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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 15:40

Premier atelier : Loto portrait

 

Moi, dont la bouche dira oui et le corps exultant s’offrira à ton regard
Moi, dont la truffe frémira sous la douce caresse de tes yeux agrandis par la tendresse
Moi, jadis canard boiteux, insensible au moindre élan de spontanéité,
A présent  canard renversé  par l’intensité de mes émotions  si longtemps contenues
Redeviendrai désir sous la moiteur de tes baisers.
Quand l’avenir s’obscurcissait dans l’attente d’une impossible embellie
Quand mettre mes pas dans les tiens semblait insuffisant
Quand l'espoir d'un cheminement singulier s'était définitivement enfui.

Il ne me restait que mes origines, socle rationnel et intellectualisé de ma nature fluctuante
Pour me rappeler combien la mort est proche
Pour me rappeler que le temps peut s’apprivoiser
Pour me rappeler que l’avenir se construit.
Il n’est d’être qui ne s’affirme sans mettre à bas ses fantômes intérieurs
Il n’est de vie qui ne se réalise sans reprendre possession de son moi intérieur.
Qui, abandonnant toute peur, jusque là influencée par de la représentation obsédante d’un inéluctable néant.
Moi, dans un élan de pure autodétermination  pour échapper à la noirceur de ces obscures divagations 
Moi, créature de chair et de sang refuse de rester soumise à des émotions purement délirantes.
Je mets à bas les murailles me séparant de la vie et me débarrasse de toute désespérance.
Il n’est d’être qui ne se réalise sans mettre à bas ses propres fantômes
Il n’est de vie qui ne se conçoive harmonieusement sans dépassement de soi.
Moi, l’infiniment petit face au monde infiniment grand qui nous entoure

 

Deuxième atelier : Je me souviens du cadavre exquis

 

Première phase : phrases produites en commun  

Je me souviens qu’à l’été 1969 l’homme a fait ses premiers pas sur la lune ».

Je me souviens de ces roses anciennes, il y avait trop de roses ».

 Même si j’ai préféré l’angoisse insidieusement distillée «  d’Arsenic et Vieilles dentelles  » .

 Que Cormac McCarthy est l’exemple de l’auteur qui ne veut pas être trop mêlé au monde ».

 Des premières musiques de jazz qui nous faisaient swinguer ».

 Je me souviens du vent dans tes cheveux ce jour-là ».

 Je me souviens des oiseaux assis sur le toit de l’immeuble en face ».

 Les pavés volaient dans tous les sens comme les pollens du mois de mai ».

 Je me souviens de l’air suffocant de Douala ».

 Je me souviens de Paris sous la tempête ».

 

Phase 2 :

 

Je me souviens de Paris sous une tempête de pavés volant en tous sens comme les pollens du mois de mai

Plus de règles, plus de lois, les cris, les stridulations ininterrompues des sifflets tournoyant dans nos oreilles

Tels des pantins désarticulés se livrant à une transe échevelée

Révoltés et gardiens de la paix, dans des mouvements anachroniques semblaient s’agiter comme sous l’effet  des premières musiques de jazz qui, dans le temps, nous faisaient swinguer.

 

Je me souviens de l’image en noir et blanc qui, à l’été 1969, fut ancrée à jamais dans nos esprits

Celle de l’homme qui a fait ses premiers pas sur la lune, sautillant, casqué, empesé dans combinaison sur gonflée

Une impression d’étouffement, tel l’air suffocant de Doula lorsque la floraison des roses anciennes atteignait son paroxysme, semblait émaner de ses gesticulations

Il y avait trop de roses, il n’y avait pas assez d’air, il y avait trop de senteurs mêlées, il n’y avait aucune trace de vie.

 

Je me souviens du vent dans tes cheveux ce jour-là

Comme une nuée d’oiseaux assis sur le toit de l’immeuble d’en face

De tes longues mèches rebelles flottant au vent qui se mirent soudain à virevolter

Animées par un irrépressible et prodigieux rire, fruit de tes vingt ans.

 

Tous ces souvenirs au combien émouvants disparaîtront cependant.

Il est temps de faire face au  passage du temps et au long travail d’érosion qu’il n’a pas manqué d’exercer.

Qui de nous peut estimer en être sorti indemne, avoir gardé les espoirs de sa jeunesse.

A l’exemple de Cormac McCarthy, auteur qui ne veut pas être trop mêlé au monde

Il nous faut nous défaire de nos dernières illusions.

 

Le cheminement  d’une vie emprunte souvent des sentiers inconnus.

Ainsi, même si j’ai préféré l’angoisse insidieusement distillée  dans « Arsenic et vieille dentelle »

Rien ne sera jamais comparable à ce sentiment de perte d’une partie essentielle de mon être

La promesse d’un monde dans lequel tout paraissait réalisable : paradis des possibles définitivement perdu.

 

Troisième atelier : j'ai vingt ans sur la photo

 

bérengère 20 ansMoi à vingt ans, photo figée, moment instantané

Instant réel ou instant rêvé

Souvenir imaginé ou réalité  gravée

Marque indélébile d’un événement passé

Ou piètre tentative de rendre immuable un souvenir ne correspondant en rien à ma propre histoire.  
Par une chaude après  –midi ensoleillée, tu as saisi une fugace intimité

Instant paisible, instant immobile

Recherche d’identité. 
Bercé par le doux clapotis des remous de l’Hérault, 

Le sourire apparaît, non retenu, peut- être un peu forcé

La pose est sans doute empruntée mais les sentiments sont vrais. 

Telle une vague déferlante noyant tous faux – semblants

Je ne me prête plus un à  jeu, je suis.

Je vis le présent, le bonheur d’un été, le temps s’est arrêté.

Rien ne m’importe plus que ton regard qui me révèle au monde.

Moi à vingt ans. 
Seul importe la vérité  du moment.

Le sujet véritable transparaît toujours,

Qu’il soit offert ou simplement joué.

L’important réside dans le rendu

L’essence d’un cliché est aussi bien dans l’anecdote que dans le vécu. 

Avoir vingt ans est l’unique certitude de cette photographie.

Je suis telle que tu as voulu que je sois

Je suis telle que j’ai voulu apparaître

Je suis une et multiple

Un être entier et pourtant tellement complexe. 

 

Texte du quatrième et cinquième atelier : ma vie de bébé

  

Je ne vais pas vous raconter d’histoire mais une histoire ou plutôt ma pré histoire.

