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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 17:28

Texte de Bérengère

 

 Je ne vais pas vous raconter d’histoire mais une histoire ou plutôt ma pré histoire.

 A l’origine, il y avait le Néant. Puis, des gémissements sourds se firent entendre. Et enfin, un cri semblant surgir du fond des âges, empreinte vocale primale, résonna. L’éjaculation venait d’avoir lieu : un jet de liquide séminal lancé à la puissance Mag 2 envahi le vagin dans lequel l’objet du délit avait pénétré.

Impossible de faire machine arrière : « Ejacula Ajacta Est ». Imaginez 2 à 300 millions de spermatozoïdes s’élançant comme un seul homme vers le but ultime. Mais la quête allait s’avérer fatale pour 99,99% : beaucoup d’appelés mais un seul élu. Déjà la loi de la jungle ! Pourtant, armé de leur minuscule flagelle aucun n’avait démérité. A coup de battements frénétiques autant que pathétiques, ils avaient tout tenté mais le parcours était semé d’embûches, perdu d’avance : l’ovule se dérobait sans cesse à leur tentative de corruption.

 C’est alors qu’un petit sournois réussi, en faisant tourner son petit hameçon, à crocheter  la serrure et le mécanisme s’ouvrit et l’avala tout entier. Le processus était lancé….

 Et oui chère maman, cher papa, pas encore conscients d’être des parents, l’odyssée de ma vie commençait, bien malgré moi et pas vraiment voulue par vous. Mais c’est ainsi, tel le Bing Bang originaire, le coït fatal allait avoir des répercussions insoupçonnées pour ses responsables : une minute de plaisir et toute une vie d’angoisse, d’espoirs et de joies. 

La nature ne les avait, pourtant, pas pris en traître, les fameux gènes –Samu auraient pu procéder par eux – mêmes à l’élimination du résultat de cette fusion. Mais à l’évidence, il ne s’agissait pas d’une erreur de la nature, le Grand Architecte avait un autre plan de prévu. Et c’est ainsi que l’œuf fécondé est devenu une grappe à laquelle a succédée une larve.

 J’aime à penser que, dès ce stade, ma mère s’était rendu compte de ma présence car tout en étant un corps étranger en construction, je n’ai jamais voulu être un passager clandestin. Ma survie dépendait trop de la reconnaissance corporelle maternelle qui devrait me nourrir et me protéger. J’ai donc signalé très tôt ma présence afin de me faire admettre, accepter et aime,r tâche que j’accomplirai tout au long mon existence …

 Lentement mais sûrement, la petite morula est remontée dans l’utérus pour y procéder à la nidation, s’enfouir dans la matrice. Il fallait que la greffe réussisse, question de survie. Une tolérance immunitaire originelle allait m’y aider et c’est comme cela que j’ai pu m’attacher à la paroi utérine : intrus 1 – géniteurs 0 ! Implantation réussie, cette fois, j’y étais et j’entendais bien y rester. Le travail allait enfin pouvoir commencer pour le besogneux petit embryon en devenir que j’étais. Je pouvais partir, à présent, à l’assaut des vaisseaux - « Mère » nourriciers qui allaient lancer l’organogénèse…. parce que ressembler à une petite mure toute ma vie, très peu pour moi, « à mure toujours ne dure qu’un moment ! » alors place au compagnon bâtisseur et à la réalisation de son chef d’œuvre. Il n’y en aurait qu’un, donc retour à la mémoire génétique ancestrale

La spécialisation des cellules, oscilla entre élimination et construction de ponts inter-cellulaires et  permit à chacune d’entre elles de trouver sa place. Une véritable usine de fabrication se mit en place dont j’étais le PDG en titre… même s’il me fallut avoir l’aval de l’AMF : Autorité des Mamans Fécondées. En effet, il est difficile de se construire tranquillement au nez et à la barbe du porteur d’oeuf…. Aller, une petite nausée par -ci, une extrême sensibilité aux odeurs par –là, des seins aérodynamiques « Au bonheur des hommes », fin des règles… Ah, la joie d’être enceinte !!! Un état de plénitude paraît-il ! Je sentais qu’elle commençait à m’adorer….

Enfin, le principal était que la communication ait été établie car 3 mois à peine pour se transformer un fœtus réclame l’aide de tous les individus concernés.

Ainsi, après mon cœur et mon cerveau, l’étape primordiale fut la fusion avec le placenta de ma mère. Les échanges de simplement vitaux se transformèrent peu à peu en une communion intense faite de sensations, de sons étouffés, d’effleurements. La musique de sa voix m’aidait à me construire, à me structurer. La grossesse devrait toujours être un temps de calme, paix et sérénité : penser 2 et vivre 2 pleinement.

Quand vint le temps de la première rencontre, le moins que l’on puisse dire est que j’apparus à mes parents à mon avantage, je ressemblais à une crevette avec une tête surdimensionnée qui faisait la moitié de mon corps. Je comprends que mon père ait reçu un choc. Il lui était difficile de se figurer le résultat final à moins d’avoir beaucoup d’imagination. Il allait vraiment falloir que je mette les bouchées doubles pour être au top lors de la « Présentation ultime ». J’espérais que les chromosomes n’allaient pas me jouer un sale tour sur ce coup là.

Cependant, s’il existe un abîme entre la réalité et la représentation de son bébé,  à l’inverse pourquoi ne pas renverser le compliment : au jeu du hasard, je n’ai pas non plus eu la fameuse chance du débutant. J’aurai du m’en douter car tout était inscrit dans mes gènes. Cependant, à ce stade là, il s’agit plus d’indices que d’indications fiables. Et les chromosomes n’en ont fait qu’à leur tête en se mélangeant. Mais, j’ai, moi aussi, été surprise de l’échantillon parental qui m’a été imparti ! Remboursez !!!!

Quoi qu’il en soit, j’ai nettement moins apprécié que ma mère ne s’intéresse qu’à l’identification de mon sexe : avoir un héritier, la transmission du nom, autant de notions révolues pour ne pas dire archaïques, bref j’allais débarquer en plein Moyen- Age. Pourquoi ne demandait- elle pas le retour de la loi salique, tant qu’elle y était. Je pense que c’est  ce jour là que j’ai décidé d’être la petite fille chérie de son papa,  pour lequel j’aurai toutes les attentions et qui me le rendrait bien. Pensée puérile d’un cerveau dont toutes les connexions ne sont pas achevées ! Le plus simple était peut –être de la prendre en main et d’essayer de la déprogrammer : du gâteau quoi ! 

Heureusement, par la suite, le petit fœtus que j’étais devenu se trouva si occupé par la tâche immense qu’il lui restait à accomplir qu’il se mit à oublier ce genre d’idées saugrenues et se laissa aller à rêver et à planer en état d’apesanteur dans le liquide amniotique, tantôt le sirotant doucement,  tantôt le polluant  avec force.

Soudain, je me mis à avoir des poils partout comme un petit singe : quel bonheur ! Après qu’il me soit poussé un appendice caudal, c’était le pompon ! Je ressemblais maintenant à nos lointains cousins. Si cela continuait, c’est au zoo que je finirais sous l’étiquette « espèce protégée ». A moins que mes parents aiment les peluches. Enfin, j’avais déjà la fourrure : Neuilly me voici ! Une chose, cependant, me faisait cruellement  défaut, j’avais beau avoir chercher dans les moindres recoins de  mon loft, aucun le levier de vitesse à l’horizon . La Nature m’aurait-elle trahie ?

