Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 16:46

 

Le texte intense

 

Un objet, un lieu, un événement, un fait marquant... qui est resté gravé dans la mémoire, dont le souvenir réveille une sensation, un sentiment profonds…

 

L’objet de cet atelier est de travailler l’intensité. Il conviendra donc d’être précis dans le descriptif, en creusant, en multipliant les détails, jusqu’à l’hyperréalisme… de façon à travailler la matière même du texte au point qu’il semblera se matérialiser à la lecture

 

On commencera et l’on terminera le texte par un point de suspension […]. Ce point de suspension sous-entend que le texte est une captation d’une séquence de pensée, sans début ni fin.

On écrira le texte sous une forme nominative, sans proposition principale de départ, et sans autre ponctuation que la virgule, en une seule traite, en un seul élan, pour ainsi dire en une coulée, comme s’il s’agissait de répondre à un interrogatoire ou bien comme si l’on était sous le coup d’une urgence. Il faudra donc trouver un rythme de phrase permettant la compréhension d’un texte long dénué de points, qui sont des temps d’arrêts mais aussi des silences.

Il sera intéressant de recourir à différents procédés, comme l’incise, la répétition, la digression, le commentaire, l’énumération… La recherche d’un rythme (binaire, ternaire…) favorisera cette écriture, qui aura la forme d’un monologue intérieur, sous forme d’interrogation ou d’affirmation…

 

Les différentes étapes

 

1°) Réfléchir à son objet, sa sensation, son fait marquant, ou autre … Retrouver le contexte – la date, le lieu, les circonstances… Enfin, partager ce sur quoi on écrira avec lors d’un tour de table, en apportant des détails, des explications, en répondant aux questions des uns et des autres…

 

2°) Constituer une liste de mots, d’expressions, d’images… se rapportant à cet objet, cette sensation, ce fait… et de nature à les caractériser, les décrire. Utiliser un ouvrage de référence si nécessaire.

 

3°) Prendre le temps de la réflexion si nécessaire et passer à la mise en forme dans un temps limité, en s’efforçant de ne pas raturer, ni réécrire.

 

Lors de cet atelier, il sera question de "rendre son texte précieux"  - voir le petit pan de mur jaune, extrait de la Prisonnière, de Marcel Proust (ci-dessous).

 

« Enfin il fut devant le Vermeer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. "C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune." (...) Il se répétait: "Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune." Cependant il s'abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l'optimisme, se dit: "C'est une simple indigestion que m'ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n'est rien." Un nouveau coup l'abattit, il roula du canapé par terre, où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. »

 

Extraits de référence

Extrait de Le Tramway, de Claude Simon

Extrait de Le Planétarium, de Nathalie Sarraute

Extrait de Une éducation libertine, de Jean-Baptiste Del Amo

 

Partager cet article

Repost 0
Published by atelier d'écriture Labège - dans Dispositifs des ateliers 2010
commenter cet article

commentaires