur ce terrain", entre ce pays et les Etats-Unis qui est mise en avant. Cette impression est immédiatement tempérée, voire corrigée par McCarthy. Le Mexique s'avérant, dans le même temps, "tout autre pourtant, totalement étranger". Seul un des obélisques de béton, servant de bornes frontières, est là pour matérialiser cette ligne fictive née de l'imagination des hommes. Plus que symbolique, cet obélisque de béton est prémonitoire. S'apparentant à "un monument à la mémoire d'une expédition perdue", il annonce ce que seront, en définitive, les trois incursions de Billy Parham en territoire mexicain.
C'est sans doute l'ambiguïté originelle de la "frontière" qui intéresse McCarthy. Une fiction à laquelle les hommes ont donné un semblant de réalité. C'est également le symbole qu'elle représente. L'exploration de McCarthy ne s'arrête pas aux seuls confins géographiques. Elle s'attache également à ceux plus flous encore, parce qu'intérieurs et intimes, des êtres. L'adolescence des héros de McCarthy, John Grady Cole dans De si jolis chevaux* et Billy Parham ici, tous les deux âgés de seize ans au début de leur histoire, se révèle à cet égard un terrain des plus propices. C'est le temps de l'apprentissage des choses de la vie. C'est le temps des premières désillusions et des premières déconvenues. C'est le temps du "passage des ans" vers l'âge adulte. Etat transitoire par nature. Période frontière durant laquelle l'homme se construit des points de repère et définit ses rapports avec le monde. A trois reprises, Billy Parham franchit la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Ces trois expéditions, chacune vouée à l'échec, sont autant d'occasions pour découvrir les limites ténues entre le bien et le mal, entre la réalité et le rêve. Elles sont, par excellence, des voyages initiatiques. D'où il ressort en fin de course que "la seule chose [que Billy] savait de toutes les choses prétendument connues, c'était qu'aucune n'offrait la moindre certitude".

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Published by atelier d'écriture Labège - dans ateliers 2009
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