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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 17:12

Intitulé de l'atelier : dialogues en tranches (voir le dispositif)

texte de Christian

 

- A Labège, pas possible ! , s’exclame Hélène lorsque, devant l’école où elle vient chercher son fils, elle bavarde avec Anne qui attend le sien.

- Si, un exhibitionniste a été retrouvé aux portes de l’église. Il portait un pardessus marqué aux initiales d’un notable bien connu de Labège.

- Et qui c’est ?

- Certains le savent, mais comme c’est une « huile », bien sûr, son nom n’a pas été dévoilé, lui !

- Ah, si cela avait été un Arabe, on n’aurait pas pris autant de gants.

- Remarquez, rétorque Anne, cela a été pareil la semaine dernière lorsque deux hommes se sont disputés à cause de la boulangère. Tout a été vite étouffé. Même que le lendemain, elle continuait à vendre ses croissants.

- Par contre, le jeune qui traversait Labège-village sur sa mobylette pendant la nuit de samedi à dimanche a été poursuivi par les gendarmes d’Escalquens. Pourtant, il n’avait rien fait.

- Ah, les jeunes sont vite suspectés. C’est vrai que certains ne respectent rien.

- Quand même, il ne faut pas tous les mettre dans le même sac. Vous avez appris, cette petite Roxane qui a gagné à l’émission « Questions pour un Champion-Junior » 20 fois d’affilée. Et Julien Lepers qui n’arrêtait pas de demander chaque fois  : « Mais, Labège, c’est où sur la carte ? » !

- S’il lit le journal demain, il le saura parce qu’ils vont certainement parler du déraillement du train Bordeaux-Vintimille qui a fait 2 morts et 50 blessés en gare de Labège.

- Cela a fait une pagaille monstre toute la journée sur la rocade et les hélicoptères n’ont pas arrêté de survoler la zone de l’accident.

- Remarquez, on parle toujours des trains qui déraillent, mais jamais de ceux qui arrivent à l’heure !

- Autrement, quoi de neuf ?, demande Hélène.

- Ce matin, mon mari s’est levé avec 39° de fièvre, j’espère que ce n’est pas la fameuse grippe.

- Oh, moi, à cause de tout ce que l’on dit, je ne fais plus la bise et ne serre plus les mains.

- Vous avez bien raison. Quand on a la santé, on ne se rend pas compte de son bonheur. Prenez ma voisine, et ben, elle a Alzheimer. Pour son pauvre mari, ce n’est pas drôle !

- Bon, vous n’avez pas des nouvelles plus réjouissantes ?

- Si, répond Anne. Pour mon anniversaire, parents et amis se sont cotisés pour m’offrir le cadeau dont je rêvais : un saut en parachute.

- Eh bien, vous avez du courage. Je ne sais pas si je pourrais sauter de l’avion.

- Ne me faites pas peur. Déjà que je suis triste depuis que j’ai trouvé un écureuil écrasé au coin de la rue.

- Que voulez-vous, c’est la vie !

 


Texte de Corinne

  • - A Labège ? Pas possible !
  • - Oui, je te dis que c’est un arrêté préfectoral qui interdit toutes sorties des Labègeois : l’évadé de Muret rôde dans les proches alentours.
  • - Attends, je vais fermer mes fenêtres…
  • -… Moi aussi.
  • - Allo, tu es là ?
  • - Oui, j’ai même fermé les volets du rez-de-chaussée.
  • - Tu as lu ça où ?
  • - Ça vient de passer au journal  télévisé et les voitures de police circulent avec des mégaphones pour nous intimer l’ordre de ne pas sortir. J’espère qu’à 17h, ils l’auront trouvé.
  • - Moi aussi, sinon, on fera comment pour aller chercher les gosses ?
  • - Il parait qu’il est passé par la voie ferrée.
  • - Comment ce fait-il qu’un homme puisse arriver à perturber ainsi toute une région ?
  • - Est-il dangereux ?
  • - S’ils déploient tant de force de police, ça ne doit pas être un tendre.
  • - Violeur, assassin, braqueur…
  • - Terroriste ?
  • - Qui sait ?
  • - Déjà avec l’histoire du cerf-volant, Labège avait déjà fait les gros titres…
  • - Le fils de la maîtresse de CP.
  • - Laisser son gosse jouer au cerf-volant près des lignes à haute tension, c’est vraiment irresponsable.
  • - T’imagine la tête des gens  quand ils ont vu ce cerf-volant en feu s’abattre sur leur péniche…
  • - … et commencer à l’enflammer.
  • - Quand on ne surveille pas ses enfants…
  • - Puisque je suis coincée là, je vais en profiter pour faire de la couture.
  • - Du reprisage ?
  • - Mais, tu ne sais pas que mon fils ainé se marie le 20 juillet prochain ?
  • - Celui de ton 1er mariage ?
  • - Oui,  enfin, Je n’y croyais plus après toutes ces années,  militaire célibataire. …
  • - Et  la lettre du corbeau, tu en as des nouvelles ?
  • - Tu penses, c’est  Colette l’employée de mairie qui me tient au courant. Dans sa dernière lettre, il menace de braquer l’agence postale.
  • - Dans celle d’avant il voulait mettre le feu à la maison Salvan pour réaliser une « sublime » œuvre d’art !
  • - Des détraqués de partout, je te dis !
  • - Il faut penser à autre chose. Autrement, quoi de neuf ?
  • - Je suis entrain de faire des bocaux de tomates.
  • - Cette année, des tomates, on en a eu à ne pas savoir qu’en faire.
  • - N’empêche qu’avec le clocher à terre à cause de la tempête, nos impôts locaux vont en prendre un coup !
  • - Que veux-tu c’est la vie.
  • - Mon Dieu, on frappe à la porte !
  • - N’ouvre pas !
  • - Je te laisse…
  • - Ne raccroche pas !
  • - On force ma porte. Au secours !