 A l’origine, il y avait le Néant. Puis, des gémissements sourds se firent entendre. Et enfin, un cri semblant surgir du fond des âges, empreinte vocale primale, résonna. L’éjaculation venait d’avoir lieu : un jet de liquide séminal lancé à la puissance Mag 2 envahi le vagin dans lequel l’objet du délit avait pénétré.

  

Impossible de faire machine arrière : « Ejacula Ajacta Est ». Imaginez 2 à 300 millions de spermatozoïdes s’élançant comme un seul homme vers le but ultime. Mais la quête allait s’avérer fatale pour 99,99% : beaucoup d’appelés mais un seul élu. Déjà la loi de la jungle ! Pourtant, armé de leur minuscule flagelle aucun n’avait démérité. A coup de battements frénétiques autant que pathétiques, ils avaient tout tenté mais le parcours était semé d’embûches, perdu d’avance : l’ovule se dérobait sans cesse à leur tentative de corruption.

 C’est alors qu’un petit sournois réussi, en faisant tourner son petit hameçon, à crocheter  la serrure et le mécanisme s’ouvrit et l’avala tout entier. Le processus était lancé….

 Et oui chère maman, cher papa, pas encore conscients d’être des parents, l’odyssée de ma vie commençait, bien malgré moi et pas vraiment voulue par vous. Mais c’est ainsi, tel le Bing Bang originaire, le coït fatal allait avoir des répercussions insoupçonnées pour ses responsables : une minute de plaisir et toute une vie d’angoisse, d’espoirs et de joies. 

La nature ne les avait, pourtant, pas pris en traître, les fameux gènes –Samu auraient pu procéder par eux – mêmes à l’élimination du résultat de cette fusion. Mais à l’évidence, il ne s’agissait pas d’une erreur de la nature, le Grand Architecte avait un autre plan de prévu. Et c’est ainsi que l’œuf fécondé est devenu une grappe à laquelle a succédée une larve.

 J’aime à penser que, dès ce stade, ma mère s’était rendu compte de ma présence car tout en étant un corps étranger en construction, je n’ai jamais voulu être un passager clandestin. Ma survie dépendait trop de la reconnaissance corporelle maternelle qui devrait me nourrir et me protéger. J’ai donc signalé très tôt ma présence afin de me faire admettre, accepter et aime,r tâche que j’accomplirai tout au long mon existence …

Lentement mais sûrement, la petite morula est remontée dans l’utérus pour y procéder à la nidation, s’enfouir dans la matrice. Il fallait que la greffe réussisse, question de survie. Une tolérance immunitaire originelle allait m’y aider et c’est comme cela que j’ai pu m’attacher à la paroi utérine : intrus 1 – géniteurs 0 ! Implantation réussie, cette fois, j’y étais et j’entendais bien y rester. Le travail allait enfin pouvoir commencer pour le besogneux petit embryon en devenir que j’étais. Je pouvais partir, à présent, à l’assaut des vaisseaux - « Mère » nourriciers qui allaient lancer l’organogénèse…. parce que ressembler à une petite mure toute ma vie, très peu pour moi, « à mure toujours ne dure qu’un moment ! » alors place au compagnon bâtisseur et à la réalisation de son chef d’œuvre. Il n’y en aurait qu’un, donc retour à la mémoire génétique ancestrale

La spécialisation des cellules, oscilla entre élimination et construction de ponts inter-cellulaires et  permit à chacune d’entre elles de trouver sa place. Une véritable usine de fabrication se mit en place dont j’étais le PDG en titre… même s’il me fallut avoir l’aval de l’AMF : Autorité des Mamans Fécondées. En effet, il est difficile de se construire tranquillement au nez et à la barbe du porteur d’oeuf…. Aller, une petite nausée par -ci, une extrême sensibilité aux odeurs par –là, des seins aérodynamiques « Au bonheur des hommes », fin des règles… Ah, la joie d’être enceinte !!! Un état de plénitude paraît-il ! Je sentais qu’elle commençait à m’adorer….

Enfin, le principal était que la communication ait été établie car 3 mois à peine pour se transformer un fœtus réclame l’aide de tous les individus concernés.

Ainsi, après mon cœur et mon cerveau, l’étape primordiale fut la fusion avec le placenta de ma mère. Les échanges de simplement vitaux se transformèrent peu à peu en une communion intense faite de sensations, de sons étouffés, d’effleurements. La musique de sa voix m’aidait à me construire, à me structurer. La grossesse devrait toujours être un temps de calme, paix et sérénité : penser 2 et vivre 2 pleinement.

Quand vint le temps de la première rencontre, le moins que l’on puisse dire est que j’apparus à mes parents à mon avantage, je ressemblais à une crevette avec une tête surdimensionnée qui faisait la moitié de mon corps. Je comprends que mon père ait reçu un choc. Il lui était difficile de se figurer le résultat final à moins d’avoir beaucoup d’imagination. Il allait vraiment falloir que je mette les bouchées doubles pour être au top lors de la « Présentation ultime ». J’espérais que les chromosomes n’allaient pas me jouer un sale tour sur ce coup là.

Cependant, s’il existe un abîme entre la réalité et la représentation de son bébé,  à l’inverse pourquoi ne pas renverser le compliment : au jeu du hasard, je n’ai pas non plus eu la fameuse chance du débutant. J’aurai du m’en douter car tout était inscrit dans mes gènes. Cependant, à ce stade là, il s’agit plus d’indices que d’indications fiables. Et les chromosomes n’en ont fait qu’à leur tête en se mélangeant. Mais, j’ai, moi aussi, été surprise de l’échantillon parental qui m’a été imparti ! Remboursez !!!!

Quoi qu’il en soit, j’ai nettement moins apprécié que ma mère ne s’intéresse qu’à l’identification de mon sexe : avoir un héritier, la transmission du nom, autant de notions révolues pour ne pas dire archaïques, bref j’allais débarquer en plein Moyen- Age. Pourquoi ne demandait- elle pas le retour de la loi salique, tant qu’elle y était. Je pense que c’est  ce jour là que j’ai décidé d’être la petite fille chérie de son papa,  pour lequel j’aurai toutes les attentions et qui me le rendrait bien. Pensée puérile d’un cerveau dont toutes les connexions ne sont pas achevées ! Le plus simple était peut –être de la prendre en main et d’essayer de la déprogrammer : du gâteau quoi ! 

Heureusement, par la suite, le petit fœtus que j’étais devenu se trouva si occupé par la tâche immense qu’il lui restait à accomplir qu’il se mit à oublier ce genre d’idées saugrenues et se laissa aller à rêver et à planer en état d’apesanteur dans le liquide amniotique, tantôt le sirotant doucement,  tantôt le polluant  avec force.

