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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 16:05

 Je me souviens du cadavre exquis   < voir le dispositif

 

Corinne P

Tous les souvenirs disparaîtront.

 

Je me souviens de Bob Dylan chantant « Masters of war » dans les années soixante triomphantes sur le tourne disque bleu ciel posé comme un cadeau dans la pièce commune. La télévision aussi était là, nouvelle venue drapée de noir et blanc. Charles Bronson, acteur magnifique à la gueule cabossée, allait bientôt y apparaître, jouant son air d'harmonica.

 

Nous ne négligions pas pour autant d'aller courir dans ce jardin empli de mille roses qui jouxtait notre immeuble. Lorsque nous jouions à « chat », leurs couleurs se croisaient, se mélangeaient, tout tournoyait autour de nous. Les jeux de billes réservés aux garçons se déroulaient autour des troncs d'arbres dans les anfractuosités desquels elles pouvaient se glisser. Il y avait aussi les senteurs de jasmin qui rappelaient Sidi Bousaïd à notre voisin, M. Hannoun. Il avait laissé là-bas son travail, sa maison richement décorée mais prétendait sans y croire vraiment regretter par dessus tout sa collection de peaux de bête, de défenses d'ivoire et d'œufs d'autruche qui sont les plus gros du monde.

 

A la maison, la politique rythmait notre vie. Elle rendait parfois heureux les enfants que nous étions, comme ce jour de vacances exceptionnel décrété pour la venue de Pompidou dans notre ville. Puis vint 1981: mes parents une rose aux lèvres ont ouvert l'appartement à tous, voisins, amis, c'était l'euphorie. Je ne participais pas vraiment à la fête: je partais le lendemain pour Bordeaux passer le concours d'entrée d'une école d'ingénieurs, espérant un succès pour tout le travail acharné fourni cette année là.

Tous les souvenirs disparaîtront.

 

Aujourd'hui, dans nos démocraties endormies, la télévision offre désormais aux yeux vieillissants de mes parents la vie privée de nos dirigeants bling-bling. A la radio, les paroles des chanteurs offerts en pâture se font plus mièvres. Quelles voix dénoncent les loups qui s'entretuent au Congo? Une lueur d'espoir surgit pourtant lorsque « les Chats Persans » d'Iran font parler leurs instruments de musique pour exprimer leurs désirs d'expression libre.

Le jardin de mon enfance a disparu, investi par des promoteurs qui y ont fait surgir des immeubles « R+2 » identiques à ceux des communes voisines. Quelques arbres ont étaient épargnés, servant désormais d'appui aux gamins concentrés sur leur console de jeu. Les billes n'ont plus la côte et  la dernière usine qui en fabriquait s'est transformé en musée quelque part en Ardèche. Une bonne nouvelle cependant: les autruches sont désormais protégées. Le thon rouge, lui, n'a pas eu cette chance. Peut être ses œufs sont-ils trop petits ?



Virginie
 

Tous les souvenirs disparaitront.

Je me souviens de la Cité du Mirail après son édification. Cité métissée, colorée, interculturelle qui offrait quelques lieux de promenade avec son lac, ses parcs et jardins, cité où s’érigeait la faculté du Mirail, abritant en son sein la jeunesse révolutionnaire accusée à tort ou à travers de glisser vers le « boboïsme ».

 

Je me souviens des revues d’histoire, acquises malgré mes faibles économies d’enfant grâce aux quelques sous gardés précieusement de côté ; ces revues m’ont marquée parfois plus que les cours appris sur les bancs de l’école, telle l’image de ce dernier condamné à mort par guillotine, un homme vêtu d’un pull-over rouge.

 

Je me souviens de notre rencontre imprévue et imprévisible lorsque la chaleur de l’été a fait place au vent faufilant dans les arbres qui s’effeuillaient de leur parure, de ton baiser, un baiser volé non pas par une chaude soirée d’été à l’ombre des marronniers mais par une soirée d’hiver enveloppée des sons métalliques d’une guitare lumineuse, peut-être une Gibson... C’était un baiser à peine appuyé, cependant, ancré dans ma mémoire comme toutes premières fois.

 

Je me souviens de nos croisières en goélette aux abords de ces récifs escarpés où s’alignaient des mouettes piailleuses, presque nargueuses. Nous n’avions pas fière allure, nous, pauvres bipèdes !…Ou encore de nos escapades dans les régions rurales de France encore conservatrices des métiers d’antan, ramoneur ou encore rémouleur.

