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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 18:36

 Atelier 8 :  Haïku de rêve

  

Le rêve  

 

Je suis dans un théâtre « à l’ancienne » : fauteuils de velours rouges, décoration baroque et (surtout) des loges disposées sur trois ou quatre niveaux. Ce théâtre est dans une semi pénombre, chaude. Je suis seul. Dans chaque loge il ya des instruments de musique par « famille ».Mais ces familles n’ont rien du classement attendu. Ce ne sont pas des cordes, des vents, etc  Je vais dans une loge et je joue … je joue des instruments et, merveille, j’arrive à jouer sans problème de tous les instruments … et sans savoir comment.

Je passe d’une loge à l’autre.

Puis … à un moment je décide de « comprendre » comment je joue et là, rien ne va plus.

J’entends quelqu’un qui me dit : « Ne cherche pas à comprendre … joue ».

 

Haïkus sur ce rêve

 

 

Chaleur baroque

Mes doigts ivres dansent

Oublie ton passé

 

Théâtre italien

Ombres, pénombres, lumière

Le concert dans l’œuf

 

J’ai compris

Dans le jeu inutile

Ne comprends pas

 

Haïkus de Corinne sur ce rêve

 

Théâtre à la Scala

Musique, cacophonie

L’artiste se révèle

 

Mes haïkus sur la chanson de Nougaro

 

Le flot de la vie

Qu’importe si je me noie

Enfin je renais

 

 

Etendue de la mer

Immense

La lumière éclate

 

Mes haïkus sur le texte de Rimbaud

 

Sur une page noire

Un flot multicolore

Sur une page blanche

 

Elle s’offre

Une vague nous submerge

Il est midi

  

 Atelier 9 et 10 : Le texte intense  

 

… le bavardage des poules, mélange de glougloutement et de caquetage, me réveille et dans un réflexe pavlovien le bonheur m’envahit … comme une promesse d’une journée sans fin … du regard, je suis les poutres noires, les planches noires et petit à petit, comme dans un tableau de Soulage, toutes les nuances se précisent … une ombre, deux lattes disjointes, des toiles d’araignée … je suis irréel et je me promène dans le monde du plafond … monde qui se prolonge sur le plâtre du mur … décrépitude mais surtout taches, images et début de nouvelles histoires, des visages grimaçants, des chevaux … enfoncé, enfoui, perdu dans l’immense vallée de mon matelas de plume, je me perds et je me retrouve … enroulé dans les plis du drap, le polochon, un polochon d’un tissu de bandes grises et noires comme un habit de bagnard … ce polochon qui semble surgir d’un autre ailleurs, d’un ailleurs que l’on doit cacher … Il est bizarre ce lit, vieux, en fer, ces colonnes, un lit comme on n’en voit que chez les grands-parents …Et les sons, les bruits prennent maintenant plus d’importance, la vie s’impose, une vache, mon grand-père crie, le chien qui le soutient … les casseroles et les assiettes qui s’entrechoquent dans la cuisine … tout est si proche, la cuisine, la grange sont séparées de la chambre par un simple mur de terre, il est m incongru d’être au lit … la lumière, la poussière dans la lumière et la vieille armoire noire prend elle aussi des teintes de gris, de rouge sombre, elle s’impose comme une présence … j’attends et je sais que cet instant va finir … le caquet des poules se noie, se perd … j’essaie de prolonger l’instant, le nez enfoui dans la couverture et j’attends … je sais que la porte va s’ouvrir et avec la lumière je verrai toute la chambre, la table de toilette, la cuvette en porcelaine, le broc, la vieille brosse, le dessus en marbre … je ne l’aime pas cette table, elle est dure est froide dans une chambre chaude et noire … ma grand-mère va rentrer et ouvrir la fenêtre, les volets et tout basculera dans la journée …

 

 

 Textes des onzième et douzième atelier - nouvelle poulpeuse  

 

Bulgare Saint-Lazare

 

Ça s’était passé comme ça. Je venais de les quitter. Mais pourquoi est-ce qu’ils créchaient Porte de Clichy ? Et maintenant fallait que je rentre … Porte de Versailles. T’imagines le trajet en métro à dix plombes du soir.

Déjà pour aller jusqu’à Guy Moquet fallait suivre toutes ces rues grises … Je détestais Paris, ce Paris de Pompidou. Je me revois encore au pied de ces escaliers noirs et ce quai … crade. Et surtout ça puait ! Une odeur métallique … un mélange d’urine et de sciure.

Maintenant, il fallait attendre ce foutu métro. Tu me croiras pas, sur cette ligne, c’était encore les vieux wagons en bois. Et à cette heure là, on poireautait vingt, trente minutes.