 


 

Texte de Renaud

 

- A Labège ? Pas possible !
- Si je t'assure.

- Non je ne te crois pas !

- Si, ça s'est passé samedi soir, lors de la soirée samba...

- Mais comment ça a pu se terminer aussi violemment ? 

- Je t'explique. La soirée avait commencé depuis...
- Punaise, j'en reviens pas. A Labège !

- Eh, oh, tu veux savoir ou non ? Si tu m'interromps tout le temps, on n'y arrivera pas.
D'ailleurs, je n'en sais pas beaucoup plus que toi. Je sais simplement que la soirée, qui se déroulait à la salle des fêtes, s'est finie dans un bain de sang. Mais je préfère qu'on parle d'autre chose. On en causera quand on en saura plus. Mais, dis donc, on m'a dit que tu as failli te faire écraser par un quad ? 
- Oui, c'est vrai, je t'en parle pas. Je faisais du vélo, paisible, dans les chemins de Canteloup quand un quad a débouché à toute berzingue et a bien manqué de m'écraser tout net.

- Quel salaud ! Ca se passait où ? 

- En fait non loin de chez moi, plus exactement tout près de chez ma voisine, Mme Ravel.

- Mme Ravel ? 

- Oui, madame Ravel, tu la connais ? C'est quoi ce sourire ? 

- Quoi, tu sais pas ? 

- Je sais pas quoi ? 

- Je crois que son mari la trompe... Mais chut.

- Autrement, quoi de neuf ? 

- Tiens, quelque chose de rigolo. Mon beau frère habite route de Baziège et m'a expliqué le pourquoi du carambolage de hier matin qui s'est passé devant chez lui. Tu devineras jamais ce qui l'a provoqué ? 

- Une poule.

- Quoi ? 

- Oui, une poule. Je le savais. J'habite route de Baziège moi aussi, tu as oublié ? 

- Ah.. C'est vrai !

- Tu sais que dimanche on baptise le neveu, avec toute la famille, même ceux de Belgique ont fait le voyage !

- Mon pauvre, je t'envie pas ! Je suis célibataire. J'ai pas d'enfant et je suis mieux comme ça. Le mois dernier, je suis allé rendre visite à mon frère.. Eh ben, j'ai trouvé mes neveux exécrables ! Toujours à regarder la télé !
- Que veux-tu, c'est la vie.

 



Texte de Cécile D.