 

Mais, aujourd’hui…

La Cité du Mirail a perdu de son hospitalité. Plus de lieux de promenade : partout et n’importe où on trouve tags et détritus. Crimes et délits sont ses lots quotidiens. Les abstentionnistes d’aujourd’hui ont remplacé les réactionnaires d’hier.

Des revues « intelligentes », posant des questionnements, notamment sur la véracité de la conquête de la lune par les Américains, sont là pour nous éclairer ou nous perdre davantage.

L’habitude, ce « comme d’habitude » que chantonnait Claude François, a envahi insidieusement notre amour.

Les métiers d’antan semblent appartenir désormais à un monde parallèle, irréel.

 

 Corinne B.

Tous les souvenirs disparaîtront.

Comme ce gamin, notre copain, fin saoul, pour son premier anniversaire fêté sans ses parents, où nous avions glissé, sur le canal du midi gelé, un après-midi de l’hiver 1985, de mes copains d’abord, et des étrangers, certains tout juste arrivés de leur pays natal, au son si gai, de ce moment  encore je me remémore. Nous étions jeunes, insouciants et joyeux.
 Nos chutes et nos rires si nombreux mêlés aux effluves aquatiques sous la bruine de ce mois de novembre ; puis l’éclat de ta peau laiteuse sous la pale lumière, il y a bien longtemps. Les garçons s’amusaient à nous faire peur. On s’imaginait être dans un film d’Hitchcock.   
Disparus comme nos maîtres et leurs leçons sérieuses et tous les « J’accuse » d’Emile Zola, Dreyfus et le bagne ; les règles de trois et le théorème de Pythagore. Nous finissions le lycée et pour nous ces maîtres, à moins que bouddhistes, ils ne ressuscitent, ne reviendraient jamais dans nos vies pour toujours effacés de la surface de la terre.
Nous, alors si complices, maintenant noyés dans nos propres vies, inconnus dont les noms et les visages s’effacent.
 Aujourd’hui je marche seule le long de ce canal…
                                                                                  … si calme
                                                                                                               … trop calme.

 

Bérengère

 

Je me souviens de Paris sous une tempête de pavés volant en tous sens comme les pollens du mois de mai

Plus de règles, plus de lois, les cris, les stridulations ininterrompues des sifflets tournoyant dans nos oreilles

Tels des pantins désarticulés se livrant à une transe échevelée

Révoltés et gardiens de la paix, dans des mouvements anachroniques semblaient s’agiter comme sous l’effet  des premières musiques de jazz qui, dans le temps, nous faisaient swinguer.

 

Je me souviens de l’image en noir et blanc qui, à l’été 1969, fut ancrée à jamais dans nos esprits

Celle de l’homme qui a fait ses premiers pas sur la lune, sautillant, casqué, empesé dans sa combinaison sur gonflée

Une impression d’étouffement, tel l’air suffocant de Doula lorsque la floraison des roses anciennes atteignait son paroxysme, semblait émaner de ses gesticulations

Il y avait trop de roses, il n’y avait pas assez d’air, il y avait trop de senteurs mêlées, il n’y avait aucune trace de vie.

 

Je me souviens du vent dans tes cheveux ce jour-là

Comme une nuée d’oiseaux assis sur le toit de l’immeuble d’en face

De tes longues mèches rebelles flottant au vent qui se mirent soudain à virevolter

Animées par un irrépressible et prodigieux rire, fruit de tes vingt ans.

 

Tous ces souvenirs au combien émouvants disparaîtront cependant.

Il est temps de faire face au  passage du temps et au long travail d’érosion qu’il n’a pas manqué d’exercer.

Qui de nous peut estimer en être sorti indemne, avoir gardé les espoirs de sa jeunesse.

A l’exemple de Cormac McCarthy, auteur qui ne veut pas être trop mêlé au monde

Il nous faut nous défaire de nos dernières illusions.

 

Le cheminement  d’une vie emprunte souvent des sentiers inconnus.

Ainsi, même si j’ai préféré l’angoisse insidieusement distillée  dans « Arsenic et vieille dentelle »

Rien ne sera jamais comparable à ce sentiment de perte d’une partie essentielle de mon être

La promesse d’un monde dans lequel tout paraissait réalisable : paradis des possibles définitivement perdu.

 

Renaud

 

Tous les souvenirs disparaîtront.

