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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 14:55

  Texte de Cécile D 
 

Dix minutes d’avance, Attente.

Lumières sur la ménagerie, poneys,

Exotiques lamas, zébus, ne mouftent

Quand passent les voitures, accélérant,

Camion jaune, Camion bleu, Chapiteau,

Ces détails comblent les minutes précédant

Le voyage, et le train, passe.

Montons. Ensemble. Une passagère « étrangère »

Le bus m’est une navette spatiale, bulle de

Lumière et de vibrations

Hermétisme au dehors, les reflets sont nos murs

J’aperçois défiler les lauriers, reconnais

L’arrêt Occitanie, mais nous arrêtons-nous ? Non.

Désertitude des rues du village, obscurité,

Tout semble endormi

Ilot de soleil, la place sous les néons

Nous invite au restaurant. Qu’on dirait fermé.

Soubresauts inattendus, file le voyage

Vitesse de l’engin dans la nuit

Serait-il allé si vite le jour ? 

A gauche, à droite, fin du village,

Pas un mouvement dans notre espace,

Chacun observe, note, conduit

Un pré, un champ, rafraîchissent l’esprit,

Mais les hauts réverbères

Plantés comme des palmiers en bord de mer

Nous imposent retour à la civilisation

A nouveau un excès de motorisation

C’est le Rond-Point Périgord,

Et oust, dehors.

Voyage fugace, temps accéléré, puis dilaté,

Drôle d’impression qui nous est  imprégnée.

Refaire le même chemin, comme à  reculons,

Retrouver le rythme naturel, la vision

Des fossés fuyants, des flaques d’eau parsemées,

Des allées et venues fantastiques

Le calme du village comparé à  la sourde musique

Du bus

Odeurs différentes, fumées, boisées

Et la saveur du retour dans la chaleur

Voilà le voyage éphémère

D’une fine équipe littéraire

En quête

De lettres.

 


  Texte de Renaud 

Autour du chapiteau broutent

poneys, zébus et quelques autres animaux étranges pour Labège,

alors que plus loin,

dans la nuit presque noire,

derrière la RD16 passagère,

un tracteur éclaire son labour.

Quelques voitures passent, sporadiquement, devant l’arrêt du bus où nous nous tenons.

Le bruit d’un train remplit soudainement l’espace.

Le froid n’a pas le temps de gagner mes pieds,

le bus 79 arrive,

vide.

Regarder, écouter, sentir et imaginer,

prendre son crayon et noter à la volée observations et impressions,

pour en faire, juste après le trajet, un écrit, en trois parties, se rapprochant d'un poème,

telles sont les consignes à appliquer, ce soir, pour ce nouvel atelier d’écriture.

Notre groupe monte dans le bus.

Ainsi qu’une jeune femme,

amusée.

Le bus démarre en trombe.

Espace vide dedans, espace noir dehors, mon reflet dans la vitre me renvoie ma perplexité.

Passage du bus sous le pont de la voie ferrée, là où le train fila à toute allure il y a peu,

accélération vers le rond-point Occitanie.

Stupeur et consternation,

pas d’arrêt à cette station, si rapidement atteinte,

je n’ai pas eu le temps de noter quoique ce soit.

II

Un moment d’inattention,

et voici le bus qui débouche sur la place Saint Barthélémy.

Des boules phosphorescentes sont posées sur des poteaux effilés :

ce sont les lampadaires qui éclairent les tables et les chaises

de la terrasse dépeuplée, normal à  cette saison, du restaurant « ô paisible ».

Les affiches du cirque offrent un nom que je n'arrive pas à saisir.

Elles sont espacées régulièrement sur le bord de la route,

et scandent ainsi l’allure du bus qui fonce, déjà, dans la rue Baratou.

Je griffonne hâtivement quelques mots sur mon carnet,

je lève la tête,

tiens, le garage au losange est ouvert.

Vite : voici le moment de noter une réflexion bien sentie sur les travailleurs du soir,

pendant d’aucuns s’amusent comme ils le peuvent,

trop tard, le bus est déjà presque à la hauteur de l’arrêt Riquet,

la lumière d’une habitation sort d’une fenêtre en demi-lune,

voilà l’occasion de lancer mon imaginaire,

d'inventer une tranche de vie derrière cette illumination,

trop tard, l’arrêt Riquet est derrière nous.

III

Le bus se lance vers notre terminus,

il fonce encore et toujours.

La main

se met en suspension,

au dessus de la feuille,

la fin du trajet approche, le rond-point Périgord est en ligne de mire.

Le bus accélère, je regarde attentivement devant nous :

aucune voiture,

je me retourne :

aucune voiture, non plus.

Mon reflet dans la vitre me renvoie, maintenant, du désarroi.

Je griffonne hâtivement quelques mots tels que vitesse, temps qui passe, lumière, noir, vide, …

puis ..stop .. le bus s’arrête …je sors hâtivement, comme les autres membres du groupe, à cette station

Périgord …que faire de ces griffonnages … aucune idée …advienne que pourra !


  Texte de Marie-Claude  

Prose itinérante

Gare du bout du monde : dans la froidure, le transsibérien siffle...

Les silhouettes animales indiquent la ville noctambule...

Attendre un hypothétique et bon homme,

Encore et toujours : tanpis...

Ici, les cathares voudraient lutter dans une ultime conviction occitane.

Là, les maisons défilent impuissantes vers cette lumière mécanique.

