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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 17:06

intitulé de l’atelier :  Une légende à l'aune de la prolifération du mot

   

Corinne

Labège a été ainsi nomée au moyen-âge par contraste à Toulouse, sa voisine, déjà ville de briques roses. La Beige semblait très beige grâce à ses sols argileux et ses maisons de pierres et de charpi mi paille, mi argile, disséminées au coeur des champs blonds de blé.

Au XVI ème siècle, les proverbes:
"les grands boeufs ne font pas les grands labours"
et
"Il n'y a point de plus sage abbé que celui qui a été moine"
sont nés à La Beige.
Alors qu'à la même époque Louise Labé affirmait:
"Quelque rigueur qui loge en notre coeur. Amour de La Beige s'en peut un jour rendre vainqueur."
Puis le 25 juillet 1794, les dernières paroles d'André Chénier au pied de l'échaffaud, place St Barthélémy (un comble) ne furent -elles pas:
" Pourtant j'avais quelque chose là."
Au XXème siècle Sylvie Germain lançait:
"Il n'y avait que des là-bas, insituables autant qu'infranchissables et des demains à Labège béants de peur."

Il faut savoir que Labège vient de
Labeige, La beige. La ville beige.
Beige, bis, sable
Beigeasse
Beigeâtre
Beigne- giffle, beignet
bejaune- blanc-bec, niais
Bêler
Bégueter
Label-marque, étiquette
Labeur- besogne, activité
Labour- culture
Labourable...


 

 

J’ai bâti mon texte avec l’idée générale que j’avais en arrivant jeudi dernier à l’atelier (et quelques éléments de l’histoire qui allait me servir de fil conducteur) et en tentant d’exploiter le mot choisi ce soir-là : Pomarède. Je n’ai, en réalité pas passé beaucoup de temps à travailler ce mot, déclinant un peu à l’envers le dispositif. En effet, avec l’idée générale en tête, j’ai construit, après la séance,  rapidement, une première version de mon texte en cherchant à caser quelques mots issus du procédé de prolifération sans que je me contraigne vraiment. Une fois la première version du texte ainsi écrite, j’ai appliqué de nouveau le procédé de prolifération au mot pomarède avec plus de sérieux. J’ai réalisé à ce moment là (en utilisant la germination et la ramification comme proposées dans les consignes) que la ramification pouvait générer vraiment beaucoup de mots. J’ai tenté d’en recaser encore quelques uns dans le texte, mais l’exercice devenait difficile et je ne voulais pas y consacrer trop de temps. Donc mon texte est plutôt pauvre en mots issus de la prolifération. Le dispositif tel que décrit dans les consignes, et que tu nous a expliqué, me semble donc tout à fait intéressant. J’aurai été incapable, personnellement, de le dérouler dans une seule soirée (surtout après la journée de boulôt !). Pour une prochaine fois (si tu recommences cet atelier avec un autre groupe) peut-être pourrais-tu rajouter des lieux-dits fictifs (à plusieurs syllabes) afin d’élargir le choix des mots (j’ai vraiment bloqué sur le choix du mot le soir de la séance ne trouvant pas celui qui me permettrait de suivre mon idée initiale) ; en fonction du public (si les personnes ont l’habitude d’écrire et ont beaucoup de vocabulaire, ça peut marcher) la durée d’une séance me parait bien courte. Sur ce dernier point, rien n’empêche de continuer après la séance ..c’est ce que j’ai fait avec grand plaisir…

En complément du texte fourni en pièce jointe (j’y ai mis les quelques mots issus de la prolifération en gras) voici le résultat de mon travail sur le mot choisi :



1ere phase :

Pomarède, n.m, vient des deux mots latins : pommarium signifiant verger et redolea signifiant exhaler une odeur. Ce nom commun masculin a deux significations :

 
1/qui exhale une odeur de fruit, par extension qui évoque un vrai paradis de délices

Expression : cet endroit charmant est un vrai poramède !

2/ lieu où le péché originel a été commis, par extension lieu de perdition

Expression : ce lieu sombre est un vrai poramède !

Pas d’inspiration pour aller beaucoup plus loin dans cette phase !

