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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 11:20

Thème : Le Parti pris des choses 

(voir la présentation)

Texte de Richard


Le sucre

Déchirer le sachet de papier blanc qui te corsète - sachet que d’aucuns nomment parfois stick, bûchette ou dosette , renfermant de 4 à 5 grammes de matière - délivre une ligne de poudre blanche, dont les cristaux, innombrables et brillants, évoquent une poudre d’un tout autre usage que le tien qui est de tempérer l’amertume de froides limonades et de boissons chaudes comme le noir moka yéménite, le thé of Marocco, le cacao from Mexico, et travestir les fruits en gluantes confitures ou, toi-même, par cuisson, te tranformer en filé, boulé petit ou gros, caramel blond ou brun, en bonbons, berlingots, pralines, sucettes, marshmallows, barbe à papa, fraise tagada et autres friandises qui font mal aux dents. Ô douceur du sucre raffiné qu’une alchimie extrait de l’immonde betterave cultivée en de champêtres platitudes sous des brouillards glaçants. Qui voudrait vivre dans un monde sans toi, privé du plaisir que tu offres aux papilles et confères aux palais ? Personne ! Car, non seulement ta saveur fait le sel de la vie, mais aussi nous es tu indispensable pour notre énergie. Ô glucose, fructose, saccharose délivrant dans nos muscles le venin du tonus. Et pourtant es tu  objet d’interdit. Et tes excès, souvent, conduisent aux régimes, aux privations, et, toi qui appartient à la grande famille des oses, aux addictions et aux létales overdoses.


Texte de Corine

La branche

Il me faut du recul alors j’avance…ramasser cette branche. Ce bois noueux, « vieille branche », bannie à tout jamais de branchitude, jusque là esthétique et génératrice, elle se retrouve à terre dédaignée de tous. Tas de bois, peuplier tu fus et tu ne seras ni flèche, ni fuseau, au mieux pâte à bois. L’homme scie la branche de sa propre essence. Ce peuplier était-il un tremble aux yeux et bourgeons de vertus diurétiques, antiseptiques, toniques et astringentes ; et au charbon de bois soulageant l’aérophagie et les fermentations intestinales. Le sais-tu, toi qui l’as abattu ?  Le peuplier fut souvent planté à la place du chêne comme arbre de la liberté, grande valeur de notre république.                                                          En Andalousie, on dit que c’est le plus ancien des arbres. Son nom latin est populus, il porte en lui les germes du peuple à défaut d’en porter les espérances, alors qu’il n’est ni populiste, ni populeux.                       A Rome, il tire son nom du lieu où il était planté : les lieux publics, là où vaquait la population.           En Grèce, les  Héliades, filles d’Hélios le soleil, furent transformées en peupliers et à Rome, il est l’arbre d’Hercule car il revint de son voyage des Enfers en portant sur la tête une couronne de peuplier et c’est de sa flèche que naquît le symbole du passage d’un monde à l’autre, d’où son rôle funéraire.                                                                                                                                                            Dans notre monde axé sur la gestion durable, il aurait pu vivre 400 ans. En décapitant ce géant, porteur de nids et de vie, on a touché au divin et au peuple, à la médecine et au vivant. On a porté atteinte à l’humain. Hier un tout, aujourd’hui, un tas de rien. Et demain ? jouet, cagette, charpente ou cahier mais ni âme de violon, ni didgeridoo et ni meuble précieux.

« Où vont nicher, les habitants de mes branches ? J’ai aimé la dame qui, l’air peiné de ma disparition, s’est baissé pour ramasser une petite partie de mon être, moi qui n’est plus.                                         S’il vous plait, prévenez ma famille : les salicacées. Mes feuilles à pétioles et mes inflorescences mâles à l’apparence de chenilles ne flotteront plus dans le vent et  je ne protègerais plus l’humain du soleil et de la pluie. Nous qui étions avant les hommes, nous ne leurs survivrons pas. C’est ce qu’on appelle la civilisation ! » 