Soudain, je me mis à avoir des poils partout comme un petit singe : quel bonheur ! Après qu’il me soit poussé un appendice caudal, c’était le pompon ! Je ressemblais maintenant à nos lointains cousins. Si cela continuait, c’est au zoo que je finirais sous l’étiquette « espèce protégée ». A moins que mes parents aiment les peluches. Enfin, j’avais déjà la fourrure : Neuilly me voici ! Une chose, cependant, me faisait cruellement  défaut, j’avais beau avoir chercher dans les moindres recoins de  mon loft, aucun le levier de vitesse à l’horizon . La Nature m’aurait-elle trahie ?

C’est lorsque mes fesses, déjà rebondies hélas, apparurent, que je perdis enfin cette petite  queue si seyante mais je me mis à tirer la langue : c’était sûre, je serais affreuse et je ferais le malheur de mes parents. « Quel bébé rigolo ! », »Vous avez vu le bébé de ma voisine de chambre ! » «  Ah, quelle drôle de tête ! ».Cela ne  me donnait pas envie de sortir mais plutôt de continuer à me shooter avec ce merveilleux liquide in utero, emmitouflée dans ma douce fourrure.

Le problème, c’est que le doux cocon commençait à rétrécir, les sons devenaient de plus en plus forts malgré le liquide amniotique affleurant mes tympans. La perception en était très désagréable.

De plus, les humeurs de ma mère rendaient le milieu des plus toxique : entre moments de déprime et de profonde excitation, la vie était loin d’être un long fleuve tranquille. Il devenait difficile d’en faire abstraction. Impossible de lui faire comprendre, malgré les coups de pieds, de m’oublier un peu !!! En même temps, avoir un ventre qui vous fait ressembler à une mongolfière, mal au dos, aux seins toute la journée et ne plus avoir un seul vêtement un tant soit peu féminin à porter à de quoi énerver la femme la plus calme au monde.

Il n’en demeure pas moins que je ne pouvais plus danser. Pire que cela, je sentais que je descendais doucement, au point même de me retrouver la tête coincée vers le bas. Je ne voyais pas d’issue. Il n’y avait aucune porte de sortie, pas plus que de position de repli. Ma chère maman, sur ce coup là, tu allais devoir te débrouiller toute seule. Du moins, naïvement, c’est ce que je crus. Et j’ai dû encore faire tout le boulot…..

J’ai décidé de lancer « l’opération contractions ». Elle se mit à respirer bruyamment, je sentais la colère, la peur… Cela a duré des heures quand, enfin, j’ai engagé ma tête, sans réfléchir, telle un kamikase repérant sa cible et descendant en flèche sur un navire ennemi. Je me suis donc retrouvée coincée, la tête prise dans un étau. Impossible d’aller plus loin. Avoir un bébé ça se mérite mais avoir des parents également semblait-il ! J’entendais des voix très fortes malgré le bruit de locomotive que faisait ma mère. Je sentais des pressions qui s’exerçaient sur son  et dans son ventre, très intrusives.

 Le « désengagement » m’a semblé prendre une éternité : d’abord le sommet de la tête les yeux, le nez, le menton, les épaules et la glissade éperdue pour finir dans ses bras. Et soudain, je l’ai reconnue : «  Que vous avez de grands yeux, que vous avez de grandes dents… ». « On appelle ça les dents du bonheur ma chérie ! ».Géant, je sentis un violent spasme intestinal me secouer. Mais pas d’erreur, c’était bien son odeur, sa voix, ce ne pouvait être qu’Elle. Il s’est alors penché et j’ai également reconnu sa voix. C’était une évidence. C’était eux. Je venais de les rendre parents et je venais de gagner le statut d’enfant au premier cri libératoire qui m’échappa.  

 Je n’étais qu’une petite chose nue, gluante, imberbe, incapable d’ouvrir les yeux, d’exprimer la moindre pensée, complètement démunie, absolument dépendante d’eux pour le moindre de mes besoins. Je n’étais plus cette créature remplie d’un sentiment de toute puissance,  se voyant comme le démiurge de sa propre existence, à défaut d’en être l’auteur. Cet excès de faiblesse me terrorisa. Pourtant, cette immaturité toucha mes parents, fit fondre leurs dernières réticences et disparaître leurs ultimes craintes. Je sentis l’atmosphère se charger d’intensité, la force et l’étendue de leur amour me submergea. J’ai, de ce moment, décidé de  m’accrocher à eux comme à une bouée de secours, me sentant complètement perdue dans ce monde réel qui m’apparaissait froid, obscur, loin du sentiment de sécurité que j’avais ressenti dans le monde intérieur, mon monde, que je venais de quitter si brutalement et que je commençais déjà à oublier. Il me faudrait toute leur tendresse pour me rassurer et continuer ensemble cette merveilleuse aventure qu’est la vie qui n’en était qu’à son prélude après cette magnifique expérience de la conception qui avait pris 9 mois.

9 mois : le temps pour qu’un miracle s’accomplisse et toute une existence pour qu’il se poursuive et s’approfondisse…

 

Sixième et septième ateliers : autobiofiction

 

Voici le vécu d’un vaurien vacciné de la vacuité de sa vie, qui, voluptueusement vautré dans ses vêtements du vendredi, vomit, telle une verrue velue, un visage de lui qu’il voudrait véridique et qui n’est que vaine vanité : le vernis- vitrail tel un voile vespéral, qui, vaille que vaille, veillerait à faire valider des vicissitudes dignes d’un vidéo- clip comme étant le voyage vertueux d’un va -nu-pied valeureux.

« Etre ou ne pas être telle est la question ? ». « Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté doit commencer par leur garantir l’existence ». Foin d’une interruption de grossesse puisque non encore légale. Il était l’ultime soldat d’une armée de vaincus. Rrrrrra ! Fruit d’un amour sans nul pareil et pourtant exprimé de la façon la plus commune possible. Pouah, on naît de peu de choses. On est peu de chose.

« Les défaites de la vie conduisent aux plus grandes victoires ». « Et, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Sa volonté indéfectible lui apporta le sésame ouvre - toi qui lui permit, de pénétrer l’antre du monde, la caverne de l’espérance. « Dans un voyage, le plus long est d’arriver à la porte ». Toc, toc, il y a quelqu’un ?