C’est lorsque mes fesses, déjà rebondies hélas, apparurent, que je perdis enfin cette petite  queue si seyante mais je me mis à tirer la langue : c’était sûre, je serais affreuse et je ferais le malheur de mes parents. « Quel bébé rigolo ! », »Vous avez vu le bébé de ma voisine de chambre ! » «  Ah, quelle drôle de tête ! ».Cela ne  me donnait pas envie de sortir mais plutôt de continuer à me shooter avec ce merveilleux liquide in utero, emmitouflée dans ma douce fourrure.

Le problème, c’est que le doux cocon commençait à rétrécir, les sons devenaient de plus en plus forts malgré le liquide amniotique affleurant mes tympans. La perception en était très désagréable.

De plus, les humeurs de ma mère rendaient le milieu des plus toxique : entre moments de déprime et de profonde excitation, la vie était loin d’être un long fleuve tranquille. Il devenait difficile d’en faire abstraction. Impossible de lui faire comprendre, malgré les coups de pieds, de m’oublier un peu !!! En même temps, avoir un ventre qui vous fait ressembler à une mongolfière, mal au dos, aux seins toute la journée et ne plus avoir un seul vêtement un tant soit peu féminin à porter à de quoi énerver la femme la plus calme au monde.

Il n’en demeure pas moins que je ne pouvais plus danser. Pire que cela, je sentais que je descendais doucement, au point même de me retrouver la tête coincée vers le bas. Je ne voyais pas d’issue. Il n’y avait aucune porte de sortie, pas plus que de position de repli. Ma chère maman, sur ce coup là, tu allais devoir te débrouiller toute seule. Du moins, naïvement, c’est ce que je crus. Et j’ai dû encore faire tout le boulot…..

J’ai décidé de lancer « l’opération contractions ». Elle se mit à respirer bruyamment, je sentais la colère, la peur… Cela a duré des heures quand, enfin, j’ai engagé ma tête, sans réfléchir, telle un kamikase repérant sa cible et descendant en flèche sur un navire ennemi. Je me suis donc retrouvée coincée, la tête prise dans un étau. Impossible d’aller plus loin. Avoir un bébé ça se mérite mais avoir des parents également semblait-il ! J’entendais des voix très fortes malgré le bruit de locomotive que faisait ma mère. Je sentais des pressions qui s’exerçaient sur son  et dans son ventre, très intrusives.

 Le « désengagement » m’a semblé prendre une éternité : d’abord le sommet de la tête les yeux, le nez, le menton, les épaules et la glissade éperdue pour finir dans ses bras. Et soudain, je l’ai reconnue : «  Que vous avez de grands yeux, que vous avez de grandes dents… ». « On appelle ça les dents du bonheur ma chérie ! ».Géant, je sentis un violent spasme intestinal me secouer. Mais pas d’erreur, c’était bien son odeur, sa voix, ce ne pouvait être qu’Elle. Il s’est alors penché et j’ai également reconnu sa voix. C’était une évidence. C’était eux. Je venais de les rendre parents et je venais de gagner le statut d’enfant au premier cri libératoire qui m’échappa.  

 Je n’étais qu’une petite chose nue, gluante, imberbe, incapable d’ouvrir les yeux, d’exprimer la moindre pensée, complètement démunie, absolument dépendante d’eux pour le moindre de mes besoins. Je n’étais plus cette créature remplie d’un sentiment de toute puissance,  se voyant comme le démiurge de sa propre existence, à défaut d’en être l’auteur. Cet excès de faiblesse me terrorisa. Pourtant, cette immaturité toucha mes parents, fit fondre leurs dernières réticences et disparaître leurs ultimes craintes. Je sentis l’atmosphère se charger d’intensité, la force et l’étendue de leur amour me submergea. J’ai, de ce moment, décidé de  m’accrocher à eux comme à une bouée de secours, me sentant complètement perdue dans ce monde réel qui m’apparaissait froid, obscur, loin du sentiment de sécurité que j’avais ressenti dans le monde intérieur, mon monde, que je venais de quitter si brutalement et que je commençais déjà à oublier. Il me faudrait toute leur tendresse pour me rassurer et continuer ensemble cette merveilleuse aventure qu’est la vie qui n’en était qu’à son prélude après cette magnifique expérience de la conception qui avait pris 9 mois.

9 mois : le temps pour qu’un miracle s’accomplisse et toute une existence pour qu’il se poursuive et s’approfondisse…

 

Texte de Myriam

Me voici arrivée au terme de mon premier voyage. J'ouvre les yeux, une lumière crue de néon blanc me traverse, ma première bouffée d'oxygène signe mon entrée dans le monde des vivants, voici venu mon premier jour qui est aussi celui de l'automne et désormais celui de tous mes anniversaires ! Il est 9h20 et rien maintenant ne pourra m'arracher à mon destin. Je suis née alors que le soleil traversait le signe de la Vierge, comme mon père, et que Vénus transitait mon ascendant Scorpion, comme ma mère. On dit qu'il y a une hérédité astrale, que rien n'est dû au hasard, et que cette rencontre 9 mois avant n'avait rien de fortuit.

En effet, j'étais le meilleur, j'ai gagné la course parmi des milliers, un X de compétition, un vrai turbo!  J'étais le plus mobile, le plus rapide, finalement le plus apte à être Moi !! Mais comme nous tous ici d'ailleurs, cette fois-là nous avons été les meilleurs, notre première grande victoire, celle de la vie !

L'aventure commence dans le mystère, au creux de ma mère.... J'étais une petite fille qui cachait bien son jeu, puisque pendant 9 mois on m'a prise pour un garçon...

Eh bien, non dès le premier instant de ma vie, mes chromosomes me promettaient de faire de moi une fille, pour le meilleur et pour le pire !

Bien à l'abri dans mon hamac aquatique, je me suis construite, élaborée, soustraite aux regards  indiscrets.

Passé le vertige de la fécondation, cellule après cellule, jour après jour, j'ai pris mon temps, comme jamais sans doute, je ne me savais pas attendue !

Bercée par la musique liquide et océane du liquide amniotique, je m'éveillais à la vie dans mon ilot de confiance et de protection.

Ah mon monde perdu, mon Atlantide...

Sommes-nous nés pour n'être à jamais que des nostalgiques d'un passé à jamais effacé ?

Je suis  à présent comme un fruit qui attend sa cueillette.

Mais voici que maintenant les bruits sont terrifiants. Finie l'ambiance ouatée et feutrée de ma planète rosée... On me tire, me secoue, on agresse ma peau fragile, je voudrais retourner dans ma bulle protectrice... 20 000 lieues sous ma mère !!

Mais voilà, le voyage est terminé, au suivant...

Il me faut maintenant vivre autonome ma nouvelle vie, en apprendre les lois, faire les durs apprentissages. Me détacher enfin, devenir moi, jour après jour, ni tout à fait mon père, ni tout à fait ma mère, mais un être à part entière, un hybride né du hasard d'une rencontre, un jour dans un escalier !

 

Texte de Corinne P.