Texte de Renaud

La balle de tennis

Ton ancêtre s'appelait esteuf et tu étais faite de poils d'animaux et d'étouffe de laine. Tu fis encore plus mal à la paume de celles et ceux qui te tapaient allègrement à mains nues, quand on  décida de te durcir en te fabricant avec du cuir bourré de sable et de chaux. Tu faisais même tellement mal que tu fus interdite par le roi et qu'on changea une nouvelle fois ta composition. C'était mieux mais, quand-même, vraiment pas satisfaisant : tes ficelles, qui enserraient des draps pressés, se relâchaient bien trop facilement pour satisfaire ceux qui t'utilisaient pour leur plaisir. Puis ce fut l'heure du ficus elastica : le caoutchouc te constitua, le feutre te recouvrit, tu devins parfaitement ronde et tu fus remplie d'air. Tu devins jaune et fus mise en boîte sous pression. C'est depuis cette époque qu'on t'utilise avec une raquette : on te tape, on te « lifte », on te    « smatche », on te « slice », on t' « amortis », on te fais rebondir au plus près des lignes du terrain de tennis. Tu passes d'un côté à l'autre du filet, tu t'aplatis sur le sol, tu te déformes, tu perds tes poils, tu t'uses vite. Très vite. Trop vite. Au bout de quelque temps on te prend dans la paume, on te presse, on t'écrase, on te déforme, on constate, mécontent, que, comme toujours, tu ne sais pas garder la pression en toi et qu'on va être obligé de te jeter bien plus tôt qu'on ne le pensait (car tu es bien chère à l'achat). Et quand ça sera fait, une nouvelle vie commencera, peut-être. Il est possible, pourquoi pas, qu'un enfant te récupère et joue avec toi. Dans ce cas tu seras contente ou même heureuse s'il t'envoie en l'air, s'il jongle, s'il te caresse, te bichonne, te gardes avec lui pendant ses années d'insouciance. Tu pourrais aussi te transformer en objet utilitaire, si par exemple, on te place, après t'avoir déchirée, à un coin d'une table pour éviter de se faire mal en s'y heurtant ; tu attendras là patiemment, parfois très longtemps, qu'on t'y décroche pour te mettre définitivement au rebut. Celle, ou celui, qui fera ce geste, espérera vaguement que tu sois broyée, déchiquetée, recyclée (car tu es bien polluante)... plutôt que de traîner encore des années et des années (voire des dizaines d'années), quelque part, nulle part, avant de devenir poussière.



 
Texte de Gaëla

L'enjoliveur


L'enjoliveur voudrait que l'enchevêtrement disgracieux des rayons métalliques qui supportent la jante ne se voie plus - soit caché - le temps de la vie de l'automobile. Mais il n'y parvient pas.

Parfois quelque accroc malencontreux, dû à un manque d'adresse ou d'expérience - de celui qui serait sur la jante - vient briser cet astre parfait et esthétiquement beau. S'il travaille à dissimuler les méandres des filaments tendus au moyeu de la roue, alors il perd son temps. Car le temps fait son effet, et déjà aux premiers signes de vieillissement de l'automobile, il s'écorche, se fissure ou se détache. Il emballe la roue dans ce grand déballage plastique qu'est l'équipement automobile. L'enjoliveur néanmoins semble nous murmurer autre chose à l'oreille : chromé il l'est, par prétention excessive, mais la plupart du temps il se contente d'être moulé dans des polymères saturés d'idées fixes, reproduit à l'infini par une machine infernale qui triture de la substance (encore a-t-il la chance, lui, d'ignorer ses semblables). Au terme de cette alchimie, et devenu adulte, il possède une apparence clinquante, toujours circulaire. L'on imagine mal en effet un enjoliveur rectangulaire ou octogonal, car cela ne sierait pas à l'allure qu'il veut se donner. Et pourtant, sous ces apparences trompeuses, se cache le monde obscur, non seulement des tiges métalliques, mais aussi de son verso (aussi l'enjoliveur doit-il être gémeau...), ce qui en fait un simili d'astre dégénéré et félon. Ecorché, il fait la grimace :

"- mais dans quel bois es-tu donc taillé si tu ne te relèves d'une simple égratignure!".

En fait, il ne connaît rien à la vie, et il croit dur comme fer à sa réalité "ferrique", à sa virilité fantasque, alors qu'il n'est pour l'heure qu'un pis-aller, un cache-misère, tout juste bon à mettre des formes à ce qui n'en a pas. A la première rupture de sa circularité intrinsèque, à la première fissure, à la première déchirure (il s'imagine être de roc, mais tient du château de cartes), il est projeté sur le bas-côté, et réduit à néant. A moins qu'il ne serve de jouet à un groupe d'enfants désoeuvrés passant par là et se saisissant de sa forme incurvée pour le transformer en plateau de jeu (pour les billes). L'oeuvre d'art chromée peut alors devenir un objet dont le degré de réalité est tellement bas qu'il est soudain expulsé de son monde natal - celui de l'automobile, et de sa joliesse ; en son coeur, il est rehaussé d'armoiries ciselées qui en sont l'épitaphe heureuse, avec cela une chance de savoir sur qui fut-il jadis greffé : ci-gît un morceau de fiat. Ainsi, à le scruter, il peut ouvrir une infinité de mondes possibles, à celui qui le ramasse, échoué sur le bas-côté

 

Astre transpercé de sept coquilles incrustées,

Tes aspérités se dévoilent,

Au seuil de ta vie,

Lumineux et loquace tu souris...