2ème phase :

voyelle ou consomme entre parenthèses = ajout dans le mot
son o sons è, é, ê, … son a autres
eau doré, ée rei(n)e mê(m)e âme mare do(n) ro(n)de
Oh por(t), e, c prés per(t)e a(n)e par (n)om (l)e, (n)e,
paumé, mor(s), t, prêt modér(é)e dam, e rame poè(t)e pe(u)
pomme roma(n) marée arpè(g)e pâmé pas Hé! départ
homme empor(t)é, ée (n)ez est drap pa(t)e mo(n) der
rodé, ée, a nom(m)er merde ê(t)re aède par(a)dée r(i)de dar(d)
rodait, ai, … ode per(t)e E(t) mar(i) (s)era perd(u),e der
pau(v)vre mode (l)es mè(n)e marot ? ra(t) pr(i)me mo(i)
mara(u)d, e rodé(o) mai(s) pau(v)re rade c ar pr(u)de e(n)
po(t) pom(m)ade père ar(r)ê(t)e Ah ! gare même (l)a,(ç)a
po(t)e au(t)re, s paire (v)ais madère aprè(s) r(u)ade (j)e
empo(t)ée (b)ord, s mère a(v)aient arôme épo(qu)e amo(u)r o(ù)
a(u)ra c omme pê(t)   parme dépar(t) mo(n)de p(i)re
or (b)eau des   mar c rame(n)é, ait, ais… (n)ord R(u)
dor(s) (t)rop dès   par(l)e, ée, er ré(v)er  


  Il paraît que la bègue fait le tapin sur les bords de la Garonne. 
- Qui ça 
- Ben, la bègue …celle qui est partie avec Arthur, le ménestrel, le mois dernier … 
- Ah !  Mathilde ! Mais elle ne bégaie pas, elle zozote juste un peu
- C’est pareil. Chipotes pas. Ce que tu peux être empotée. Je te dis qu’elle fait le tapin à Toulouse. Et elle qui jouait sa maraude en chantant tout le temps, la voilà bien maintenant. Voilà ça mène de suivre un moins que rien. Cet Arthur il n’est pas plus troubadour que moi je suis nonne. 
- Mais il n’est pas troubadour, il n’est que ménestrel. Et puis, il tourne drôlement bien les odes … 
- Ce que tu peux être naïve …tu te pâmes devant ce soi-disant poète …enfin parlons plutôt de la bègue … mais le pire est que son père est mort de chagrin après le départ de sa fille... 
- Mais, il n’est pas mort de chagrin puisqu’il est mort avant qu’elle ne parte avec Arthur ...c’est Mathilde qui fût très triste quand son père a été emportée par la crue du ru…un vrai drame …quel homme : la joie de vivre personnifiée ..le seul moment où je l’ai vu anéanti c’est quand la mère de Mathilde trépassa, alors que la petite était si jeune : quelle perte pour lui. Il avait repris goût à la vie grâce à sa fille, disait-il tout le temps. Cet homme avait une belle âme, un vrai saint même … 
- ce que tu peux être naïve, ma pauvre …c’était un vrai âne, oui. Arrête de te signer à tour de bras, je suis pas le Diable. Revenons à la bègue ; moi je te le dis, la bègue on la retrouvera dans la Garonne au fond de l’eau à Toulouse, c’est qu’elles finissent toutes. Et c’est son Arthur qui l’aura jetée là, quand elle ne sera plus bonne à rien, quand elle ne lui ramènera plus de sous, ça se passera comme ça, c’est moi qui te le dis.

Le temps passa. La rumeur prit de l’ampleur. Mathilde partie avec Arthur le ménestrel vivre une belle histoire d’amour (je vous la raconterai une autre fois : la façon dont elle devint une vraie dame est très instructif) devint la catin dénommée la bègue  tombée dans le ru le plus bas de Toulouse car elle avait désobéi à son père qui en était mort de chagrin, le pauvre ; il ne fallait pas parler de la bègue, cette fille perdue, devant les enfants mais personne ne pouvait s’en empêcher ;  toutes les occasions étaient bonnes pour amplifier la rumeur. Faut dire qu’à cette époque, il n’y avaient pas beaucoup d’histoires de ce calibre à se mettre sous la dent dans les environs. Le lieu dit « Pomarède » était née Mathilde et qu’elle ne quitta sans crier gare qu’après la mort subite de son père, devint synonyme de lieu de perdition, la pomme du péché avait été consommée.

Un jour Germaine, la mégère médisante, celle qui aimait lancer les rumeurs, et Gertrude, la naïve, se retrouvèrent au bord du ru le Tricout, comme souvent, à faire leur lessive. Faut dire que Germaine avait la chance d’avoir à la maison une source intarissable d’informations. Son homme, Léon, rodait davantage autour de la taverne paisiblus à soulever la poussière qu’il n’était dans ses près à remuer la terre. Il ramenait ainsi des histoires de toutes sortes que Gertrude se chargeait d’arranger à sa sauce et de divulguer.