Je n'aurais jamais du naître si la fiancée de Papa avait attendu son retour d'Algérie. En cet été 1961, Maman rentre à la maison en pleurs: elle vient de perdre son emploi. Mon père est ravi: c'est son premier jour de congés et le fait que ma mère soit licenciée va leur permettre de partir en vacances. Les voici à Biarritz, au camping « la chambre d'amour », en train de batifoler sous une toile de tente gonflable qu'un oncle leur a prêtée en urgence. Leurs rires couvrent à peine le grésillement du transistor qui vente l'exploit du premier spoutnik russe. Leurs éclats de joies se font plus hystériques: est ce du à la tente qui vient de leur tomber dessus en se dégonflant où à ce cataclysme originel en passe de s'achever?

Ça y est: une armée de spermatozoïdes jusque là silencieuse commence son assaut vers la planète inconnue. Dans cet espace limité et obscur, c'est chacun pour soi: surtout ne pas se retourner et tant pis pour les retardataires! Après une course folle et quelques glissades dans la glaire cervicale, propulsé par des milliers de coups de flagelle, stimulé par une énergie mitochondriale démesurée, un élu sur des millions parvient à pénétrer l'ovule. Quelques dizaines de spermatozoïdes exténués tentent encore vainement de pénétrer la Corona radiata, auréole de substances nutritives qui entoure le gamète femelle.

La fusion a lieu: 23 chromosomes paternels s'apparient avec leurs homologues maternels. Et me voici, zygote fécondé devenant bouton embryonnaire. Opiniâtre, je commence ma progression vers l'utérus. Au 4ème jour, on me nomme Morula. Tout s'accélère: au terme d'une semaine, quelques unes de mes cellules fusionnent avec celles de ma mère. Elle m'accepte enfin dans les replis de sa muqueuse utérine, m'offrant un nid dans lequel je vais pouvoir m'appliquer à mettre en place mes différents organes. Rendue sereine par les cours de préparation à l'accouchement sans douleur, Maman ne prend pas de tranquillisants: pas de danger pour l'embryon que je suis de voir pousser une main directement sur l'épaule.

Déjà huit semaines et me voilà fœtus. Mon nouveau statut me protège d'une interruption volontaire de grossesse. Ma génitrice n'y pense même pas, pleine et heureuse de ce petit être dont elle va bientôt sentir la présence. A trois mois, mes muscles tressaillent. A quatre, je perçois la voix de ma mère, les gargouillements de son ventre et partage inconsciemment ses joies et ses peines. Quelques ruades lui prouvent mon existence. Le placenta me sert d'amortisseur. Nos échanges nutritionnels m'amènent à lui offrir mes déchets. Déjà cinq mois et demi et mes paupières s'ouvrent tandis que mon cœur bat très vite. Je continue ma croissance et commence à me sentir à l'étroit. Ma tête énorme, positionnée contre le col de l'utérus provoque bientôt les premières contractions.

Maman, en état d'alerte, se rend à la clinique conduite par une voisine car Papa a du partir au travail. Au travail, justement, je vais m'y mettre, pour me dégager de cet aquarium devenu trop étroit! Maman ne m'aide guère, à moitié endormie par une piqûre sensée atténuer ses douleurs, et l'esprit engourdi par un surplus d'oxygène qu'une aide soignante compatissante lui intime de respirer.

Me voici expulsée, la tête en bas, tandis que mes poumons jusque là aplatis et flasques se déploient dans un cri salvateur. Suspendue tel un trophée au bout du bras d'une sage femme experte, je fais la connaissance avec l'univers des hommes. Mon corps sanguinolent et visqueux est offert quelques secondes à ma mère à demi consciente. Très vite, d'autres mains inconnues me nettoient avec vigueur et m'enveloppent d'un linge rêche, sensé me protéger du froid

Oh! j'oubliais, le cordon, ce n'est pas mon père qui l'a coupé : il est arrivé trop tard. Mais je l'aperçois à présent, ombre parmi les ombres que je distingue à peine. Très vite après quelques grimaces annonciatrices, mes cris se font de nouveau entendre. Le nourrisson que je suis devenue a faim. Pas d'allaitement en vue: il est passé de mode et tous les professionnels de la maternité ne jurent que par le lait maternisé « Gallia sec bleu ».

Repus de nourriture et de caresses, étourdie de mots gluant d'affection, je consens à m'endormir. Je suis à présent un bébé très sage, entouré de tout l'amour dévolu à un premier né désiré.

  

Texte de Renaud

 

Conquérir pour mieux faire l’amour, ou la guerre. Soigner les préliminaires. Prendre son temps, ne pas se précipiter. S’observer, se découvrir, se parcourir à travers monts, vallées et plaines jusqu’à la grotte profonde, mystérieuse, mystique, assassine. Vivre ensemble la petite mort pour échapper, un bref instant, à la grande. Puis s’élancer vers l’inconnu. 

Nous sommes des centaines de millions à grouiller dans la même direction après avoir été expulsés dans la matrice. Nous cheminons droit devant nous, nous avançons, nous tâtonnons, nous luttons, nous affrontons l’environnement hostile, nous nous bousculons les uns les autres. Puis nous abandonnons la lutte, à bout de force, pour disparaître à jamais. Nous Autres, les survivants nous continuons la route, nous sentons que nous approchons du sanctuaire, nous progressons encore et encore … nous sommes particulièrement obstinés. Nous faisons tomber les barrières, nous allons toujours plus loin, au plus profond ; mais l’Histoire recommence, nous disparaissons les uns après les autres, emportant avec nous nos messages venus du passé jusqu’à ce que l’un d’entre nous arrive au but, enfin, nous éradiquant définitivement, nous qui sommes encore là, nous tuant tous, tout en nous démontrant que tous nos efforts ne furent pas réalisés en vain.  Le rendez-vous a lieu. L’union opère. L’avenir, pour moi, commence à cet instant précis. 

La réaction en chaîne démarre. Je me constitue à une vitesse prodigieuse, cherchant un nid protecteur, à l’insu de ma mère. Puis-je dire je ? Pas encore, c’est trop tôt. L’heure est à l’explosion, à la division, à la démultiplication contrôlée, à l’éblouissante expansion, aux fantastiques agrandissements, aux surprenants allongements, aux mutations étranges, aux curieux balbutiements, aux promesses inconcevables. Les étapes se franchissent les une après les autres, les dangers sont surmontés, l’informe prend forme. Maintenant, je peux dire je. 