La station était quasiment déserte : un balayeur, une vieille avinée et … un homme en costard, plutôt chicos, des pompes en croco. Qu’est-ce qu’il fait là, celui-là ? Et à cette heure ? Sur le quai d’en face, deux hippies entouraient une guitare. De temps en temps, la vieille leur lançait une bordée d’injures.

Sinon … le silence.

Je m’étais mis à faire les cent pas. Je regardais sans les voir les carreaux de faïence blanche, les vieux panneaux de pub … l’ennui. Je passais devant le distributeur de chewing gum … hors service.

 

La rame de métro d’en face arriva dans un bruit de roulement mécanique …
Le chicos m’empoigne par les épaules et me plaque contre le mur et le distributeur.

« Aide-moi »

J’ai la tête en feu.

La rame redémarre, l’homme me parle mais je n’entends plus rien. Je ne comprends pas ce qu’il me dit. Je suis paralysé.

« Aide-moi ». Il m’agrippe par les bras. Il me fait mal.

« Ils sont là, regarde … police … tais-toi »

Je ne comprends rien, la peur, la trouille … Qu’est-ce qu’il me veut ?

« Bouge-pas … tu les vois pas ? »

De la tête, il me désigne le balayeur et la vieille pocharde. Il parle avec une sorte d’accent russe.

Mon métro arrive.

« Vite on monte … toi et moi »

Il me jette dans le wagon … vide … Je ne sais plus quoi faire. L’angoisse me presse la tête.


 

Mais je commence à le voir : brun, presque noir et ses yeux bleus me percent. Il n’est pas plus grand que moi, mais il me tient fermement. Je suis hypnotisé par sa chaîne en or autour de son cou. Ce type est une caricature.

« Où tu vas ? »

« Ben … je descends à Saint-Lazare, c’est ma correspondance »

« Je viens avec toi … Faut pas qu’ils me trouvent »

« Mais … »

« Je suis bulgare … à l’ambassade et eux … c’est police, KGB, russes … tu m’aides »

Jusque là, ma conscience politique se limitait à la lecture du Nouvel Obs, voire, quand j’étais en colère, à celle de Libé. Alors … l’aider …

« Je m’appelle Jo »

Je m’attendais plutôt à Milos ou Sacha … mais je n’arrivais pas à trouver ça drôle.

« Faut aller ambassade … très vite … après moi Belgrade et sauvé »

« Mais qu’est-ce que je peux faire ? »

« J’ai perdu argent, mais regarde, tu vois … »

Il me met des cartes bizarres sous le nez, avec des cachets, style étoiles rouges.

« Tu me prêtes argent pour aller à l’ambassade … et demain tu y vas … je te jure on te le donne et on te donne plus … je t’écris qui tu demandes »

Il me lâche, sort un carnet et écrit : Jo, suivi de son nom (avec plus de consonnes que de voyelles) et l’adresse de l’ambassade.

« Donne ton nom toi aussi » Il me tend le carnet.

Panique … J’ai pas envie de le revoir ce type. Je vais lui filer son argent et basta. Je lui écris n’importe quoi.

On arrive à Saint-Lazare. Il ne me quitte pas. Je n’ai qu’un billet de cinquante francs. Cinquante balles, c’était une somme pour moi !

Il prend l’argent … et un air d’espion traqué, regarde autour de lui et détale vers la sortie.

Mes jambes flageolent. Je poursuis mon trajet en soupçonnant tout le monde.
Pourquoi ces agents me regardent ? Et cette voiture devant mon immeuble.

 

Les jours passèrent, ma paranoïa aussi. Je ne me retournais plus dans la rue et les passagers du métro ne semblaient plus me dévisager. Au contraire, je repris mes habitudes : j’observais les gens.

Et là, dans ce wagon, en train de parler à cette jeune fille timide : c’était Jo !
Il n’avait plus l’accent bulgare, son costume était plus discret, il avait une cravate. J’arrivais à entendre quelques bribes de son bagou :

« Ma mère, elle est très malade, elle m’attend, et … »

Et je le savais pourtant, en Bulgarie, c’est Sofia.

 

Du point de vue de Jo

 

Ce soir je suis à sec. Plus une thune, rien, nada. J’avais quelques billets et puis … Vincennes, et ça n’a pas sourit. Il me faudrait juste un début de petit quelque chose et je pourrais me refaire.

En attendant je suis là sur ce quai de métro, sapé comme un mylord : tout ce que j’ai, je le porte sur moi. C’est pas la fête ce soir, entre un balayeur et une vieille clocharde.

Oh oh … mais ce jeune qui vient d’arriver … c’est le pigeon idéal. Un peu naïf qui se la joue : cheveux longs, veste afghane, sûr c’est un intello gauchisant. Il faut que je lui invente une histoire.