- Hé ! Tu sais pas ce que m’a dit Léon ? Non bien sûr, tu sais jamais rien. Eh ben la bègue elle a gagné le premier prix du concours de chant de l’académie florale.  
Ah ! Mais je pensai qu’elle faisait le tapin sur les bords de la Garonne ? 
- Mais qui t’as dit ça ? Ma pauvre, ce que tu peux être naïve !

Le temps passa. Quelques familles supplémentaires s’installèrent dans les parages : on pouvait espérer s’y faire embaucher, car le bruit circulait que l’abbaye allait être ouverte de nouveau et allait même être rénovée. Personne ne sut que c’était Germaine qui avait lancé cette rumeur.

Le temps passa. La bègue, la honte des environs à dix lieux à la ronde il y a encore peu de temps, faisait rêver les jeunes filles : elle avait gagné le premier prix de chant de l’académie florale et son Arthur, était un si beau poète…; les yeux des hommes s’éclairaient d’une lueur étrange quand son nom était prononcé : une catin qui chante comme une déesse, pensez donc ... Ainsi les mots qu’on employa pour parler de la bègue changèrent. On ne parla plus de tapin, de catin, de caniveau, de fille perdue, d’assassinat, mais de beauté, de poésie, d’argent, d’or et même de bonheur. Germaine contribua énormément à cette envolée lyrique, avant de disparaître, à un âge très avancée, dans les oubliettes de l’Histoire. Son mari Léon, lui, avait été emporté bien longtemps la mort de son épouse par le marc qu’il avait lui-même distillé.

Le temps passa. L’histoire de la bègue devint une légende, une source de fierté … Le lieu elle était née et avait grandi, la Pomarède, devint synonyme de vrai paradis. Un verger aux multiples fruits aussi délicieux les uns que les autres, aux arôme suaves.

Le temps passa. Une église fut construite, malgré l’opposition d’Erik le rouge, le grand rouquin venu du nord, qui possédait la taverne paisiblus depuis peu et qui envisageait de créer une auberge avec au moins deux chambres. Quelques familles supplémentaires s’installèrent dans le coin, en espérant que tout cela fut vrai, car on ne savait pourquoi, certaines informations qui circulaient dans le pays perdaient de leur crédibilité quand on découvrait d’ elles provenaient. Mais, par contre, à dix lieux à la ronde, personne ne doutait qu’une jeune fille d’une beauté incroyable, appelée la bègue on ne savait plus pourquoi, quitta le lieu-dit la Pomarède il y a bien longtemps avec un troubadour de passage, qui était en réalité le fils d’un noble, et gagna tous les premiers prix des concours de l’académie florale et finit par devenir comtesse dans un pays dont le nom ressemblait à  Burundi ou Burgundi.

Le temps passa. Il était grand temps que le lieu dit devienne un village. Il fallait lui trouver un nom. Un dimanche de grand beau temps, après le culte dominical, les habitants du lieu-dit se réunirent devant la taverne paisiblus (qui ne devint jamais une auberge au grand dam de certains). Il n’y eut aucun débat. Martial (le bout en train du coin) lança en tout début de séance : et si le village s’appelait La Bègue ? L’adhésion fut immédiate, enthousiaste et unanime. Tout le monde décida de fêter l’événement. Le nouveau propriétaire du paisiblus se souviendra de ce jour comme le plus beau de sa vie.

Le temps passa encore.

Et encore.

Et encore.

Le village La Bègue avait encore grandi, petitement mais sûrement. Les villageois étaient fiers d’être labéguois et la légende de la bègue, qui avait encore pris de l’ampleur, était plus tenace que jamais : la bègue, la prude jeune fille originaire de Pomarède, avait gagné tous les premier prix de l’académie florale de Toulouse plusieurs années de suite et était devenue reine. Arthur n’était pas loin de devenir la réincarnation du plus fameux aède de l’Antiquité.

Un jour, le p’tiot Léon, qui avait hérité de ce prénom comme tous les aînés de ses ascendants depuis la nuit des temps, rodait près du village. Il n’était pas plus haut que trois pommes mais était le plus dégourdi des p’tiots des environs. Soudain, il croisa le p’tiot Fernand, un étranger, qui habitait à plus de dix lieues de là :

- a a a …. lo lo lo  lo …. lors …ça ça ça ça …. va va va … 
- Qu’est-ce que tu dis ? Je te comprends pas . Tu te fous de moi ?