Je ne suis plus un passager clandestin. Je suis bien installé dans mon univers. Je me développe. Je continue à me transformer, c’est vrai plus lentement, mais aussi plus sûrement. Le moment arrive où mes mouvements semblent perçus de l’extérieur ; ainsi je sens de temps en temps une douce pression qui me calme et m’apaise ; d’autres fois la force extérieure appuie fortement l’appendice que je jette le plus loin possible, m’obligeant à le projeter de l’autre côté, puis à un autre endroit, mouvement toujours contrecarré par la force extérieure qui, le plus souvent, m’oblige ainsi à arrêter mon jeu. Le battement régulier qui résonne dans ma capsule et qui n’arrête jamais me rassure et m’apaise. Je suis régulièrement secoué par de fortes vibrations venues de cavités qui sont tout proches de la mienne, accompagnées de sons forts étranges. D’autres, plus étranges encore, viennent indubitablement de l’extérieur. Certains m’apaisent, d’autres me réveillent, moi qui passe la plupart de mon temps à dormir et à rêver à l’espace temps d’où je viens ; je n’en dirai pas plus sur ce point car la quête qui commencera après ma naissance n’aurait alors plus de sens. Il m’arrive, ces temps-ci à ne pas pouvoir m’endormir ou à être réveillé brusquement alors que je n’entends aucun son bizarre, que je ne ressens aucune vibration inhabituelle, bref alors que tout parait normal. Quelque chose d’étrange me traverse, comme si je n’avais plus envie de jouer avec mes appendices, de faire des galipettes dans le liquide dans lequel je nage, de deviner la direction d’un son ou de provoquer des vibrations amusantes qui se répercutent un peu partout autour de moi … (20 août 1955, un mois avant la naissance à Philippeville –aujourd’hui Skikda- sur la côte méditerranéenne à l’est d’Alger : une explosion de violence secoue le Nord Constantinois. Deux types d’actions de grande envergure ont lieu dans le quadrilatère Collo-Philipeville-Constantine-Guelma : d’une part des soldats en uniforme ALN, l’Armée de Libération Nationale, attaquent sans grand succès des postes de police et de gendarmerie ainsi que des bâtiments publics ; d’autres parts plusieurs milliers de fellahs et de femmes, recrutés dans les campagnes avoisinantes, se lancent, à midi, à l’assaut des villes et des campagnes. Ces actions, entre autres raisons, sont une réplique aux représailles collectives de l’armée française, aux actions de « pacification » perpétrées dans le bled depuis l’insurrection du 1 er novembre 1954. L’émeute fait 123 morts dont 71 Européens. Des scènes d’horreur, où certaines femmes enceintes sont éventrées et dont les bébés sont fracassés contre les murs choquent la population. La répression aveugle fait officiellement 1273 morts (12 000 selon le FLN). La date du 20 août 1955 est qualifiée de date essentielle (un point ultime de non retour) de la guerre d’Algérie par les historiens) … mais ces sensations étranges ne durent jamais longtemps, fort heureusement, car je peux quand même dormir tout mon saoul et faire mes jeux, dont certains sont de plus en plus difficiles. En particulier je n’arrive plus à faire mes galipettes comme avant et je n’arrive pas à me déplier comme je le veux. Au bout de quelque temps, ça commence à bien faire, et je décide de faire quelque chose. 

Ouah ! Quel choc ! On m’expulse ! Non, je ne veux pas. Je n’arrive plus à flotter, que se passe-t-il ? Ca dure une éternité ! La matrice me compresse de plus en plus fort, l’orifice soudainement débouché m’attire …je découvre une excavation, je choisis de traverser vers la gauche…je tourne la tête d’un quart de tour, puis je la fléchis, je suis obligé de forcer pour la faire passer, je sens qu’elle se déforme mais ça ne me fait rien, je retiens ma respiration, on me tire, j’essaye d’aider, je ne respire toujours pas, je deviens rouge, je me débarrasse d’un liquide pâteux que j’ai dans la bouge en l’avalant, je ne respire toujours pas, quelque chose de nouveau arrive dans moi, j’ai froid,  je suis obligé de respirer, je lance un cri, tout devient calme, j’ai moins froid, on me pose sur quelque chose de doux à l’odeur familière, je m’apaise, je reconnais une voix en dessus de moi, on me déplace, j’ouvre la bouche … une nouvelle conquête commence.  

Je dors, je tête, je dors, je me vide, je dors, je tête, je me vide, … je retrouve l’odeur bien connue, je m’habitue aux nouvelles sensations qui sont si nombreuses. Je suis heureux quand je retrouve l’élément liquide dans lequel je peux me mouvoir comme avant, sauf que je suis tenu par dessous la nuque. J’ai souvent froid quand je quitte l’eau mais on m’entortille de telle façon que cette sensation s’estompe rapidement. Des fois j’ai du mal à bouger, ou j’ai faim, ou j’ai mal au ventre, ou j’ai des picotements partout sur le corps ; dans ces cas je fais usage le mieux que je peux de mon appendice vocal que j’ai appris à connaître dès le début. Et ça marche le plus souvent, mais pas toujours. J’ai appris à associer bruits et odeurs. J’en attends certains avec impatience, d’autres m’apaisent, certains m’amusent mais je ne l’exprime pas encore, d’autres encore me font peur et même pleurer, parfois longtemps, avant de m’endormir, heureux de me replonger dans mes rêves. Puis j’arrive à saisir ce qui est au dessus de moi, à les faire tourner, à les bouger de place, à les mâchouiller, à les jeter par terre. Je commence à distinguer les formes avec lesquelles je peux faire tout ça sans conséquence et celles avec lesquelles mes expériences tournent cours, ce qui me vexe ou m’énerve. Je commence à me redresser. Je m’assieds, je rampe … c’est extraordinaire toutes ces choses que je voie de mieux en mieux. On est nombreux autour de moi. Je reconnais chaque forme, les animés et les inanimés. Maintenant je ris souvent, en particulier avec la forme, je le devine, qui était comme moi il n’y a pas si longtemps … Aujourd’hui j’ai trop chaud pour dormir mais je suis calme car je me sens bien, tout est tranquille autour de moi, la maison n’émet aucun bruit, je sais que c’est l’heure où chacun se repose, surtout quand il fait très chaud comme aujourd’hui, dans cette partie du monde où je suis tombé par hasard (vraiment ?) ... (le 20 aout 1956 dans une maison près du village d’Igdal, dans la vallée de la Soummam, en Kabylie, seize chefs de l’intérieur se réunissent, dont Zighout Youssef, accompagné de Ben Tobbal, qui fut à l’initiative de l’insurrection du 20 août 1955.  Une évaluation des forces et des faiblesses de l’insurrection engagée le 1ernovembre 1954 est faite. Le bilan est considéré comme modérément satisfaisant. L’implantation politique du FLN dans le Constantinois est jugée bonne. La plateforme politique est débattue et …le congrès dure vingt jours...) ...

 

Texte de Gaëla 

Quand je m'annonçais enfin, ce fut la panique. Ma génitrice beuglait des "Que l'on m'achève ici, maintenant! Bande de salauds, je vais mourir". Je perçus un fracas et les cris d'une autre femme, l'infirmière, ou la sage-femme, ou le médecin, sans aucun doute : "Mais elle est folle! Elle a balancé les haricots en ferraille sur son mari. Ceinturez-la!".

"Appelle mon collègue, je ne vois pas la tête! Merde, on a oublié de faire la radio du bassin!"

Mon géniteur devait être à terre, car plus aucun bruit n'émanait de sa carcasse mise, définitivement, hors d'état de nuire.