Sa lente maturation ne fut qu’une question de patience, de persévérance et de beaucoup de travail. Han, Han, Han : vas- y que je pousse, vas-y que je te pousse ! « Qui veut la fin veut les moyens », « Patience et longueur de temps font plus que rage ni courage ». « Il ne faut cesser de s’enfoncer dans sa nuit, c’est alors que la lumière se fait ». C’est ainsi que l’heure de sa naissance arriva, sans coup férir, en parfaite osmose avec l’horloge biologique de sa mère. Ce qui n’eut pas l’heur de lui faire si plaisir que ça ! Ahhh ! Sortez -le de là !!!!

Mais la vie, vieille prostituée, l’avait trahi avant qu’il n’eut la capacité et le temps de dire ouf ! Un stupide attentat. Pschitttt : à peine le temps de se mettre à marcher. Il bascula dans l’abîme impitoyable des oubliés de l’amour. Ses parents venaient de disparaître. Oups. « Dans le noir, toutes les couleurs s’accordent ». Un merveilleux hasard le mit en présence d’un homme, un géant mélomane, un ogre de tendresse chaussé de bottes de Sept Lieues pour mieux lui faire découvrir la musique, la littérature, la tendresse. La paternité tout comme « la parole exsudante d’amour n’avait pas été donnée au commissaire, il l’avait prise de force » devant ce petit être sans défense qui lui tendait les bras. « Mais un fils est un créancier donné par la nature ».  « Et la bêtise insiste toujours ». Il se jeta donc à corps perdu, pousse - toi de là que je m’y mette, et non à son corps défendant dans tous les plaisirs que lui permettait son adolescence : sport à outrance, filles à gogo. Hay Téquila ! Vaste programme ! Et, mama mia !!! La suite fut prévisible, en un mot inévitable : il rata son bac. Alors, il prit le suivant et s’embarqua pour l’aventure. L’envie lui était venue de s’expatrier : « les voyages forment la jeunesse » et « l’homme absurde est celui qui ne change jamais ».

 La métropole malgré son apparence cosmo polie n’avait pas grand chose d’exaltant ou d’ébouriffant à offrir. Comme pour son cousin pas si lointain, il aurait été plus juste de lui accoler Nord et, surtout, de la doter d’un bonnet, circonflexe bien sûr, Brrrrrr ! Les mentalités étaient  très fermées, coincées : des visages- prisons, des pensées inatteignables, chacun pour soi et tous côte à côte mais jamais ensemble « Homme si tu es quelqu’un, va te promener seul, converse avec toi-même et ne te cache pas dans un chœur ». « Le silence a dit quelqu’un est une vertu qui nous rend agréable à nos semblables ». C’est cela ! Oui… mais à petite dose, toute petite, sinon gare à l’overdose : Paroles, paroles et paroles…. Il était en manque. Sensation d’étouffement. Intense solitude. Alors, départ pour Los Angeles : vroum, vroum et une voiture de police emboutie par ses soins sur le Highway ! Re départ, cette fois,  sous bonne escorte en remorqueur direction le poste de police le plus proche. Etant doté d’un anglais plus qu’approximatif, merci l’école buissonnière, cette expérience fut mémorable. Nul doute qu’il ait été confondu pour un narco trafiquant ou un narco dit l’heure quand il demanda combien de temps durerait sa garde à vue. « Que 10 coupables échappent à la justice, plutôt que souffre un seul innocent ». « Mais expérience n’est –il pas le nom dont les hommes baptisent leurs erreurs «  !

De retour dans le foyer familial au bord de « la mer, qu’on voit danser le long des golfes clairs a des reflets d’argent, la mer… » , sous la tendre vigilance d’une mamie gâteau, mamie confitures, seul recours possible, l’attaque en force  : Conservatoire, Ecole Boulle, Paris marathon Roller, rien n’échappait à ce boulimique de notes et de médailles : « à la recherche du temps perdu » peut- être ? « On est rarement maître de se faire aimer, on l’est toujours de se faire estimer ».

Surtout, il se mit à mélodiser, à improviser, entremêlant les rythmes, entrelaçant les styles, prit d’une frénésie, une faim inextinguible d’une langue universelle, d’une Babel enfin atteignable, s’exprimant à travers les douces calligraphies et arabesques des portées. « La musique, c’est du bruit qui pense ». C’est l’interpénétration des cultures : européennes, africaines, polynésiennes, canadienne…. Vers l’infini et au-delà…. Enfin, la vie en technicolor et en son stéréophonique !

Cela n’empêcha pas la venue d’images fugaces, autant de désirs trop longtemps retenus, contenus,  de frustrations jusque là inavouées, autant de coffres à secrets qu’il s’était efforcé d’oublier dans un recoin poussiéreux de son grenier à pensées. « Le temps ne s’occupe pas de réaliser nos espérances ; il fait son œuvre et s’envole ».

 « Au temps suspend ton vol » le supplia-t-il alors en vain. Mais rien n’y faisait, une tristesse l’envahissait au crépuscule, irruption de l’insondable ébranlant les fondations tenues de sa fragile personnalité. Il pensait à ses frères endormis qu’il apercevait alors par la porte laissée entrebaîllée de sa chambre ou peut – être était- ce le léger ronflement de leur respiration régulière qu’il percevait. Quand, soudain, dans un fracas de tous les diables, deux hommes armés faisaient irruption dans la maisonnée assoupie. Tchac, tchac, tchac … Réveil brutal en hurlant.

« Le bonheur n’est jamais immobile ». Ce non - souvenir ne cessait de venir le hanter sans doute parce qu’il avait été amputé d’une partie de ses racines le jour où ses parents avaient disparu et qu’il craignait intensément que la fratrie ne se disperse à tout jamais, telle des semailles rétives sous le souffle impétueux d’Eole.

« C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ». Et, « il y avait loin de la coupe aux lèvres ». Il ne s’agissait pas de prémonitions mais simplement d’une blessure à vif, d’une plaie béante, nourriture fantasmagorique ébranlant sa conscience devenue mamelle gorgée, engorgée, suintante de cette brûlante et purulente sève. Fini l’auto gavage. « L’homme est une plante qui porte des pensées, comme un rosier porte des épines et un pommier des pommes » et quand certaines sont blettes, elles tombent d’elles-mêmes et s’évanouissent dans la terre en pourrissant lentement. Il décida alors de laisser le temps faire son œuvre en s’aidant d’un gri-gri personnel : la vision rassurante de sa grand- mère paternelle arborant fièrement sur sa poitrine une broche figurant un ange, un ange sans g qui chiper sans p des carottes sans a, se plaisait –elle à répéter à qui voulait l’entendre . Les pièces du puzzle se mirent en place, tel un meuble préfabriqué, prédigéré, pré formaté et pré noticé de la fameuse marque Le Hic est Là !  «  Une place pour les rêves, mais les rêves à leur place».