Les deux p’tiots se connaissaient. Je ne vais pas vous mettre ici leur échange car ce serait trop long. Le p’tiot Fernand venait de découvrir la réelle signification de La Bègue et en parlait à sa manière à son copain qui n’apprécia pas du tout et qui fut obliger de mettre une rouste à son pote. N’oublions pas que le p’tiot Léon était le plus futé des environs.

Puis le temps passa. Cet incident se produisit plusieurs fois avec d’autres gamins. Le p’tiot Léon se défendait toujours à sa manière. Il était fier d’être Labéguois et comptait bien se faire respecter.

Le temps passa. Ces enfantillages cessèrent. Léon ne fut plus p’tiot, devint donc grand et resta le plus futé des environs. Ce qu’il avait vécu, les autres enfants labéguois l’avaient vécu aussi. Ainsi, un jour les gens du village se réunirent sur la place devant la taverne paisiblus (au grand dam du curé) et débattirent de la nécessité de changer de nom pour le village. Ne trouvant aucune solution qui satisfasse tout le monde (ce fut une belle empoignade) tous les yeux se tournèrent vers Léon qui n’en demandait pas temps. Il demanda le silence. Il dit qu’il savait quel nouveau nom on pouvait donner au village et du plus futé des labéguois il devint le plus futé des labégeois. En effet il leur proposa simplement de supprimer la lettre « u » et de regrouper les deux mots …esbrouffant tout le monde, prouvant par là qu’il était vraiment futé (bien plus que son aïeul qui ramenait des racontars à sa femme Germaine et qui se tua en distillant son propre marc).

Et voila chère lectrice, cher lecteur, la véritable étymologie de Labège. Foin des autres hypothèses. Croyez davantage en cette histoire d’amour, de sexe, d’odes, de musique et de vin que toutes les autres étymologies réunies, bien trop savantes … et pas plus crédibles.


 
    Gaëla

La vignasse

Terme issu de la contraction de deux mots clairement identifiables en bas latin : vile, signifiant "sans valeur" et gnarus,a,um, parfait passif du verbe nosco signifiant "apprendre à connaître".

Le sens dérivé fait donc état d'une antithèse microstructurale.

Se dit d'une personne qui possède des connaissances inutiles, dérisoires. Usage attesté dès le XVème siècle :

"Qui trop sait peut méjuger la vinasse" (Beaumir)

"A mésuser de son savoir on en perd la vi(g)nasse" (Gaitmont)

 

 

Au XVIème siècle, un vil homme, sculpteur de son état, et chargé de reconstruire l'oratoire de l'église après que celle-ci eut été brûlée par les huguenots, et qui plus est mandaté par l'évêque de Toulouse lui-même, avait pris dans sa nasse toutes les bonnes âmes de Labège - qui celles-ci croyant démériter et craignant les foudres de l'Enfer s'en allaient à tour de rôle récolter le meilleur raisin de la vigne de Canteloup afin d'en extraire la substantifique moelle. Après leur devoir accompli, celles-ci avaient pour obligation de déposer leur vase de vin couleur de sang devant la demeure du sculpteur. Et ce dernier de réclamer son dû afin, disait-il, de satisfaire le bon vouloir de notre seigneur et Jésus-Christ, et non le sien propre. Au lieu d'achever les ornementations de l'oratoire, ce vil homme donc perdait son âme en l'écriture d'un essai, "Sur la valeur de la vinasse en un endroit sanctifié par l'Eglise", dans le plus grand secret, et cela sans aucune commisération pour ses pauvres paroissiens, et avec la complicité du chanoine en charge de l'église, aussi gai que lui à toute heure du jour et de la nuit. On raconte même qu'ils virent tous deux un gisant saigner comme le christ. O blasphème! "La Vignasse" est restée dans notre mémoire collective, lieu-dit de perdition et d'illumination, à cause de l'errance d'un homme trop savant détournant ses connaissances au profit de viles et triviales satisfactions, et au mépris de la foi universelle en la grandeur du Savoir.

 

 

Le Tricou

Nom de lieu dont l'origine est incertaine, plusieurs étymologies de source latine étant attestées :

viendrait du verbe latin tricor, atus, sum, signifiant "chercher des détours, chicaner",

ou alors de l'adjectif triquatrus,a,um, signifiant "qui a trois angles, triangulaire".