Enfin, une note de jazz indique l'arrivée d'un trajet inutile et vain, dans l'ombre et la lumière, entre ville bruyante et ténèbres rurales, où l'on croit ne plus rien voir ni espérer.

Oui, nous gagnerons et nous dirons haut et fort notre croisade pour le métro, plutôt que cette longue marche où le verbe résiste autant que le chinois.

Pendant que l'occupant somnole déjà, incrédule ou inquiet de notre futile passage; quand d'autres se cachent derrière ces frondaisons automnales, plutôt que de plier sous le joug féodal des seigneurs de ces lieux, tout en livrant leurs enfants aux pâtures et aux jeux, alors que le vrai danger viendra sûrement du ciel, avec ces avions intempestifs et aveugles...

Quel cirque quand même !

 

               Labège en vers et en revers

Livrée aux vents de l'autan lauragais,

Autant qu'aux effluves nauséabondes de l'effervescence alentour.

Bercée du doux chant de ses bois et de ses enfants gais,

Emerveillés portant par ce tintamarre incessant et sourd.

Gagnée peu à peu par l'ambition métropolitaine de son âge,

Et, toujours, fidèle à son unique clocher digne et sage.


 
Texte de Gaëla  

I  L'attente

 

Devant l'arrêt "Gare" égarée et surprise par la bagarre

Feinte ou imaginée d'un homme au milieu d'un champ

Illuminé par le feu d'un tracteur aux aguets aux abois

Avec son ombre - sans celle du flic de bois.

Il foule la même herbe que ces bêtes abêties

Et toute la ménagerie du cirque Caprani, "el circo bellisario" en lettres de feu.

L'obscurité est un clair-obscur, tant les néons et les lampadaires et les reverbères et les phares des voitures

Blessent la nuit de leur cruel assaut,

Mais je perçois encore, à cette heure du jour, les couleurs

criardes des camions venus là sur le terrain vague

Par hasard on dirait échouée là leur camelote

Et la vue de ce cirque qui m'arrache au silence à l'enfance

 

II  Voyage

 

La vitesse du bus (décuplée eu égard au temps passé debout à attendre d'être happée) me met sens dessus dessous ; les sièges d'un bleu geignard parviennent à peine à déjouer la pesanteur.

Secouée par le dos d'âne dans des rues désertes,

Je vois : un chat qui passe, une femme entre deux âges qui promène son chien, une mobylette qui pétarade, des panneaux lumineux parfois clignotant qui blanchissent la nuit, un interphone bleuté quasi-fantastique

Je note : "que de haies bien taillées!" - des jardins à la française - les persiennes et volets clos des fenêtres, l'enseigne du garage Renault inscrite en lettres majuscules et métalliques, le retaurant de la place ouvert et désert : ses chaises dehors comme des souvenirs des soirs d'été, une fontaine sans eau qui coule, la hauteur du pont sous la voie ferrée limitée à trois mètres cinquante

 

III  Descente dans le monde

 

Quand je m'extirpe de la vitesse, projetée sur le

Macadam pas encore décati car les plates-bandes

Sont là pour le sertir,

Je perçois des bris de voix dans le lointain,

Et cette agitation sonore me ramène au monde

- ainsi se brise par à-coups le cercle évanescent de notre vacuité sonore -

L'effraction, le coup d'oeil indiscret par-delà la fenêtre

Et le clapotement presque furieux d'un cours d'eau

Dont je ne soupçonnais même pas l'existence

Les platanes ne sont pas encore couchés,

Et dansent de leur ombre automnale et fantasque.

Quand les effluves d'un feu de cheminée, si propice,

M'annoncent le délice

D'une nuit retrouvée, partagée,

Avec le monde en friches.



Texte de Christian  


Trajet express à travers  Labège :


Mouvements :

Dans la fraîcheur de cette fin d’octobre, l’attente            
Des regards furtifs vers le cirque, en face 
Enfin le bus arrive, un grand bus vide
Qui s’arrête surpris devant cette foule inattendue.
Commence alors une traversée sinistre
D’un Labège désert, par des rues bien étroites
Seules les secousses provoquées par les multiples gendarmes couchés
Animent ce parcours d’une désespérance unité.
Un rond-point, deux ronds-points, encore un
Et c’est notre descente au point d’arrivée annoncé.


Bruits :
Au loin un tracteur ronronne, Labège a aussi un pied en campagne
Des voitures passent en trombe, charriant des urbains pressés de retrouver leur poste de télévision certainement déjà allumé sur le match commencé
Un train fait vibrer le pont, alors que nous nous sentons bien seuls, immobiles au pied de l’indicateur
Dans le bus, le moteur tourne sans à coups, les vitesses automatiques amortissent les manœuvres autrefois plus bruyantes
Un coup de frein bien contrôlé et nous voilà dehors dans le silence de cette zone déserte.


Regards :

Sous le poteau Tisseo, la nuit est maintenant compacte, faisant ressortir les lueurs des lampadaires généreusement installés par la commune

Des phares de voitures traversant la buée humide du soir forment des halos mobiles

Dans le bus, on ne voit presque rien de l’extérieur, on devine des façades hostiles aux volets fermés et la traversée de passages boisés 

On baisse alors les yeux sur le décor intérieur, des banquettes vides sauf, ça et là , éparpillés, des passagers concentrés sur leur feuille de papier, semblant noter des repères pour en faire ensuite leur poème ( rimé ou, ici, en prose).



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Published by atelier d'écriture Labège - dans Productions 2009
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