La réalité n’allait pas tarder à le rattraper, le happant dans sa spirale ténébreuse après l’avoir attiré, encensé à l’aide du parfum vicié de tubéreuses. Souffle de linceul. Chronique d’une mort annoncée. Sa meilleure amie tomba malade. Le diagnostique fut sans appel : le Sida. Aids pour les anglo saxons. Terme qui résonna comme une mauvaise plaisanterie ou à défaut témoigna d’une terrible ironie linguistique quand on sait qu’elle se  retrouva au contraire sans soutien. « L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux ». Elle fut recueillie par un pasteur, homme de grande foi : «  la foi soulève des montagnes, oui : des montagnes d’absurdités ». Et ils furent les 2 seules personnes qui l’accompagnèrent vers « ce pays inconnu dont nul voyageur ne revient ». Cela le fit mûrir plus sûrement que le nombre d’années qui venaient de s’écouler : tic tac, tic tac, tic tac. « L’expérience instruit plus que le conseil ».

Perte de l’innocence, fin d’un âge d’or où tous les possibles semblaient permis. « Un beau soir, l’avenir s’appelle le passé. C’est alors qu’on se tourne et qu’on voit sa jeunesse ». La maturité l’avait saisi en plein vol, foudroyant toute tentative de nier l’évidence. « La meilleure preuve de la misère de  l’existence est celle qu’on tire de la contemplation de sa magnificence ». Pour se rétablir, il choisit de ne faire qu’un avec la nature qui l’entourait, de retourner à l’essence de son être et de s’enfouir au plus profond de lui – même à la recherche de tout indice, si indicible soit-il, de communion avec la mère-Nature, de retrouver son animalité intrinsèque. Moule vierge engrossé en son sein par un essaim d’idées toutes plus hurluberlues les unes que les autres qu’il lui fallait évacuer ou remiser à leur juste place pour trouver la note ultime répondant à l’oreille absolue de l’Univers. « Ce n’est pas l’esprit qui est dans le corps, c’est l’esprit qui contient le corps et l’enveloppe tout entier ».

Dans un second temps, il décida de diriger sa curiosité vers le monde : «  le meilleur moyen pour apprendre à se connaître c’est de chercher à comprendre autrui ». Il reprit des études, se remit à s’amuser, à jouer, à rire, à jongler, à partager. « Ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui-même ». Et l’amour frappa à sa porte sous l’apparence d’un amant magnifique : Raphaël. Comme « le seul moyen de se débarrasser d’une tentation, c’est d’y céder » : cet éphèbe, qui, par une étrangeté du destin se jouait de tout et de tous, lui devint  essentiel. « Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point ».  Depuis, la joie, les coups de folie ont envahi sa vie. « On ne saurait être sage quand on aime, ni aimer quand on est sage ».Mais pas de zig zag, tout dans la continuelle découverte de l’altérité si différente et pourtant si semblable. Identité double d’un véritable amour. Union de deux coeurs en un unique symbiote. L’amour nous fait franchir des montagnes et accomplir des prouesses. Pourquoi pas des merveilles de tolérance ? Seul comptait le fait qu’ils soient heureux, en parfait accord avec eux-même.

Ceci est un exemple d’expérience non pas exemplaire mais un excellent expédient aux exécrables exaspérations de l’existence qui rend ex æquo l’exactitude de son examen avec l’excitation qu’a pu exercer sur le lecteur cette exquise exposition d’exploits non expurgés de toute extrapolation..

 

Atelier 8.

 

Un matin, au sortir d’un rêve agité, il s’éveilla avec une sensation de langue de bois. Il avait une forte envie de vomir.

Mais d’où pouvait provenir cette étrange odeur, cette sensation de suffoquer ?

Il lui était impossible de tourner la tête pour se rendre compte de l’origine de son mal- être comme si celle-ci était fondue à son corps.

 

Que lui était-il arrivé ? Son tronc était complètement inerte : bouger ne serait – ce qu’une phalange était irréalisable. Par contre, aucun angle de sa chambre ne lui échappait comme si ses yeux étaient dotés d’une vision panoramique complète :plus besoin de faire pivoter son cou. Etrange !

Un rapide regard en arrière lui appris que son abdomen était scindé en 2, recouvert de longs poils drus bicolores : noir et orangé. Sans doute, trop fatigué la veille au soir, avait-il oublié d’ôter son déguisement d’Halloween. Mais pourquoi se sentait –il si engoncé dans ce cas ?

Il décida de l’ôter mais dans l’agitation  qui l’avait saisie, il ne réussit qu’à tourner plusieurs fois sur lui-même. En effet, de minces chélicères acérés s’agitaient sous lui, sans discontinuer, réalisant un menuet endiablé.

.

Des vibrations imperceptibles l’empêchèrent de se poser plus de questions. Déjà, tout son être réagissait à l’appel émis par sa future proie. Il s’élança sur l’insecte pour le tuer. Il se mit à cracher sur sa victime 2 jets d’une substance collante produite par des glandes situées dans sa bouche. Ces projections tombèrent en zig-zag sur celle-ci et la paralysèrent au sol. Il ne lui restait plus qu’à la mordre pour la tuer.

Qu’avait-il fait ? Son cerveau n’était plus qu’un organe servile, soumis à une volonté impérative issue d’un instinct primitif : sa  survie. Il n’était plus qu’un ventre sur patte et seule sa panse commandait. Sa bouche si souvent ornée d’une moue rieuse se retrouvait n’être plus qu’un trou béant, emplie de substance toxique, prêt à répandre son fiel à toute présence d’anthropode.

 

Il décida de trouver un coin tranquille, sombre si possible pour réfléchir. Il devait rêver ou plutôt cauchemarder.

Il trouva une plante et dans son extrême agitation de mit à sécréter de minces fils de soie sans même sans rendre compte. Peu à peu,  une immense toile en forme d’entonnoir apparut.

Il se sentit extrêmement las après ce travail d’une grande finesse. En même temps, une sensation de lourdeur inhabituelle l’envahie comme s’il était chargé d’un poids dont il fallait à tout prix qu’il s’allège…. Il  se mit alors à pondre des œufs, minuscules ovoÏdes d’un blanc crémeux pour ne pas dire sale. Quand il eut accomplit sa tâche, il commença à tisser un grand cocon tout en soie, sphérique,  autour d’eux afin  de les suspendre au sommet du feuillage.

 

Il fallait qu’il se réveille ou qu’il se rendorme : cette chimère monstrueuse devait prendre fin au plus tôt. Il pensait à la maîtresse de maison qui se faisait un devoir de chasser les arachnides d’un bon coup balai dès qu’une d’entre elle pointait le bout de son nez. Le temps lui était donc compté.