 

Le soleil frappait la cour de l'école où l'on échangeait les billes contre un « boulard ». A cette époque, la France traversait la méditerranée. Elle n'était pas chez elle. Le grand frère rentrait du lycée en serrant les lèvres, son cœur comprimé par la violence sourde qui l’environnait. Le petit frère commençait à se mettre debout : je me souviens de ses premiers pas. Dans la cuisine trônait, en son milieu, la grande table où la famille prenait ses repas. La voix douce de ma mère s'intensifiait insensiblement quand il fallait rassurer un de ses six enfants, quand notre père, comme souvent, était parti travailler quelques jours hors de chez nous. Au printemps les parfums qui flottaient dans l'air accompagnaient l'espoir d'un lendemain apaisé. Certaines fois, la tension était comme suspendue : telle ou telle famille du quartier préparait les premières communions, auxquelles nous n'étions jamais invités, nous, les enfants de parpaillots. Nous pouvions apercevoir les robes blanches, les gants d'ivoire, les coiffes immaculées mais nous imaginions seulement les célébrations. Par contre nous participions aux repas champêtres de familles où la faconde caractérisait la façon d’être de certains convives, ce qui, je le réaliserai plus tard, les rendaient dignes de Pagnol. Un autre souvenir de printemps remonte du néant, je ne sais pourquoi, pour y replonger aussitôt : les parents ramassant les abricots du jardin pour les enfants. Quand nous nous couchions, nous guettions les voix et les pas des adultes : mais nous savions qu'il existe des pas que l'on ne peut pas entendre. Lors de certaines soirées qui auraient du être douces, la terre exhalait une odeur de sang que les plus jeunes d'entre nous ne percevaient pas. Le message que « toute vie est précieuse et nécessaire, peu importe sous quelle forme », avait beau être déclamé par certains, il ne pouvait pas être entendu. Et je pensai, bien des années plus tard, à tous ces souvenirs d'un monde qui  côtoyait un autre sans jamais le rencontrer, ou si peu, quand, avec des copains de faculté venus d’ailleurs, nous montions tout doucement, en riant à gorge déployée, le col du Tourmalet dans ma 2 CV poussive.

 

Mais aujourd'hui, ces souvenirs malaxés par le temps ont fait leurs chemins : ils se retrouvent en partie dans nos mémoires collectives respectives sans être forcément expurgés de relents nauséabonds, toujours bien vivants. La vigilance doit donc rester de mise pour que certaines facettes abjectes disparaissent de nos têtes à jamais et que nous nous regardions, enfin, les uns les autres sans idée préconçue afin que nos différences soient la richesse de nos enfants et de nos petits-enfants, à défaut d'avoir été, vraiment, les nôtres.

 

Cécile D.

 

Tous les souvenirs disparaîtront, tôt ou tard, les vôtres ou les miens. Pourtant on aimerait s’assurer qu’ils restent en nous jusqu'au bout, et entiers et intenses comme neufs.

Ma grand-mère me racontait des histoires quand j’étais petite. Rien d’étonnant jusque là, sauf que ces histoires, c’étaient les siennes, et c’est bien ça qui les rendait si palpitantes. Elle arrivait à rendre épique et exaltante la capture d’une mouche, l’histoire du facteur, la cuisine tupperware, chaque petit moment que d’autres auraient considéré anodin.

Elle me racontait son enfance, la douce musique du braiment des ânes, des chameaux et des enfants, disait-elle. Elle me racontait la danse, qui jeune femme ou mère accomplie, la ramenait à la joie de la vie.

Je me souviens d’une soirée d'été, et pas n’importe laquelle : c’était La Fête, où elle m'a rejointe quand je m’y attendais le moins, alors qu’elle était déjà malade et très fatiguée.

Ah, croyez-moi, les vieilles dames peuvent être pleines de vie et de malice, et même anarchistes !

La mienne était fana de Cohn Bendit. La télé avait bien retranscrit son coup d’éclat de Mai 68, et les années passant, ma grand-mère continuait à claironner qu’elle lui aurait volontiers cassé ses dents, à ce fichu CRS, malheureux représentant des « Forces Occultes » !

Elle m’envoyait acheter ses gitanes sans filtre au café-tabac du coin, et les fumait en cachette de mon grand-père, parfois avec ses copines, parfois seule avec ses pensées dans le grand jardin.

Peut-être même que la mort de Gainsbourg, qu’elle appréciait presque autant que Cohn Bendit, a renforcé son désir de fumer, étrange hommage qui n’a pas duré si longtemps : mon grand-père n’a pas tardé à l’attraper, hé.

 

Mais aujourd’hui, ces temps paraissent loin, et flous.