Je vais lui faire le coup du réfugié … du réfugié … yougoslave ou non plutôt bulgare, c’est encore plus loin. Mon vieux Jo, on improvise. Dès que le métro arrive je le bouscule … là maintenant …

C’est bien parti, il sait plus où il est. A voir ses yeux il est près de faire dans son froc. Faut pas laisser tomber la pression. J’ai amorcé mon histoire, comment je vais m’en sortir ? … Comment je vais l’amener à sortir son blé.

Ça y est, je l’ai embarqué dans la rame. Un coup de bol : y’a personne. Attends, je vais lui sortir mes tickets d’entrée de l’hippodrome : tout en couleur, surtout du rouge, des étoiles. Je lui fais passer sous le nez, rapide, il n’y voit que du feu. Il a pris ça pour des papiers d’ambassade !

Bon, j’ai réussi à lui faire croire qu’il me faut de l’argent pour rentrer à Belgrade ( c’est où Belgrade ? ) … Des fois je m’étonne moi-même … Et le coup du carnet avec mon nom … si avec ça il arrive à l’ambassade. Il m’écrit même son adresse, il est vraiment poire.

Saint Lazare, j’espère qu’il va craquer. Pourvu qu’il n’ait pas monnaie … Cinquante balles, bof … Je vais pas miser gros. Enfin, pour un petit pigeon … Allez Ciao bouffon, demain je retente ma chance.

 

Un mois, deux mois que je galère … La scoumoune … Je parle, je parle … Je n’écoute même plus ce que je dis … pourtant elle me regarde, la gamine … peut-être qu’elle me croit … Va falloir jouer serrer : j’ai juste une heure …

 

Atelier 14 :

 

 VARIATION EN JE

 

« L’o … po … po … max, c’est quoi ça ? » Je lui arrache la feuille des mains. « C’est pour mon atelier d’écriture, ce soir … » Je voulais imprimer les textes discrètement sur la laser du premier … c’est raté « Ah ! Encore un truc d’intellos … m’étonne pas » Je file dans mon bureau … je dois lire tout ça et je rentre dans l’eau froide. Je glisse un œil dans le premier texte … c’est fini, je suis dedans.

Maintenant les idées s’entrechoquent « qu’est-ce qu’il veut nous faire voir ? » … tiens, j’en profite pour aller voir sur Wikipedia qui est Monique Wittig : ce soir je pourrai jouer celui qui sait.

Je suis chez moi. Je continue à lire les textes tout en essayant de retenir la viande hachée dans la tortilla. J’ai bien peur que ce soir encore mon appareil digestif trouble les instants de silence. Moins quatre, je suis en retard.

J’aime le premier instant, la redécouverte, l’attente aussi. Et même l’appréhension. Mon texte, ma pelote de laine. Je sais que si j’attrape le bout du bout je n’aurais plus qu’à tout dérouler … Tiens, y’a un nœud. Je vis deux mondes : celui de ma feuille de papier et celui de … j’ai envie de citer chaque prénom. Je veux continuer à dérouler ma pelote et je voudrais capter chacun d’entre eux.

C’est l’heure et j’ai le tournis. J’enfile mon imper comme un automate. D’une image à l’autre, je ne vois plus rien de la salle. Il paraît qu’il fait froid. Non, ma voiture est par là. Tiens, je suis déjà chez moi.

J’ai repris le stylo, ce texte je le tiens, ce n’est pas possible d’attendre demain. Et puis je le relis à haute voix. Y’a pas de honte à se prendre pour Flaubert. Non, c’est nul. Non, c’est bon.

Oui, je ne suis plus là.

 

 VARIATION EN IL OU ELLE

 

Elle est toute en longueur. Quand elle arrive, on dirait un serpent qui se déploie de son œuf. Elle s’étale comme une hydre et sans le moindre bruit, ouvre son ordinateur, dépose son chapeau, s’assied en repliant ses jambes et d’un regard circulaire, hypnotise toute la salle.

Un vent de Sibérie l’entoure, et tout d’un coup … sa voix … lentement, d’un accent accrocheur … un peu comme la flute dans la danse macabre.

Et, pareille à un personnage de Tim Burton, elle parle voluptueusement d’acide et de mort.

 

 VARIATION EN ON

 

Alors ? On fait quoi ? … Ben, on est là pour écrire et on va s’y mettre. Tout de suite … bientôt … On prend le stylo, on sussotte le capuchon, on corne le coin de la page … Et on écrit les premiers mots : « Ce … matin … » On pense au lapin qui a tué le chasseur … On vient à bout de la première phrase et on ne peut plus s’arrêter. On dirait un orchestre d’instruments silencieux et tous en cadence. On plonge, on ressort, on respecte la consigne, on épie son voisin, on … mais surtout, on n’est pas là pour se faire engueuler …

 

 

 

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Published by atelier d'écriture Labège - dans Christian L.
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