 

Mais qu’avait –il fait pour mériter cette mutation ? Il se souvint de la légende d’Arachnée et de sa vantardise proverbiale. Ce n’était pas son cas. Certes, il était banquier mais il n’attendait quand même pas tapis au fond de son bureau que ses clients manquent à leurs obligations. Ses conseils étaient avisés même si certains pouvaient avoir l’impression de s’être laissés attirer dans un piège après avoir suivi son argumentaire bien rodé. Il avait besoin des primes que lui octroyait son chef d’équipe à chaque contrat conclu. Ce n’était quand même pas un crime !

Il se souvint d’une réflexion de sa femme : «  Est- ce qu’il t’arrive de penser à tes clients lorsqu’ils se retrouvent complètement endettés avec l’unique perspective de perdre le travail de toute une vie ! »….  Que lui avait –il répondu ? Il ne s’en souvenait plus.

Il commençait à avoir mal à la tête, il y verrait plus clair à son réveil….

 

Il décida de  regagner son lit. Il glissa le long d’un fil de soie. Puis, il essaya de se camoufler sous les draps. Soudain, une montagne se mit en mouvement dans sa direction, il glissa dans un creux sans fond. Non ! Non ! Pas maintenant ! Il devait se réveiller ! Ce ne pouvait pas être la fin, ! Pas de cette façon ! NONNNNNNNNN …….

 

 

Atelier 9 : Haïku de rêve 

 

Nougaro : Schplaouch !

 

Imprudent nageur-

Je bascule, plonge, danse

Dans l’onde de ton amour.

 

Ride ou sourire

Une venue impromptue-

Appel d’air amer.

 

Poisson hors de l’eau

La vie nous tend une rame-

Sale œil ou joie.

 

Estomac en vrac

Brasse coulée, bulle d’air-

Victime de la vie.

 

Rimbaud : Aube.

 

Premiers éclats de vie

L’aube dévoile ses charmes-

Envie de miction.

 

La nuit s’éclaircit

L’aube dépose son voile-

Draps froissés.

 

Voile fugace

L’aube esquisse un sourire-

Pas chassé par les matines.

 

Au front des palais endormis

J’ai embrassé l’aube

Au coq  l’ai dénoncé

 

Rêve :

 

Retour de vacances.  Je conduis une petite Twingo sur l’autoroute ensoleillée. Celle – ci est très chargée : bagages à profusion, 1 mari, 2 enfants adolescents, 3 chats et un chien énorme genre basset allongé sur mes genoux.

Nous avons une discussion sur le coût  de nos vacances et je suis fière  d’avoir fait des économies : 150 euros pour un mois.  Mon mari est sceptique. Arrêt au péage, des gendarmes s’approchent de nous et me demandent mon permis de conduire et les papiers du véhicule. Mon mari commence à énumérer tous les achats que j’ai effectués. Je lui confirme que je me suis encore trompée dans les comptes mais de peu. Will part en éclats de rire, je le prends mal car ma susceptibilité s’en mêle et je ne veux pas en démordre : je minimise les achats effectués et finis par lui dire en riant « De quoi je me mêle ! ».

Les gendarmes veulent me rendre mes documents et je leur répond «  Un moment, je fais les comptes !!!! ».

« Ok » répond l’un d’entre eux et ils n’insistent pas, se moquent de moi en rigolant. Ils nous laissent repartir car le montant exposé par mon mari les amène à me prendre pour une cigale…..

 

 

Retour vacances

Explosion de souvenirs-

Budget cramé.

 

Fin du voyage

Périple désordonné

Retour au calme.

 

Famille survoltée

Véhicule en surchauffe-

Chien extatique.

 

Auto en surchauffe

Ménagerie au complet-

Bonjour la Rentrée.

 

Sacs mal empilés

Surmenage à l’horizon

Eté oublié.

 

Achats compulsifs

Images ensoleillées-

Plus rien à manger.

 

 

Texte atelier 10 : Le texte intense.

 