Au milieu des fraisiers sauvages, tu dresses un bilan

amer

de ton existence, et parfois tu te dis

que tu aurais mieux fait d'échapper au contrôle qualité et d'être mis au rebut.

A toute ta vie enjoliver et flagorner autrui, tu as perdu ta chance d'exister.

Mais comment renaître à présent?

Par l'accident à point nommé,

tu as pu accéder au monde des idées.

Ainsi fais-tu sens à présent, toi qui

jadis jactais sans cesse contre ces salissures et ces oripeaux

qui te souillaient parfois,

voilà que maintenant tu t'en sers comme

des ornements de toi-même - autant de preuves de ton éclat passé.

A présent tu n'es plus

l'instrument d'un supplice
la roue n'est plus ta geôle

ni un jeu de hasard

la roulette est obsolète

Tu n'es que ce que tu es,

et c'est déjà pas mal...

Tu es

L'oeil ouvert

Sur le passant égaré,

Qui perd la mémoire,

Sur le monde bruissant,

Cette pièce à conviction

de l'énigme, étale,

de l'humanité.

 


 

  Texte de Cécile D.


La noix


Noix précieuse, noix magique, qui renferme plus de trésors qu'on ne l'imagine. Son histoire est longue parmi les hommes, et belle, et riche, car elle apporte depuis des siècles sa chaleur, ses vertus, ses cadeaux. Pourtant sa coque, l'endocarpe lignifié, est repoussante, qui nous présente un visage de cicatrices, de heurts, de rencontres marquantes et remarquées. Mais dans une noix, rien ne se perd, sauf le bruit qui s'échappe lorsque l'on casse sa dure carapace protectrice.
De cette coque on peut faire un combustible, et de son for intérieur, bien des choses. Sa valeur était telle qu'elle était monnaie dès le Vieme siècle ; son huile était aussi recherché que de l'or. Demandez aux abbayes qui se faisaient verser leurs baux en huile de noix. Mais elle apportait surtout sa chaleur dans les maisonnées, lors des veillées d'énoisage, et de son ouverture on a fait un métier : voyez la nostalgie des énoiseuses, qui sur le pas de la porte de leurs clients répétaient les mêmes gestes de découverte d'une chair fragile mais désirée .
D'apparence écervelée, son amande fit donc le bonheur des demeures qui s'éclairaient de sa lumière, des peintres, des belles qui se savonnaient le corps au savon mou, et de ceux qui dégustaient son vin, ses décoctions, ses alcools. Mais, lorsqu'à la fin d'un repas on en présentait un panier à un amoureux venu faire sa demande, elle signifiait désaccord, refus, tristesse et désespoir. Car des noises, elle apportait aussi des noises !
Mais la noix telle qu'on la nomme en France n'est qu'une parmi tant d'autres : ses sœurs du monde entier nourrissent bien des peuples. Noix de kola, noix de pécan, de macadamia, de cajou, du Brésil, de gonkgo, de guevuin, de coco, noix vomique... On aimerait sauter à bord d'une coquille de noix et se laisser voguer à vau-l'eau vers ces noix exotiques et fascinantes, chargées de soleil.
"Nuts !" fit tout à coup mon ami Anglais." Arrêtez vos simagrées à la noix et mangez ce fichu gâteau de noix que vous avez dans votre assiette !"


Texte de Marie-Claude

Mon trousseau de clés


Brillant, lourd, rangé, froid,
 rempli de ce qui fait une vie, ou pas avec ses anneaux inutiles,

 

 Clé

Instrument mécanique, de douze, anglaise ou à molettes.
Aussi sésame des temps modernes,
à chaque serrure unique,
libre de la prendre pour aller aux champs,
ou bien de la perdre sous le paillasson,
pourvu qu'elle mène au paradis.


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Published by atelier d'écriture Labège - dans Productions 2009
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commentaires

Julia B. 26/10/2009 13:14


J'ai bien aimé l'ode à l'enjoliveur !
(une bise à Richard en passant)