J'avais décidé, un peu malgré moi, de leur faire une farce, de faire un peu la foire, avant le grand saut, une dernière farce avant l'expulsion, après cette immense farce initiale, que furent ma conception et ma formation. J'en avais assez de percevoir les intonations stridentes de madame, j'avais donc élaboré mon plan d'attaque dès le 6ème mois de ma vie intra-utérine ; d'abord, c'est sûr, je ne viendrai pas à terme, j'hésitai entre l'avant et l'après - l'avant étant davantage générateur de stress, et sachant madame très vulnérable au stress, alors... je gouttais chaque minute, cela correspondait au temps mis par mon lanugo pour recouvrir la totalité de mon petit corps dodu - la minute fusionnant avec l'instant, celui de ma mère se délectant finalement de ses formes arrondies et rebondissant sans cesse dans le lit conjugal, au milieu de cris étouffés. Ensuite, dans mon plan, mon cerveau étant assez développé pour prétendre agir sur la réalité environnante - une division supplémentaire de mes cellules cérébrales aurait peut-être fait de moi un nourrisson précoce - j'avais conçu l'idée de ne pas me manifester là où le désir de ma génitrice se faisait jour. Ainsi elle avait beau manipuler son ventre, appuyer du bout des doigts en certains endroits de son abdomen hypertrophié, malaxer ses viscères même de l'intérieur, pour sentir le mouvement, qui d'un pied, qui, d'un coude, je me dérobais sans cesse, et ne me laissais pas apprivoiser en notre chair, commune. Oui, il fut difficile de partager sa chair un jour. Enfin, je décidai, à la fin, en guise d'apothéose, de lui présenter non pas un visage fripé armé de son "cri primal", mais un cul rebondi et un pet libérateur - lui rappelant, comme avant lui un certain homme célèbre, que le petit d'homme vient au monde dans un lieu obscur situé entre la "pisse" et la "merde". Mon corps étant déformable à volonté, il ne pourrait rien m'arriver de dangereux. Je me repassais ainsi sans cesse le film de ma naissance : "Eh oui, tu as bien souffert, tout cela pour voir, non pas un sourire, non pas un regard, rien d'humain, mais quelque chose qui t'annonce de plus grandes souffrances encore, tu n'en as pas fini avec ton rejeton, çà je te le promets, ce n'est qu'un début".

Je vous dois bien, maintenant, quelques explications, car on pourrait légitimement m'adresser un "Pourquoi tant de haine? A peine né déjà pétri de ressentiments, l'âme déjà marquée d'une noirceur indélébile..." D'abord, cette noirceur, elle était congénitale - plus "con" que "génitale" d'ailleurs. Cette noirceur, elle était inscrite au coeur même de ma conception : "une erreur" - je l'avais entendu de la bouche de mon père dès mon 5ème mois, et j'en fus très secoué, je manquais noyer mes poumons naissants dans le liquide amniotique, rompre l'état d'apesanteur en appelant je ne sais quelle enzyme ou quelle protéine et, si j'avais pu, j'aurais saisi de mes deux petites mains le cordon ombilical pour me l'enrouler autour du cou. C'est ça, il était bien obscur, le monde, mais peut-être davantage pour les autres, ceux qui étaient déjà jetés dans le chaos. Et pourtant je m'étais habitué aux gargouillements des intestins, à l'écoulement des vaisseaux sanguins, aux pulsations cardiaques de ma mère, tous ces petits bruits de rien qui meublent la vie d'un foetus et peuplent son environnement sonore. Au final, le choc se résuma en un triste hoquet - il fallait se résoudre à vivre sans avoir été désiré. Je réfléchissais déjà à la façon de rechercher ou de créer du désir, une fois parvenu à l'état de nourrisson, mais je n'en étais pas encore là.

Si j'avais su tout cela plus tôt, j'aurais pu tout aussi bien me transformer en monstre, stopper la division de certaines cellules, ou faire migrer des cellules du pied au niveau des omoplates, ou, pire encore, empêcher que les cinq presqu'îles qui s'étendent au-dessous de ma peau mince ne se rencontrent pour modeler, non pas un visage de poupon, mais celui d'un être de malheur tout droit sorti du traité de tératologie que j'avais déjà eu le loisir d'ingurgiter, ou d'une autre créature dont on n'aurait même jamais soupçonné l'existence, plus laide qu'un oiseau, plus effrayante qu'un poisson, quelque chose de l'animal préhistorique que je fus en ma condition d'embryon. C'est cela, me dis-je, j'aurais dû stopper la division cellulaire et d'ailleurs, pourquoi pas, faire régresser l'embryon que j'étais, faire en sorte que l'ectoderme, le mésoderme et l'endoderme s'aplatissent comme une crêpe (au lieu de bourgeonner comme une pâte feuilletée), diminuer le taux de progestérone, activer les réactions immunitaires de madame pour qu'elle m'expulse, bref tuer dans l'oeuf ce blastocyste maudit - pour l'éternité. Mais le programme s'était déroulé en conformité avec les lois de mère-nature, l'heureux élu, déjà probablement passablement aviné, avait franchi la barrière des mucosités filandreuses, s'était glissé dans les replis et les impasses du milieu hostile de madame, et monsieur et madame avaient engendré, moi, l'avorton, le rejeton, le mouflet de trop - pour l'éternité. D'ailleurs, laquelle de mes deux parties génitrices avait été la plus combattive? Lui, qui nageait vers elle... Elle, qui guetta le moment propice pour le capter, pour l'emprisonner, pour le séquestrer et fermer toutes les issues? Vaste mystère. En tout cas, c'est l'histoire, d'une captation, après un accident, celui d'une rencontre, sur un banc public, d'une mini-jupe et de bas ultragalbants et déjà, d'une belle-mère par trop castratrice. Je ne sais pas si, un jour, l'ovule de madame flotta dans son univers telle une planète du système solaire, je ne sais pas si, un jour, le spermatozoïde de monsieur fit montre d'un courage sans bornes et gagna, au fil du temps, en persévérance et en maturité. Ce que je sais, c'est que je honnis ce jour maudit de décembre où, dans les préparatifs de la Noël, l'accident eut lieu.

 

Texte de Cécile D.

 

Le Noir. Le RienNéantVideZéro est-ce le Début ou la Fin ? Le Big Bang ? L'Apocalypse ? L'Explosion Universelle Générale ?  La Grande Ruée vers l'Origine ? L'Absolu Recommencement ? Une Chimère Eternelle ?
Sûrement un savant cocktail de tout cela, prenez dosez mélangez secouez, pour ceux qui souscrivent (ou espèrent ?) en la réincarnation et en la raison d'être d'un Univers imaginé.
Je vous arrête de suite : ne croyez pas que j'ai la réponse à toutes vos questions métaphysiques sous le seul prétexte que je ne suis encore qu'un petit têtard qui cherche sa grotte ! Vous, aussi, vous pensez posséder le monopole de la conscience et de la réflexion... Qui a dit que tout ça sortait de votre petit cerveau, hein, qui ? VOUS, encore VOUS, bien sûr...Allez faire comprendre à une vache que la Terre est ronde ! Sans vouloir vous vexer, c'est bien dommage que je doive m'incarner en l'un des vôtres... Un petit truc qui crie pleure mange dort, qui s'abêtit en grandissant, et ça recommence encore et encore, je vous jure j'avais de plus grandes ambitions.


Mais revenons donc à nos affaires : tel que je vous parle, sorti d'on ne sait où (les circonstances humano-animales de mon apparition seraient dignes d'un autre récit), les esprits à peine remis en place, me voilà en train de nager furieusement et comme un décérébré imbécile vers cet ovule planétaire qui est censé m'attendre et m'ouvrir les bras. Qu'on se s'étonne pas que vous autres soyez belliqueux : la bataille commence ici même. Et elle est rude, croyez moi. Allez vous battre avec comme seule et unique arme une éphémère flagelle qui vous fait avancer de 2 millimètres à la minute. Pathétique.