L’air qui emplissait mes poumons était lourd de particules de poussière, je les apercevais tels  de minuscules points lumineux dansant à la verticale dans les raies de lumières qui traversaient les persiennes abaissées, couleur miel, qui tapissaient les murs… pourquoi venir dans ces lieux désertés depuis des années, laissés à l’abandon comme en témoignaient les multiples toiles d’araignées, par une famille trop pressée de désencombrer son intérieur de vieilleries, comme autant de souvenirs défraîchis encore trop présents à son esprit, qu’elle pensait dissoudre ainsi dans le néant ?  pourtant, ce jour là, l’envie de monter au grenier avait paru relever d’une évidence : rien ne me semblait plus tranquille et douillet qu’une retraite paisible dans un lieu paraissant sommeiller depuis longtemps, trop longtemps, comme sous l’effet d’un enchantement ; ni plus harmonieux pour les oreilles que le doux chant du craquement des lattes de bois qui ornaient le plancher de cette soupente… c’est alors que la sensation sourde et cotonneuse de pénétrer dans un monde préservé de tout changement, oh combien immobile et rassurant, commença à m’envahir : un univers baigné par la survivance de moments précieux, de moments précipices, de moments au fondement de mon être, mais dorénavant hors du monde, hors la vie et que je croyais, jusqu’à ce jour, définitivement enfouis, enfuis… d’où l’envie soudaine d’ouvrir la porte de la vieille armoire toute bancale de mon enfance, aux boiseries si délicatement ouvragées et brunies par le temps et qui me semblait relever d’un impératif incontrôlable… elle était toujours ornée, en son centre, de son étroit miroir rectangulaire, maintenant verdi à ses quatre coins par le léger passage de l’air sous le verre, miroir devant lequel j’avais passé tellement d’heures à me regarder, m’éviter, à penser à mon avenir ou mon non avenir… une sensation subite d’étouffement s’empara de moi, si reconnaissable, que je croyais avoir vaincue ; mais rien à faire ! malgré cela, la fine poignée argentée m’appelait, exerçait  une attirance irrésistible à laquelle je ne pouvais que me soumettre, je décidais donc de tirer sur elle d’un coup sec, me souvenant qu’elle coinçait déjà à l’époque… et c’est alors que face à moi, à l’avant d’une pile de draps brodés, IL apparu …. comment était-ce possible ? de surprise, je manquais m’étrangler avec ma propre salive : assis sur l’étagère centrale, s’offrant timidement à mon regard, comme s’il s’excusait d’être encore là, sa grosse tête penchée sur son petit corps élimé,  tendant à se fondre en lui-même, aidé en cela par une couleur indéfinissable très lointainement rose pastel, il s’imposa comme une évidence, un oubli impardonnable : le chaînon manquant de ma construction psychique… c’est à cet instant que les larmes me montèrent aux yeux :  si proche que je pouvais le toucher et pourtant si loin dans mes souvenirs… un vertige s’empara de moi, la sensation de m’arrêter tout d’un coup de respirer, un poids immense se mit aussitôt à écraser ma poitrine, impossible de retrouver mon souffle … comment avais-je pu l’oublier ? le laisser seul au fond de ce misérable assemblage de viles planches de bois qui n’avaient de nobles que le nom : merisier !…tout seul, mon compagnon d’exclusion, le confident de toutes mes angoisses, le protecteur de mes jours et mes nuits…. il n’avait jamais failli à sa tâche : telle une muraille infranchissable, il avait fait front, prévenant toute menace réelle ou imaginaire, le seul rempart qui avait garanti ma paix intérieure… c’est ainsi que les larmes se mirent à couler sans retenue sur mes joues, la digue venait de se rompre : le passé refaisait surface par vagues successives, de plus en plus importantes, un véritable raz de marée s’annonçait … déjà, une onde de chaleur commençait à m’envahir, mes mains s’engourdissaient sous l’effet de fourmillements montant en intensité, des contractions bien familières, annonciatrices de violentes crampes à l’estomac, approchaient, mon ventre devenait dur comme de la pierre… et la nausée, cette terrible nausée, qui ne me quittait jamais en ce temps là, gagnait en puissance le long de mon œsophage … mon indisposition ne cessait de s’accentuer, je me sentais suffoquer, la bouche sèche, ouverte comme celle un poisson hors de l’eau cherchant à tout prix à respirer, la sueur froide suintait le long de mon dos….STOP !!! tout cela n’avait-il servi à rien, n’avait-je rien appris, rien retenu au cours de ces dernières années ? avais-je atteint la maturité pour me retrouver aussi démunie qu’à 7 ans, vidée de toute force intérieure, réduite à l’état d’un fragile pantin soumis à des émotions qu’il était incapable de comprendre et donc de canaliser, n’ayant plus qu’un  seul recours : celui de se cacher derrière une peluche ? il fallait que je me ressaisisse… je tendis les bras vers l’objet qui ne mesurait pas plus de  20 centimètres de tissus mais constitué de kilomètres de constance et  fidélité : il fallait que je le touche, que j’enfouisse mon visage contre le moelleux de son corps, que je sente l’odeur sucrée si enivrante de son oreille… son cou ne tenait plus que par un fin morceau de tissu aux mailles complètement relâchées par la fréquence et la force des serrements de ma main, béances  obscènes faisant penser au mauvais ouvrage d’un bourreau peu au fait de son métier… il n’avait plus de nez, si ce n’est une légère décoloration au milieu de sa face aplatie, plus de bouche pour signifier un sourire ou une grimace, et encore moins d’yeux, disparus il y a longtemps, recousus malgré tout et définitivement perdus… son visage,  à présent inexpressif, se confondait cependant avec vigueur à la puissance de mes souvenirs en sa compagnie… il n’avait pas besoin d’un visage , il avait toutes les figures : la possibilité multiple de faire naître tous les sentiments désirés, selon mes besoins…  le doux renflement de son petit ventre légèrement bombé resterait à tout jamais le symbole du sein maternel auprès duquel j’aurai tellement aimé avoir le bonheur de me blottir pour être enfin rassurée, réconciliée avec le monde qui m’entourait… il avait été ma bouée, mon point d’ancrage dans un monde dans lequel je ne comprenais pas pourquoi les cris ? pourquoi les pleurs ? pourquoi l’indifférence ? pourquoi le mépris ? pourquoi et pour qui j’étais venue au monde ? le sentiment continuel de s’excuser d’être née, le sentiment de devoir se faire minuscule, le sentiment de n’avoir aucune importance, de n’avoir aucun présent, aucun avenir devant soi : vivre en s’ignorant soi-même, au jour le jour, en s’annihilant pour ne plus être qu’invisible, sans forme, sans caractère, sans substance, au prix d’angoisses, douleurs physiques et psychiques permanentes, et, pourtant,  au cœur de ce cauchemar, un îlot de paix, un havre de douceur : cachée, sauvée par le seul être capable de me rassurer, de me réconforter, de me réconcilier avec moi-même … un être à ce point irremplaçable que le jour où il me fut enlevé, j’ai  cru frôler une véritable crise d’hystérie qui amena mes parents à me le rendre au plus vite et à ne plus jamais tenter de me l’ôter, jusqu’à l’âge où je déciderai de le faire moi-même… c’est pour toutes ces raisons que je décidais de me saisir de sa petite personne, de me le réapproprier, mais pas comme autrefois… il m’avait fait grandir, affronter mes peurs, m’avait rendu plus forte… je me devais, à ce titre, de lui rendre un dernier hommage…  je me saisis d’une valisette recouverte d’un délicat tissu imprimé écossais, je la rembourrais à l’aide d’une minuscule couverture en mohair et je le déposais délicatement à l’intérieur… Ainsi, allongé, il serait à l’abri des regards indiscrets, protégé dans un nid moelleux, protecteur, qui recueillerait son repos bien mérité… le soulagement de le savoir en sécurité dissipa mon malaise de façon quasi instantanée, enfin presque… la meilleure leçon à retenir était que ces sentiments resteraient toujours enfouis en moi, prêts à ressurgir à la moindre évocation d’un passé lointain, impossibles à oublier mais possibles à apprivoiser… je caressais doucement, une dernière fois peut être, mon petit compagnon, apaisée et je sentis éclore au fond de moi un apaisement réel qui me poussa à chantonner en exécutant le système de fermeture… aller ! fini le grenier et l’armoire instable, j’allais lui trouver une place douillette dans ma chambre, bien au chaud, au fond de ma penderie dont la dernière étagère ferait une excellente  cachette pour lui :  large et profonde … il y serait à l’abri derrière mes pulls, enveloppé par leur chaleur duveteuse et imprégné du délicat parfum de linge propre qui imprègne mes vêtements : toujours près de moi : à sa place : en moi pour toujours… je sentis une nouvelle  et véritable sérénité s’infiltrer dans ma vie, cette fois pour y rester.