Ma première console de jeux vidéo, la star du genre, a l’air d'une antiquité. Bien loin le bruit de la Ronéo, encore plus l'odeur de son encre. Les premiers pas de l'homme sur la Lune sont des images d'archive, que certains évoquent en repensant aux pruneaux à l’Armagnac de la cousine Louise, dégustés devant le téléviseur noir et blanc flambant neuf. Ces paysages lunaires, où tout est si désolé, presque ravagé, sans humanité et sans espoir, forment le pire cauchemar de l'homme moderne, qui les met pourtant sur grand écran.

 

Heureusement, j'ai toujours la mémoire vivace de ma grand-mère, et devinez quoi ? je construis la mienne.

Souvenirs, je vous attrape, je vous garde, je vous triture, je vous mixe, je vous cajole, je vous déconstruis, je vous reconstruis, je vous arrange comme ça me chante, j’oublie les fâcheux, j’aime tous les autres, alors venez, venez que je vous adopte !

 

Gaëla

 

Tous les souvenirs disparaîtront.

Et d'abord les odeurs, et celle, entêtante et menaçante, du tabac dans le bar-tabac bruyant en bas de chez nous. Celles qui nous forgent, celles qui nous dégoûtent, celles qui nous obsèdent, celles qui demeurent, celles que l'on cherche à retrouver, par l'anamnèse, celles que l'on cherche à éviter, au détour d'un chemin. Ainsi, celle de ces chiens, à moitié perdus, qui attendaient leur maître devant la porte, près de chez nous. Plus que leur odeur humectée de salissures, de blessures, odeurs d'eau croupie et de sang mêlés, c'est leur silence qui m'effrayait, et me hante encore. Comme ce ding/ding/dong du jeu des mille francs la radio crachotant crépitant, et ma grand-mère, l'oreille collée au poste, inéluctablement, sans prêter la moindre attention à nous, enfants jouant dans la cour de sa maison, livrés à nous-mêmes. Celui-là, je le tournais en dérision, et je l'ai presque oublié. Comme le carillon des églises, sonore, strident et perçant, honorant, en un dernier concert matinal, qui me jetait chaque fois hors du lit, la défaite de la nuit, de ses effluves et de ses promesses. Après, c'était : des bisous à odeur de poudre de riz, ceux de ma mère fraîchement maquillée, comme pour nous insuffler la vie, chaque matin à recommencer, une caresse sur la joue, un effleurement si doux. Et puis, les cliquetis effrayants de la vieille 2 Chevaux de mon père, sur le chemin de l'école, ceux-là enfouis dans un recoin de ma mémoire qu'un instant propice vient ranimer. D'autres bruits inquiétants n'en finiront jamais de se tarir, et hantent ma mémoire comme des fantômes ; ainsi, les cris angoissés du king kong à son sommet secouant une femme blonde, à moins qu'il ne s'agisse des hurlements de cette captive aux abois. Il y aurait tous ces bruits de l'intime, ceux des hauts de Hurlevent, ceux d'A l'Est d'Eden, ceux qui me reviendraient si...

Mais aujourd'hui, les voix se sont tues, les sons sont désarticulés, de brefs va-et-vient sonores esseulés et plaintifs, même ce geste de Gainsbarre brûlant un Pascal ne veut plus rien dire. Les bruits ne sont plus raccordés au corps, ils se délitent, et vident la substance de ceux qui les portaient. Alors il reste le silence, le silence - l'inanité sonore. Mais le silence de ces espaces infinis ne m'effraie plus.

 

Olga

 

Tous les souvenirs disparaîtront.
 
mon enfance vécu au paradis d’insouciance,
une maison verte en bois avec les volets bleus
mon arbre qui m’écoute lorsque je lis et qui me protège
du soleil trop chaud à midi, de la pluie et des regards des autres
je suis chez moi
ma scolarité, de laquelle je fais si peu usage à part les souvenirs de la recréation et des visages
mes amis Lena, Natasha, Sweta, Kolja, Sergei, Igor
des études… pour devenir qui ?
 
la peur, l’angoisse et la trouille
de partir d’arriver et de recommencer
l’air nouveau et libre d’un pays - étranger ou le mien ?
le mariage premier, maison, voiture
je suis chez moi
je retrouve des marques, un parc et un arbre, je me sens protégée et entourée
mes amis Elena, Sascha, Georg
des études… pour devenir qui ?
 
la peur, l’angoisse et la trouille
de devenir maman, d’accompagner,
d’aimer et dire « ich liebe dich »
mon premier garçon, beau, doux et bien vivant
je suis chez moi
il est dans mes bras et je grandit avec lui, j’apprends et je suis fière de lui, de moi,
mes amis Nelly, Jork, Martina, Dirk
des études… pour devenir qui ?
 