- A Labège ? Pas possible !
- Si si j'te jure ! J'ai entendu ça hier, c'est la boulangère qui en parlait au téléphone, je crois que sa tante était dans le coup.
- Ah bon ? Oh la la, moi j'aurais aimé qu'elles continuent à gambader ces petites veuves. Cinq braquages de banque quand même, ce n'est pas rien...
- Ah ça pour sur ! et puis avec quelle classe ! Ils en ont mis du temps à les attraper...
- Alors c'est vrai, elles menaçaient vraiment les banquiers avec une poignée de porte ? J'y crois pas...
- Eh ben oui, cachée sous un mouchoir elle avait l'air bien menaçante cette petite poignée.
- Et on a retrouvé leur butin ? 
- Ca, non, je crois bien qu'elles ont réussi à le planquer. Qui sait ce qu'elles en auront fait !
- Moi, je crois qu'elles l'ont enterré à côté de leurs maris.
- Oh, non... Non je ne crois pas non. J'opterais plutôt pour les économies des petits-enfants ! Paraît qu'en plus elles ont des relations dans les banques... Je crois bien que le mari de la plus jeune était un banquier un peu crapuleux avec un joli carnet d'adresses.
- Ah, que j'aime ces histoires de Robins des Bois modernes ! Mais quand même, ça me rend triste de savoir qu'elles se sont faites piéger, et à Labège en plus. C'était la fierté du village pour moi...
- Autrement, quoi de neuf ? 
- Oh, mon ami François m'a raconté quelque chose d'étrange tout à l'heure. Il travaille chez Astrobal, et devine quoi ? Je te le donne en mille : un robot martien a disparu !
- ... Je savais même pas qu'ils construisaient des machins pareils par ici... Je croyais que c'était une exclusivité de la NASA moi.
- Ah, ces Américains, c'est vrai qu'ils en font des choses !
- Oui, enfin moi, ça ne me fera pas revenir mon chien ! Je suis vraiment inquiète, figure toi qu'il a disparu, comme ça, du jour au lendemain, pfiout ! J'ai eu beau l'appeler, le chercher partout, rien à faire, pas un poil à l'horizon. Tu sais.... je crois que le voisin.... il l'a mangé...
- Nooooon, tu plaisantes ?!?
-Non non, ce voisin, il me terrifie, avec ses bottes noires à clous, ses chapeaux haut-de-forme, ses lunettes d'aviateur fumées... brrr ! C'est louche, tout ça ! Pour tout te dire, je le soupçonne carrément de vampirisme. Alors mon chien, quelle proie facile tu penses !
- Tu sais, moi je préfèrerais perdre mon chien (et pourtant je l'aimerais si j'en avais un), que mon mari.
- Ton mari ? 
- Oui, mon mari...N'en parle à personne, mais mardi il m'a annoncé qu'il avait commis une erreur il y a sept ans. Je n'ai pas supporté. Je demande le divorce.
- Oh, ma pauvre, je suis tellement désolée... Ces hommes alors, tous les mêmes.
C'est vrai que tous les soucis des autres paraissent bien dérisoires à côté de nos problèmes à nous...
Enfin, si tu divorces, tu es un peu comme une veuve, alors pourquoi tu reformerais pas le gang des Veuves pour troquer ton mari contre une vie dorée ??
- Tu as raison, il vaut mieux rire que pleurer.
- Eh, ça c'est une bonne philosophie.
- Tiens d'ailleurs, l'autre soir en sortant du Casino, j'ai cru voir la Mort, véritablement ! Mon sang n'a fait qu'un tour.. En fait ce n'était qu'une vieille du village que j'avais en face de moi ! Ah ce que j'ai ri après coup ! La pauvre dame m'a vraiment fait une peur bleue. Avec ses rides on ne voyait plus ses yeux, la pauvrette...
- Ah, la vieillesse, sacrée maladie.
- Que veux-tu, c'est la vie.



Texte de Gaëla



La scène se passe le matin, à la maison de retraite de Labège.
Marie-Louise : aide-soignante et Lucienne, vieille "pensionnaire" de la maison.

 

- C'est une catastrophe, Lucienne! C'est une catastrophe!

- Une catastrophe, à Labège? Pas possible...Que se passe-t-il? Mais cessez donc de vous énerver comme cela, Marie-Louise, vous allez encore derechef vous dérégler la thyroïde, et alors, qui prendra soin de nous autres, pauvre rebut de la société?

- Vous z'avez rien entendu, évidemment vous êtes sourde comme un pot, comme un pot, j'vous'l' dis tout net, aussi vrai qu' deux et deux font quatre, sauf que des fois on se demande! C'est-t-y pas qu'i commencent à m'taper sur les nerfs, tous ces grabataires, vivement l'épidémie de grippe cet hiver, quinze l'année dernière qu'elle a emportés...

- Jésus-Marie-Joseph, cessez-là, vous me faîtes froid dans le dos, et puis calmez-vous, Marie-Louise, que se passe-t-il? J'ai dormi comme un nouveau-né, avec le petit extra qu'ils nous avaient fait hier soir à la cantine, une prune, vous vous rendez compte Marie-Louise, pour fêter notre centenaire, le nouveau de la maison!