Mais m'y voilà, enfin. Les autres ont fini par me lâcher la grappe : je suis le meilleur, point. Je suis tout de même un peu déçu par l'aspect esthétique de l'Éden promis. Mais passons.
Nous y voilà donc, un peu de repos pour les vainqueurs. Mais... je me sens bizarre, tout faible... comme aspiré par une entité étrangère... comme si on me suçait mon essence vitale... que m'arrive-t-il ?? Au secours !! On me gobe on me vole on m'avale on me déguste on me déforme on me transforme, je suis un mutant !!!!


Oh écoutez, arrêtez un peu votre baratin, personne n'est dupe, à qui pensiez-vous vous adresser là ? Vous saviez parfaitement ce qui vous attendait. Avez-vous déjà acquis une fierté débordante et stupide qui vous empêche de lâcher votre statut mâle de spermatozoïde pour celui, certes plus féminin mais bien plus abouti, d'œuf fécondé ? Inutile de prendre votre rôle trop à cœur, vous serez très bientôt dépourvu de jugeote, cher ami !


Bien, voici donc l'Oeuf Originel qui vous parle. On voit que ça vous amuse de me voir changer ainsi ! Je ne ressemble plus à rien.


Patience, ça va venir...


Ah oui, parlons-en tiens ! Dans quatre semaines j'aurai l'air d'un animal préhistorique, une queue m'aura poussé, puis j'aurai la tête comme une pastèque, des poils partout, belle perspective !


Croyez-vous le cheminement inverse plus divertissant ? Soyez content, vous vous formez, et c'est totalement indolore. Alors que je vous assure qu'à écouter les complaintes de tous nos humains en phase terminale, vous n'avez pas envie d'arriver aussi loin dans l'aventure humaine.


Merci. Sympa de m'encourager. L'Entité Supérieure toujours à votre service, c'est ça ? Eh bien je décrète l'état d'urgence et demande une faveur spéciale : fausse-couche express ! Maintenant !


Tutututut, pas de cela ici. De toutes façons, vous avez déjà passé la limite temporelle.


Déjà ? Mais, ma parole, on ne voit pas le temps passer ici !


Ah, ça, c'est autre chose. La notion de temps est très relative vous savez. Le temps humain n'est pas notre temps à nous. Réjouissez-vous, vous n'aurez pas à supporter trop longtemps les blablas et chansons niaises dont vous inondent vos futurs parents.


Ne m'en parlez pas. J'aimais mieux la première partie de mon évolution après tout. L'ouïe, quelle décapante bêtise ! Et ces coups de pied que je lance involontairement (bon sang, suis-je réellement censé maîtriser ce corps étrange difforme affreux comme par magie?) ; ces fichus coups de pied sont bien mal interprétés de l'autre côté. Ils croient que c'est la démonstration d'un goût particulier, ou une tentative de communication, ou bien un geste d'amour, que sais-je encore ? Et vas-y que je redouble de "Oh mon bébé fais coucou à Papa fais coucou à Maman oh regardez il a tapé comme c'est mignon il est en pleine forme aujourd'hui oh oui c'est bien mon petit sucre d'orge d'amour"...
Incroyable !!! Me croient-ils vraiment dépourvu de la moindre parcelle d'intelligence ? Sombres crétins...


Du calme mon ami, bientôt vous prendrez pleine part à votre rôle, et vous n'aurez plus cette semi-conscience qui vous dérange. Tâchez de profiter de votre séjour et de faire moins de conneries que la dernière fois, d'accord ? Sinon nous serons obligés de vous faire faire une petite escale en tant que pissenlit dans un pré de vaches, ou courge bio dans une dégustation chez les Verts, ou moustique près d'une plante carnivore, ce ne sont pas les idées qui manquent !


Message reçu Capitaine, vous fâchez pas... Bon, à voir le poids que j'ai pris là, je devrais bientôt sortir, non ?


Exact. Tenez-vous prêt. Et n'oubliez pas de sourire à l'arrivée !

 

Texte d'Olga
 
Mon voyage sur terre, mon passage, mon instant…
Je suis là. Je suis au paradis. Je vis au paradis. C’est chez moi. Mais ou ? Au paradis. Je regarde. Je regarde le monde. De temps en temps. Il me parait si loin et surtout incompréhensible. Il m’intrigue. J’aime savoir, comprendre.
Je me renseigne auprès des autres s’il vaut la peine d’y passer. Il en a qui dise « oui » et d’autres « non ». Je ne sais pas trop quoi faire et à qui croire. Apres tout je me dis qu’ici j’ai déjà fait le tout et je connais tout. Le paradis, ma routine !?
Un jour je me décide. J’y vais. C’est aujourd’hui. Je pense avoir fait déjà ce voyage. Plusieurs fois. Et pourtant je n’ai plus de souvenir. Juste une sensation vaque. Est-ce une raison pour s’inquiéter ?
C’est à cause de ce monde. Il a tellement changé qu’on ne se retrouve plus. Voilà. Va savoir. Je regarde la dernière fois, du haut, vers le bas. Là-bas. Le monde. J’ai la foi.  La planète tourne. Je m’approche. Je rassemble mon courage, je vois un joli paysage. Je vois un endroit et puis un autre. J’essaie de comparer. Je n’ai pas envie de me tromper. Je regarde les gens, ils n’ont pas la même tête. En plus leur couleur change. Je vois des blancs, des noirs, des jeunes, des verts et d’autres… Ils sont vachement couverts. Je ne vois même pas leur couleur !? Je me demande s’ils fêtent le carnaval ?
Le choix est immense, la planète tourne et ma tête aussi, avec. Je décide de plonger. Je ferme mes yeux. Le choix ne vaut rien de toute façon. Je ne peux pas le vérifier. Je prends une assurance, je ferais une réclamation…
 
Conception
 
Ce jour là ma mère (future) se sente prête à accueillir une vie. Elle offre une place tout au fond de soi pour moi. Une grande manifestation d’Amour, d’Accueil et de l’Avenir. Ensemble. Elle, moi et trois A.
Ce jour là, un jour de grande confiance, et tout s’arrête pour un instant. Magie ! La vie se crée. Miracle. Il aura un être ! Moi !?
Ce jour là, la terre tourne moins vite, les étoiles brillent plus fort, les oiseaux chantent malgré le vent et le froid dessine des jolies images sur les vitres des maisons. Décembre.
Ce jour là en Russie, en Sibérie Centrale, dans une grande maison en bois, chauffée au charbon : deux corps se retrouvent dans un lit d’un mètre vingt centimètre, sous une couette en plume d’oie avec un motif de fleurs roses.
Deux corps jeunes et chauds. Ils se connaissent depuis un moment. C’est seulement depuis trois mois qu’ils se sont dit le grand « oui, je veux ».
Leur intimité est légitime maintenant, c’st important. Devant la loi. Et surtout devant leurs parents et leurs proches. Même moi, j’accordais de l’importance, à l’âge de mon insouciance. La terre n’arrête pas de changer. Elle tourne. Voilà un exemple vivant. Qui s’occupe encore aujourd’hui de cette question !? Légitimité. Rare est la personne…
Leur intimité est immense, chaude et toute jeune, sensible. Elle est aussi grande, puissante, naissante…
L’homme (mon futur père) caresse sa femme. La femme se laisse aller à la douceur. Elle savoure les baisers d’Amour. Leurs yeux plongent dans la profondeur de l’infini. Tout parait minuscule par rapport à l’immensité de leurs flammes. Amour, Envie, Désir.
Leurs regards…
Leurs corps s’enlacent. Leurs bouches se goutent. Leurs odeurs se mélangent. L’alchimie se crée. La beauté apparait. Leurs sexes se rencontrent. Dans une douceur enflammée, une chaleur augmentée, des caresses … un désir… et le mouvement se présente. Il est évident. Il monte. Elle monte. Il la suit.
Ce jour là, à cet instant précis, les deux sont d’accord plus que jamais. En accord pour toujours !? L’homme donne. La femme reçoit. Jouissance. Explosion. Evasion. Création.
 