 

Atelier 14 : Atelier-portrait

 

VARIATION EN JE

 

Il fait froid, la nuit est depuis longtemps tombée et pourtant la journée n’est pas terminée…. Déjà 19h30 ! Rentrer à toute vitesse en respectant le code de la route me semble une véritable gageure. Est – ce que mes feux de signalisation fonctionnent correctement car la lumière me semble bien vacillante ? Pourquoi tout ce monde sur la route ? Evidemment, le feu passe au rouge ! Enfin, Castanet Tolosan à l’horizon ! Le petit parking me tend les bras, je me jette sur la place toute riquiqui qu’ont bien voulu me laisser les autres usagers … Misère, le créneau s’impose ! Courage ! Après 8 manœuvres, la perte de 2 litres de sueur, je cours vers la porte d’entrée… « Comment pas encore passés sous la douche, vous le faites exprès ! Vous savez que je vais à l’Atelier ce jeudi ! ». Tant pis, un coup d’œil rapide dans le frigo. Pas très glorieux ! « Ce sera des restes, ce soir ». Et, j’improvise un pique nique que je ne savourerai que par la pensée car il est 20h05 : ce qui signifie que je suis en retard, pour ne pas changer !

Me voilà de retour dans mon congélateur, lapsus : ma voiture, dont le chauffage ne se remet à fonctionner qu’à partir du printemps. Je ressemble à mon arrière grand – mère conduisant son antique Torpédo, toute emmitouflée avec mes gants, mon écharpe triple épaisseur et surtout mon poncho me servant de couverture de survie pour éviter que l’air frais ne transforme mes mollets en congères. L’envie d’écrire par une température en dessous de zéro, il faudra que je me creuse la tête pour la retrouver. Ma seule envie, c’est tout simple : me retrouver sommeillant sous ma couette au duvet à l’épaisseur XXL avec un thé bien chaud à la bergamote dans une main et un bon roman dans l’autre…

Mais voilà la Médiathèque qui se profile devant mes yeux. Evidemment, ils sont tous arrivés à l’heure, eux ! Bon, alors, petit débriefing pour se rattraper avant d’entrer dans la fosse aux lions. Oui mais voilà, je n’ai fait que survoler le sujet comme d’habitude ! De toute façon, R. aime bien la difficulté et adore tout particulièrement nous expliquer en long et en large en quoi elle consiste. Alors, pas de regrets, je vais lui laisser ce plaisir…. « Bonsoir, désolée d’être en  retard…… ».

 

VARIATION EN IL

 

R. est déjà en grande conversation… Il présente le thème de ce soir : bien alambiqué comme il les aime…. Au milieu d’une cacophonie de bruissement  de photocopies, il laisse ses consignes faire leur chemin dans notre esprit et s’empresse de distribuer la documentation. Comme d’habitude, il s’est trompé, soit, il en manque, soit, il y en a beaucoup trop, ce n’est pas grave : c’est pour la Mairie ! A sa décharge, de toute façon, il est vrai que le nombre de participants à l’atelier est inconstant. Mais le principal n’est –il pas que notre production demeure constante. Ce qui n’est pas une chose aisée vu ses choix thématiques ! J’espère qu’ils sont en rapport avec le diplôme universitaire qu’il passe, sinon, son cas me semble bien désespéré et je lui laisse volontiers sa bibliothèque.

De quels auteurs allons- nous nous inspirer ce soir ? Imperturbable, tout à son élan créatif, il n’a pas remarqué que quelque uns d’entre nous ont la tête ailleurs…. N’avait-il pas parlé d’une surprise à l’occasion de ce dernier atelier de décembre : des petits chocolats peut-être…mais rien ne vient…allons bon, il ne nous aurait pas mené en bateau le bougre ! Ravalons notre salive, il ne perd rien pour attendre : l’atelier dure au moins 2 bonnes heures !

Ses yeux pétillent de malice en nous énumérant les pièges du sujet, fier de ses trouvailles littéraires. Il faut reconnaître qu’il sait nous intéresser. Cet atelier d’écriture porte sa marque : grande ouverture d’esprit, écoute mutuelle et éternelle bonne humeur. Après un immense moment de solitude, chacun se lance…. Essaie de se dépasser… un pur moment créatif, un pur moment récréatif. Malgré les difficultés littéraires, la réalité fait place à une grande intériorité, une immersion au sein de notre conscience du monde et de notre ressenti. Pas de honte, pas de gêne à la lecture à haute voix, qui demeure cependant un temps de haute voltige. L’écoute des uns et des autres estompe nos différences et celles – ci, au contraire, sont les bienvenues et nous enrichissent en tant que pierres angulaires au fondement de cette aventure scripturale. Merci R.

 

VARIATION EN ON

 

L’instant T , on y est… Loin de l’angoisse de la page blanche, l’idée de noircir des feuilles de papier ne nous a pas effrayés, loin de là. On se torture les méninges, on cogite…. On se laisse emporter par l’impression d’avoir compris le sujet, l’envie de s’exprimer sur un thème qui jusque là nous semblait difficilement abordable. Un  monde étranger étonnement proche cependant, fait de souvenirs de lectures,  de réminiscences d’expériences vécues… Et, on se jette à l’eau ! La Médiathèque résonne soudain d’un profond silence que seul le grattement énergique de plume de certains ou occasionnel d’autres semble interrompre. On se concentre, on sort de son quotidien pour entrer timidement dans le bestiaire magique d’un vrai écrivain… Soudain, on ne contrôle plus rien, les mots se bousculent et prennent vie bien malgré nous. Un torrent de pensées bouscule notre esprit, son débit est si puissant que nous peinons à tout retranscrire. L’urgence se fait ressentir. Disparaissent les dernières inhibitions… On s’enfonce de plus en plus profondément en terre inconnue. Le plaisir de jouer avec la langue française est démultiplié… On s’approprie les rimes, les syntaxes, la prose d’autrui, on invente un nouveau sens au réel… Et, de même, la réalité quitte son manteau d’unicité pour devenir le miroir de chaque sensibilité… L’intersubjectivité faisant écho à notre imaginaire devient un cheminement intérieur vers notre vérité intrinsèque… Je Suis. On Est. Libéré ( s) de toute contingence. Plus de contrainte, que le besoin qui nous a réuni et  l’énergie que nous déployons pour lui faire prendre forme, le faire éclore. L’atelier d’écriture devient Maïeutique…

 On en sort fourbu mais repu. Le monstre à plusieurs cerveaux a donné naissance à un groupe qui inter réagit, qui s’enrichit du savoir de tous et peut légitimement prendre sa place, sans honte ni orgueil mal placé au sein de la communauté des aventuriers et amoureux de  l’écriture.

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Published by atelier d'écriture Labège - dans Bérengère
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