- Eh bien oui, des extras, ah vous allez en avoir des extras, et la cerise sur le gâteau p'tite mère. Vous savez pas? Labège est inondé! eh oui, sous les eaux, comme Venise, à peu près, ch'ai pas trop où qu'ça s'trouve mais bon, i paraît qu'c'est beau, même que mon premier mari c'est là qu'il voulait m'faire le voyage de noces.

- Marie-Louise, posez-vous un petit peu ; Labège inondé? Mais c'est bien pire que l'histoire que m'a racontée la nouvelle : savez-vous, Marie-Louise, qu'un chat, un chat chapardeur, s'introduit subrepticement dans les maisons de Labège pour y voler de la nourriture... Vous me direz, ma chère Marie-Louise, il vaut mieux que ce soit un chat plutôt qu'un vaurien ou un bandit!

- Lucienne, vous avez entendu! C'est quoi ce charabia, avec vous, autant pisser dans un violon! Labège est sous les eaux, à cause de la pluie. C'est une catastrophe naturelle, ils l'ont dit aux infos!

- Ecoutez Marie-Louise, je n'ai pas eu le droit de regarder la télévision hier soir, alors je ne suis au courant de rien. Et puis, ne faîtes pas votre pisse-vinaigre, vous savez bien que cela me fait du mal...

Autrement, quoi de neuf au village, ma chère Marie-Louise?

- Rien, rien...à part que, à cause des inondations, au restaurant du village, vous savez, pas loin d'ici,

i z'ont été intoxiqués! Eh oui, de l'eau croupie qu'i z'ont trouvé, avec des rats, dans la bouffe! i z'ont pas fait leur beurre, c'te bande d'arsouilles!

- Oh mon Dieu Marie-Louise, aussi vrai que je m'appelle Lucienne, cela me rappelle la guerre, vous savez. Oh allez, et puis vous savez, tous ces démarcheurs, eh bien vous savez, on avait les mêmes pendant la guerre, sauf qu'ils faisaient du marché noir, eh oui, Marie-Louise, du marché noir, évidemment à vous, ça ne vous dit rien, vous êtes trop jeune.

- Nom de Dieu! trop jeune! J'ai cinquante balais Lucienne, même si on m'fait encore du gringue.    Bon, c'est vrai, pas vioque non plus! Dire que mon homme et moi on était venus s'installer ici parce que c'était un village de péquenots, il y a vingt ans! Maintenant i z'ont tous leur baraque et leur bagnole qu'i faut pas abîmer! Vous savez quoi Lucienne? Je vais vous en apprendre une bien bonne : eh bien i paraît qu'y a un employé de la mairie, qui connaît la soeur à mon homme, eh bien, vous savez ce qu'il a fait vendredi soir?

- Non, continuez Marie-Louise, vous me faîtes languir, vous me distrayez avec vos histoires à dormir debout.

- A dormir debout! Vous rigolez Lucienne c'est du vrai de vrai! j'suis pas du genre à jacter pour m'donner des airs. Ouais, j'le tiens d'une copine du bistrot : eh bien, c't homme, il tient le maire et consorts en otage, endetté qu'il est.

- A Labège? Pas possible! Marie-Louise, vous savez que le pire, quand on est un jeune homme honnête et droit, c'est quand même d'apprendre qu'on a été adopté...eh oui, tel est pris qui croyait prendre! Vous savez Marie-Louise, c'est arrivé à mon neveu, il faisait les quatre cent coups, tout béjaune qu'il était néanmoins, et voilà, on le lui a appris, dans un accès de colère. Cela l'a complètement chamboulé et tourneboulé dans tous les sens...Vous comprenez c'est fâcheux, surtout lorsqu'on veut mener une vie honorable. A part cela, Marie-Louise, quoi de neuf à Labège?

- Des broutilles, vous savez que Monsieur B., notre voisin c'est un agent secret, i paraît qu'son turbin, c'est espionner l'quidam, pour la D G ch'sais plus trop quoi. Enfin, ça m'étonne pas avec ses airs de croque-mitaine, faut bien qu'i passe inaperçu l'nigaud!

- Vous m'en trouvez bouche bée, ma bonne Marie-Louise, je me tiens coite comme un pinson, continuez ma belle, mais le monde va comme il va.

- Ouais, eh bien moi, lundi soir, j'ai failli passer l'arme à gauche et m'faire plomber comme un faisan. Lundi soir, mon homme et moi, on s'est magnés pour aller éteindre l'incendie dans la grange à Grégoire, eh bien, vous savez comment qu'on a été reçus? A coup de fusil! Lucienne, c'est une honte!

- Que voulez-vous, c'est la vie.

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Published by atelier d'écriture Labège - dans Productions 2009
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