2. Fécondation
Un spermatozoïde parmi des milliers fait son chemin pour arriver à l’ovule. Ils se rencontrent. Confiance. Intimité. Tout se fait naturellement. Programmation !?
Et moi ? Ou suis-je ? Suis-je se minuscule spermatosoide qui bat sa queue pour y parvenir ? Suis-je l’ovule qui attend, prête à se refermer des qu’elle laisse se premier arrivant rentrer ?
J’ignorais longtemps cette partie de mon existence. Je n’accordais pas d’importance. Je m’acceptais à partir de ma naissance. Une grande ignorance – errance. Une non-envie de savoir. Trop d’intimité ? Une sécurité ? Trop d’intérêt pour soi ? Amour propre ?
Je ressens un mystère. J’ai envie de savoir. Ma vie est libre. Elle m’appartient et je la tiens. Elle est tracée, créée, donnée. Un cadeau ne peut pas être repris !? Ai-je envie de le rendre ? Il faut juste que j’accepte. Je l’aime. J’en prends soin. Moi. De moi.
Et si la « course pour la vie » n’était qu’un voyage. Voyage tranquille et programmé. Une promenade.
Et moi. Ma moitié. Le spermatozoïde. Il fait juste paisiblement le nécessaire. Pour rencontrer l’autre. Il progresse à l’intérieure de l’utérus vers le rendez vous fixé dans le tiers externe de la trompe.
Moi. Ma moitie. L’ovule. Il est là, sachant qu’un visiteur arrive.
A peine quelques heures après son grand « départ » spermatozoïde arrive à l’ovule pour y pénétrer. Ils fusionnent. Ma vie commence…
 
3. Embryon
 
Les cellules se divisent. Tout accélère.
L’embryon (moi !?) fabrique 2 à 5000 cellules par seconde jusqu’aux 60 000 milliards qui constitueront un enfant (moi !?) à la naissance.
L’embryon aspiré, poussé, porté descend dans la cavité utérine. L’une de ses faces dissout la muqueuse de l’utérus pour s’y enfouir profondément. L’embryon se niche dans la paroi muqueuse, devenue un terrain fertile, bien irrigué, spongieux.
J’ai 15 jours. Ma taille est celle d’un grain de semoule. Moi !?
Toutes mes cellules possèdent les plans complets de l’organisme. Les cellules ne sont pas seulement gouvernées par leur propre équilibre, mais également par les cellules voisines ou lointaines qui se contrôlent les unes les autres dans un réseau de régulation réciproques.
J’ai 21 jours, 3 millimètres et mon cœur bat.
   
4. Fœtus
 Je suis. Je flotte. Finalement j’ai l’impression d’être toujours dans mon petit paradis. Il fait doux. Je ne manque de rien. Je grandis. Je grandis. Je commence à sentir que je grandis vraiment. Je me sens à l’étroit. De plus en plus. Je me sens géante.
Bientôt je commence à deviner que je devrais changer d’endroit. Je reste encore. Bientôt, je comprends – pas d’autres solutions… Je sais que je dois y aller. Je n’ai pas trop envie. On ne sait jamais…
Je gagne un jour. Puis un autre. Je me dis chouette. Personne n’a rien remarqué !
Une semaine passe. Je constate bien que je suis au delà du raisonnable. Pourquoi faire durer le temps si de toute façon… c’est plus fort que moi… une excuse… lâcheté… je ne suis plus fière de moi. Je prends du poids. Je grossi. Il ne faut pas être Pythagore pour faire un calcul mental et calculer le risque. J’attends quoi ? Une invitation ? De qui ?
Encore une semaine passe. Je ressens aussi la peur de ma mère ? Ou est-ce ma propre ? Je retarde le moment encore et encore… Une minute. Quelques heures. Je vais y aller. Je me pose encore des questions et je doute.
Suis-je désirée ? Vont-ils m’accepter ? Suis-je comme il le faut ? Y-a-t-il de la place pour moi ? Et l’Amour lui ? Ai-je droit ?
 
5. Naissance
 
Un jour je me décide. J’y vais. C’est aujourd’hui. Je pense avoir fait déjà ce voyage. Plusieurs fois. Et pourtant je n’ai plus de souvenir. Est-ce une raison pour s’inquiéter ?
Et s’il n’y avait pas de sortie et tout cela était déjà la fin ? Bon. Je verrais. Je suis curieuse, courageuse. Autant que j’ai peur…
« Comme une lettre à la poste » Tu parles !
Le tunnel parait infini. Le tremblement gigantesque. L’incertitude. Au secours. Le bébé est neutre. Innocent. Non. Que des histoires. Tout cela n’a aucune réalité. Je ressens, moi. Je ressens ce qui ressent ma mère, en plus, aussi. Je suis reliée. Aucun moyen de se défaire. Elle a peur. Elle angoisse. Elle crie. Elle ne sait pas ce qui se passe. Je me dis c’est quoi ce monde ? Je me sens perdue.
Personne pour la rassurer ? Mon père ! Faites venir mon père. Les idiotes ! Elles l’ont laissé dehors. Il fait des ronds.
Je proteste. Je veux mon père. Il est raisonnable. En plus il est capable. Capable de rassurer, d’assurer et d’assumer. Il est heureux. Il a envie d’être là. C’est grâce à lui que j’arrive. Pour qui vous vous prenez ?! C’est lui qui m’attend. Nous avons des choses à vivre. Des mots à se dire. Des phrases à prononcer. « Je t’aime papa ». Tu m’entends ? Je suis là. Je suis ta fille. J’arrive. Je vais m’en sortir.
Je ne suis pas entendue. Il y a des règles. J’en ferais connaissance. On les rencontre souvent dans cette vie. Nous ne sommes jamais vraiment si libres qu’on le désire.
Le temps passe. Combien ? Je ne sais pas ? C’est toujours la même chose. Ça tremble. Je bouge d’un centimètre. Le tremblement s’arrête. Je me repose à peine et cela recommence. Je veux m’endormir, mais aucun moyen. Je me sens épuisée. C’est comme dans la vraie vie !? À peine tu crois d’avoir attend le paradis et op… Ça tremble. Ça bouge. Et tu recommences. Tu rames… Silence. Tu reprends souffle. Assurance. Confiance. À peine tu crois d’avoir attend le paradis et op… Ça tremble. Ça bouge. Et tu recommences. Tu rames… Silence. Tu reprends souffle. Assurance.  Confiance. À peine tu crois d’avoir attend le paradis et op… Ça tremble. Ça bouge. Et tu recommences. Tu rames… Confiance…
Ma tête. Ma têêête. Je pousse avec mes jambes. Elle ne passe pas. Je savais que j’aurais des ennuis. J’ai envie de la laisser ici. Ma tête. Je peux ? Elle ne me servira à rien. Je suis sure. Je sais. Juste une source d’ennui. Eh ? Allô ! Personne pour me répondre. C’est quoi ce monde ? Ou est le responsable ? Je vais me plaindre !
 