Par extension signifiante, se dit d'une personne qui fait des histoires par des raisonnements fallacieux ou "triangulaires". Cette étymologie est en usage au XIV ème siècle, c'est donc celle que nous retiendrons.

 

 

On raconte qu'au XIVème siècle, le châtelain de l'Ancien château de Labège, le sieur Tricoulet, dépêché par le cardinal de Limoges afin d'administrer un collège d'honnêtes hommes destinés à l'étude du droit canon, le sieur Tricoulet donc marqua de son sceau le village de Labège par les faits rapportés ci-dessous : le sieur Tricoulet veillait lui-même au tri du raisin aux premiers temps des vendanges ; il avait aménagé à cet effet un ancien tripot, et suivait une procédure bien étrange, qui surprit à tout le moins toutes les bonnes âmes de Labège : il invoquait une divinité fantasque, le dieu des tripes, de la trique et du tricot, convoquant palefreniers, dames de compagnies, valets, servantes et précepteurs afin que la cérémonie se déroulât en public. Il revêtait à cet effet un habit couleur de cire, et rehaussait sa coiffe d'un chapeau tricorne, dont chaque pointe devait symboliser qui les tripes, qui la trique et qui le tricot. Il se saisissait d'une trique (toujours la même) au coût élévé pour frapper ce qu'il appelait le trou du raisin, tout en sermonnant les servantes en usant de paroles pressantes afin qu'elles s'activassent au tricot. La présence de ces femmes était essentielle, car garante du succès de l'opération. Il tendait le cou, dans un geste qui signifiait qu'il fallût le lui couper à coup de trique, puis il demeurait coi, le cul renversé, le tricorne à l'envers. On raconte même qu'un jour, animé de tics nerveux et couverts de coups, il dévala les rues du village et rit de se voir ainsi échevelé et ahuri, vaincu par l'idiotie ou la folie, car le rite du tri des fruits de la vigne avait fini par roussir ses méninges. C'est ainsi qu'on le retrouva coi pour de bon, gorgé de riz, sur le côteau de Labège, à l'endroit de l'actuel quartier du Tricou, poursuivi et dévoré par un loup roux de Canteloup.

 

 

La Maynade

Nom de lieu issu d'un mot latin lui-même issu du grec maenas, signifiant en français "ménade", se rapportant au thème des Bacchantes, ces prêtresses de Bacchus célébrant ce que l'on nomme les "Bacchanales", ou "danses tumultueuses et lascives" (Nouveau Petit Robert).

Par extension, La Mainade désignait un lieu choisi par des femmes pour y exercer quelque rite obscur. On y adjoint les thèmes du masque et du carnaval dès le bas Moyen-âge, et puis celui des Amazones, mais la signification de ce terme resta toujours empreinte de mystère, de cruauté et de secret..

 

 

Sont rapportés les faits suivants, dans les annales du Baron du Tricou, découvertes à son insu au sortir de la révoluion française :

Vers la toute fin du XVIIIème siècle, alors que bon nombre de communiants du village de Labège bataillaient ferme pour célébrer en grande pompe le culte de Saint Roch, d'autres habitants -néanmoins communiants comme les premiers et déjà gagnés par la vilénie des doctrines distillées dans certains cercles philosophiques - s'exerçaient à d'autres pratiques, qui nous ont été rapportées par un témoin de l'époque - dont icelui journal fut placé sous séquestre. En effet, au fol mois de mai, des dames de Labège, laissant là en suspens leur ménage et autres occupations domestiques, se rendaient dans une prairie sur les côteaux du village, abritée d'un côté par les bois de Canteloup, vastes en cette époque bénie, et de l'autre par de larges vignes fort florissantes depuis plusieurs siècles déjà. Elles s'adonnaient, en ce lieu préservé, pur et retiré du joug masculin, à des danses et, devenant presque démentes, s'imaginaient ne jamais être nées, et prodiguaient la manne à des dieux imaginaires, amenés là par leur pomme d'adam. A peine nées, elles étaient nues.

Au témoin dissimulé dans les buissons qui assista à ces danses obscènes et honteuses, on adressa un "Tu mens! nadie!", l'index pointant son unique dent. Il eut beau asséner ces vérités, on le crut à demi-mot, et cette prairie damnée prit le nom de "Maynade"- où se situe à l'heure actuelle un institut de beauté réservé aux femmes, dont la lasciveté ne fait aucun doute. 

    Renaud

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Published by atelier d'écriture Labège - dans ateliers 2009
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