la peur, l’angoisse et la trouille
de faire le choix et encore une fois
partir, arriver et recommencer
encore une langue et une culture, une richesse et une ouverture
je suis chez moi
je prends du temps avant mon envol, mais elles sont toujours là
mes amies Christine, Ida, Tereza, Lenotchka
des études… pour devenir qui ?
 
la peur, l’angoisse et la trouille
de faire le choix et pour la première fois - le divorce...
un nouveau pas, un départ, une liberté
encore une expérience, chance
je suis chez moi
c’est facile et je m’amuse, je découvre la vie
mes amis Alecia, Corine
des études… pour devenir qui ?
 
la peur, l’angoisse et la trouille
le mariage deuxième, maison, voiture
un grand jardin et les fleurs de toutes les couleurs
mais la peur de recommencer et de me tromper
je suis chez moi
je suis pleine d’espoir et je construis
mes amies Annette, Frauke, Isabelle
des études… pour devenir qui ?
 
la peur, l’angoisse et la trouille
je quitte encore une fois, je me sens si bas
je doute de moi, je n’ai pas « chez moi »
je vis la solitude, je me sens perdue, mais je me redresse, je réapprends la confiance
je suis chez moi
je prends du temps avant mon envol, et, elles sont toujours là
mes amies Marie, Rimma
des études… pour devenir qui ?
 
la peur, l’angoisse et la trouille
jamais deux sans trois
une rencontre, une alliance, un mariage sous la lune
amour et explosion, doute et certitude
je suis chez moi
je ne me pose pas de questions, j’ai envie de vivre
mes amis Delphine, Véronique, Eric, Thierry
des études… pour devenir qui ?
 
la peur, l’angoisse et la trouille
de devenir maman encore une fois, d’accompagner,
d’aimer et dire cette fois « ja tebja ljublju »
je suis si loin et si proche, je revisite mon passé
je suis chez moi
j’ai envie d’être loin parfois, mais je suis là, je reste
mes amis Cristian, Gérard, Christine, Guy, Adeline
des études… pour devenir qui ?
celle qui(e) je suis !?
 
Mais aujourd’hui,
je n’ai plus envie de peur – j’aime
je n’ai plus envie d’apprendre – j’enseigne
je n’ai plus envie de lire – j’écris
je n’ai plus envie de voir personne – je médite
mes enfants - toujours là
Je suis chez moi.
Celle qui(e)  je suis !

 

Christophe

 

Je me souviens de ma première lecture du Démon

De mon quartier, barres d’immeubles dressés autour d’un square poussiéreux et bruyant

Et de cette bouffée d’air enveloppante dès ma descente de l’avion et des couleurs chatoyantes et des odeurs épicés

D’un ciel sans nuage où filent un essaim d’oiseaux à perte de vue

De tes yeux qui scintillent à la lumière du jour

De montées de lait, lait offert au bébé affamé

Je me souviens de l’extrême droite au second tour

Que les oiseaux d’Hitchcock mon profondément troublé

 

Le texte :

 

Je me souviens, assis sur mon lit d’étudiant, de ma première lecture du Démon dans mon quartier aux barres d’immeubles dressés autour d’un square poussiéreux et bruyant.

Je me souviens de mon envie de m’évader, de quitter la tristesse et partir loin de ce béton.

Je me souviens de ce désire de voyages extraordinaires et de la sensation procurée par la bouffée d’air enveloppante dès ma descente de l’avion et des couleurs chatoyantes et des odeurs épicés.

Je me souviens d’une soirée tranquille, d’un ciel sans nuage où filent un essaim d’oiseaux à perte de vue, de ta présence et de tes yeux qui scintillent à la lumière du jour.

Je me souviens de cette nuit d’amour unique, de ton ventre rond, de ton rire libéré, de la naissance de notre fils, des premières nuits passées ensemble et des montées de lait, lait offert au bébé affamées.

Je me souviens avoir été heureux, avoir eu peur pour toi, pour lui, pour son avenir en voyant l’extrême droite au second tour.

Je me souviens aussi de moi regardant la TV durant ses longues siestes et que les oiseaux d’Hitchcock mon profondément troublé.

Mais aujourd’hui, je n’ai plus peur… 

de ma cité grisâtre aujourd’hui peinte en rose,

 de ne plus jamais voir tes yeux scintillés que je rencontre chaque matin,

 du devenir de notre fils que je vois chaque jour plus grand et plus fort,

de passer trop de temps devant la TV car nous n’en avons plus,

d’être pris par le démon car mon amour pour toi m’en protège.

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Published by atelier d'écriture Labège - dans Productions 2010
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