 Dix heures vingt !
Felicitation madame ! C’est une fille !!! Que veut dire cela ? Est-ce dangereux ? Est-ce une maladie ? Y-a-t-il une place pour cette espèce ? Et laquelle ? Une place… Après tout ce voyage vaut cela la peine que je reste, fille ?
Et là, tout ce que je vis…
« Regardez ce petit fraichement sorti. On le pose sur une table. On l’examine. On l’expose. Il ressemble à un lapin, qu’on allait garnir pour mettre au four. Lui, qui a passé son temps roulé au chaud dans sa bulle. Il est étiré maintenant. Mais pourquoi ? Pour les centimètres. Laissez-le, il ne va pas grandir des mètres. Et les grammes. On veut les savoir tout de suite. On le met sur une balance. Mais quelle importance ? Surtout dans ces premiers instants. Accueil avec tact ? Je n’ai plus vraiment confiance…
Laissez-moi arriver. Comprendre. Reprendre souffle.
Foutez-moi la paix. Ma mère. Elle est où ma mère. C’est la seule que j’ai envie de sentir. Déjà que mon père est dehors… Ne me donnez pas la sensation d’être orphelin. D’arriver dans un monde de froid et d’absence. Donnez-moi une présence. Pour que je puisse sentir mon existence. Mon importance. Et l’Amour !?
Ma mère. Veut-elle savoir vos chiffres : centimètres et grammes, que vous êtes en train de lui balancer ? Elle s’en fiche royalement. Posez-moi sur son ventre. C’est la seule chose qu’elle désire. C’est par ce fait qu’elle va être rassurée, tranquillisée et heureuse. Elle veut son bébé. Je veux ma mère !
Ce n’est pas fini encore !? Arrêtez de me laver ! Quelle ignorance ! J’arrive ici avec ce qu’il faut. Je ne suis pas sale ! Économisez votre savon à deux franc six. Je suis gluante, brillante. J’ai tout prévu. C’est ma crème super luxe pour quelques jour à venir. J’ai envie de préserver ma peau raffinée et fine de votre monde stérile. Eh. Imbécile. Ne m’agresse pas avec ta vision de propreté. Cela sent la pauvreté. Ton esprit est petit comme une noisette. Laisse tomber ta petite serviette. Elle râpe ma peau délicate. Mais… Eh… Oh…
Y-a-t-il une fin à cette torture ? Non. La brulure ! A-A-a-a-a… Mes yeux ! Les goutes ! Ça encore ! Laisse moi mes bactéries, c’est sont mes amis. Tu m’envies ? Même si l’hôpital est une usine, change ta routine. Regarde ailleurs, bouge ta masse grise. Vas-y ! Je t’en prie ! Je t’en supplie ! Ça suffi !
 
6. Nourrisson
Je suis.
Le quotidien. Tout change, bascule. Le tremblement gigantesque. L’incertitude. Au secours. Le bébé est neutre. Innocent. Non. Que des histoires. Tout cela n’a aucune réalité. Je ressens moi. Je ressens ce qui ressent ma mère. Je suis reliée. Aucun moyen de se défaire. Couper le cordon. Oui. Couper le cordon, couper le cordon, couper le cordon… C’est fait, on connait les conséquences. Sauf, si ma mère a peur, je le sens et j’ai peur. Elle angoisse et je ne me sens pas en sécurité. Lorsque je crie, je pleure. Elle ne sait pas ce qui se passe. Je vois sa peur. Son incertitude. Je me dis c’est quoi ce monde ?
Donnez-moi des moyens, une chance. Une expression variée et plus subtile. Encore aujourd’hui, je me sens traumatisée. J’ai grandi, mais je n’ai rien compris.
Je pleure si j’ai faim, je pleure si j’ai soif, je pleure si je suis fatigué et je pleure si j’ai mal. Je pleure des émotions et si j’ai peur. Je pleure si je ne comprends pas et si je me sens frustrée. Je pleure de la colère et des ennuis. Je pleure…
Ma mère. Ma pauvre mère. Elle n’a aucune formation. Donner lui la comprehension. Devenir mère est une énorme transformation. Comment donner, savoir et élever. C’est naturel, c’est programmer !? Je ne dirai pas ça, franchement, mais personne ne me demande. Je pleure.
Ma mère. Ma pauvre mère. Elle me donne à manger. Lorsque je crie, je pleure. Elle ne sait pas ce qui se passe. Elle me donne à manger.
Je pleure si j’ai faim, je pleure si j’ai soif, je pleure si je suis fatigué et je pleure si j’ai mal. Je pleure des émotions et si j’ai peur. Je pleure si je ne comprends pas et si je me sens frustrée. Je pleure de la colère et des ennuis. Je pleure…
Elle me donne à manger.
Je pleure aussi lorsque j’ai envie d’amour, de sentir sa chaleur et sa respiration. Son battement du cœur me manque tant. Je pleure…
Elle me donne à manger. Encore aujourd’hui, je me sens traumatisée. J’ai grandi, mais je n’ai rien compris.
Aujourd’hui. Je mange, comme j’ai appris. Lorsque mon âme crie et pleure ; je mange. Lorsque je me sens fatigué et mal ; je mange. Lorsque j’ai trop d’émotions et j’ai peur ; je mange. Lorsque je ne comprends pas et j’ai peur ; je mange. Lorsque je me sens en colère et frustrée ; je mange. Encore aujourd’hui, je me sens traumatisée. J’ai grandi, mais je n’ai rien compris.
Je mange aussi lorsque j’ai envie d’amour, de sentir une chaleur et une respiration. Je mange. Lindt est très conseillé dans ce cas de figure. Le chocolat rends heureux. J’entends ma mère dire « mange ». Je mange.
Je ne l’en veux pas. J’ai compris. C’est aussi tout simplement ce qu’elle a appris.
J’ai juste envie de comprendre pour ne pas reprendre. J’aime tant apprendre. Pour ne pas répéter, mais plutôt donner, donner plus d’amour pour en recevoir. Je suis venue pour cette raison. Il n’y a pas autre chose à faire.
Ma mère. Ma pauvre mère n’a pas su, pu m’allaiter. J’ai qu’à deviner. Le pourquoi ? Une trop grande intimité ? Trop de proximité ? Je comprends. On m’a donné le lait de vache. Je ne suis pas un veau. Eh. Oh.
J’ai bien grandi. Okay ! Les centimètres et les grammes. Quelqu’un a pensé à mesurer mon âme ?! De le mettre sur une balance de bonheur pour pouvoir voir son poids, son consistance. Peut-on voir une bonne croissance. Une courbe bien montante, augmentante et rassurante ?

 

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Published by atelier d'écriture Labège - dans Productions 2010
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