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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 15:32

 Christian

 

 VARIATION EN JE

 

« L’o … po … po … max, c’est quoi ça ? » Je lui arrache la feuille des mains. « C’est pour mon atelier d’écriture, ce soir … » Je voulais imprimer les textes discrètement sur la laser du premier … c’est raté « Ah ! Encore un truc d’intellos … m’étonne pas » Je file dans mon bureau … je dois lire tout ça et je rentre dans l’eau froide. Je glisse un œil dans le premier texte … c’est fini, je suis dedans.

Maintenant les idées s’entrechoquent « qu’est-ce qu’il veut nous faire voir ? » … tiens, j’en profite pour aller voir sur Wikipedia qui est Monique Wittig : ce soir je pourrai jouer celui qui sait.

Je suis chez moi. Je continue à lire les textes tout en essayant de retenir la viande hachée dans la tortilla. J’ai bien peur que ce soir encore mon appareil digestif trouble les instants de silence. Moins quatre, je suis en retard.

J’aime le premier instant, la redécouverte, l’attente aussi. Et même l’appréhension. Mon texte, ma pelote de laine. Je sais que si j’attrape le bout du bout je n’aurais plus qu’à tout dérouler … Tiens, y’a un nœud. Je vis deux mondes : celui de ma feuille de papier et celui de … j’ai envie de citer chaque prénom. Je veux continuer à dérouler ma pelote et je voudrais capter chacun d’entre eux.

C’est l’heure et j’ai le tournis. J’enfile mon imper comme un automate. D’une image à l’autre, je ne vois plus rien de la salle. Il paraît qu’il fait froid. Non, ma voiture est par là. Tiens, je suis déjà chez moi.

J’ai repris le stylo, ce texte je le tiens, ce n’est pas possible d’attendre demain. Et puis je le relis à haute voix. Y’a pas de honte à se prendre pour Flaubert. Non, c’est nul. Non, c’est bon.

Oui, je ne suis plus là.

 

 VARIATION EN IL OU ELLE

 

Elle est toute en longueur. Quand elle arrive, on dirait un serpent qui se déploie de son œuf. Elle s’étale comme une hydre et sans le moindre bruit, ouvre son ordinateur, dépose son chapeau, s’assied en repliant ses jambes et d’un regard circulaire, hypnotise toute la salle.

Un vent de Sibérie l’entoure, et tout d’un coup … sa voix … lentement, d’un accent accrocheur … un peu comme la flute dans la danse macabre.

Et, pareille à un personnage de Tim Burton, elle parle voluptueusement d’acide et de mort.

 

 VARIATION EN ON

Alors ? On fait quoi ? … Ben, on est là pour écrire et on va s’y mettre. Tout de suite … bientôt … On prend le stylo, on sussotte le capuchon, on corne le coin de la page … Et on écrit les premiers mots : « Ce … matin … » On pense au lapin qui a tué le chasseur … On vient à bout de la première phrase et on ne peut plus s’arrêter. On dirait un orchestre d’instruments silencieux et tous en cadence. On plonge, on ressort, on respecte la consigne, on épie son voisin, on … mais surtout, on n’est pas là pour se faire engueuler...

 

  Renaud 

 

VARIATION EN JE

J-3 Je clique sur le favori « dirlici ». Je découvre le sujet du prochain atelier d'écriture. Ouah ! Super ! R. nous a mis les références et le sujet. Comme d'hab je n'y comprends rien. Comme d'hab je me promets de lire les textes et les ouvrages. Plus que trois jours pour lire « à la recherche du temps perdu » : pas de problème. 

J0 H + 5 minutes. Aujourd'hui je n'ai pas trop de retard. Super. Je retrouve les acolytes. Super. Bisous. Poignées de mains. Discussions. R. prend la main. Dit les consignes. Redit les consignes. Re redit les consignes. Punaise, ça va pas être du gâteau. Silence général. C'est parti. Ouf, ce soir n'est pas un soir de blocage. J'arrive à gratter mon papier. Les consignes sont moins bloquantes que je ne le pensai. Certaines d'entre elles, comme d'hab, titillent l'imagination. Je jette une longue phrase à rallonge sur le papier. Super. Je relis. Zut. C'est moche. Je gomme et je recolle des bouts de phrases comme je peux. J'entends le bruit des crayons et stylos de mes acolytes de plus en plus en plus fort. Zut, chacun semble super inspiré. Stop. R. nous arrête. Déjà. J'essaye de finir ma phrase, voire mon texte. Je lis ma production, comme chacun. Je suis plutôt fier, sans être, quand même, sûr de moi à 100 %. J'écoute les autres. Discussions. Rires. Rebisous. Re poignées de mains. A la prochaine. 

J+1 Je relis mon texte : comme à chaque fois (ou presque) mon texte est incompréhensible. Je ne peux pas l'envoyer comme ça à R. 

J+3 (ou + 4 ou + 7 ou ...) : voilà c'est ce soir que je reprends mon texte ; je suis prêt ; je me lance ; le plaisir d'écrire est là ...voilà le texte est fini, je le lance dans le tube vers R. 

 

VARIATION EN IL OU ELLE

 

Elle m'estampe ! Elle écoute la consigne sans en donner l'impression. Elle fait rire l'assistance par une de ses anecdotes et a noirci déjà une demi-page quand je finis péniblement ma première ligne. Elle m'énerve ! Elle ne relit même pas la consigne alors que je n'arrête pas de  parcourir pour trouver l'inspiration. Elle est maintenant en train de corriger son texte. Il me reste encore presque la moitié du texte à écrire (une des consignes de ce soir concerne la longueur du texte). Elle interpelle maintenant l'animateur avec humour pour faire respecter la consigne de durée. Chouette, elle vient de me donner l'inspiration pour atteindre dans les délais, la durée du texte. La petite touche finale. C'est ça, le travail de l'atelier d'écriture : un travail individuel, solitaire, difficile, ingrat même mais magnifié par l'apport de l'autre, par le collectif des auteurs en herbe que nous sommes. Elle est vraiment trop forte. 

 

VARIATION EN ON

 

On n'est pas là pour se bouffer le nez. On est là pour créer. Créer quoi ? Des textes « littéraires ». Bigre ... et comment ? Simple. On a un gars, sympa, qui bosse pour nous. Ça s'appelle un animateur d'atelier d'écriture. Il nous prépare les consignes qu'il nous met sur le site et qu'il nous explique en début de séance. On l'écoute plus ou moins attentivement. Même si on n'a pas tout saisi, on se lance. On produit alors les textes. Puis on se les lit, en rigolant plus ou moins. Souvent on les travaille après coup, puis on les envoie à notre gars sympa et basta. C'est fini. Pas plus compliqué que ça. 

  

 Cécile  

 

 VARIATION EN JE


19h45. Fin de mon cours de gym. Plus que quinze minutes avant le début de l'atelier. Une minute trente pour récupérer ma bouteille, mon manteau, trouver mes clés au fond de ma poche, oui mais quelle poche, courir vers ma voiture. Trois minutes pour remonter, une minute de plus si le feu est rouge. Sauter sous la douche, cinq minutes pour me laver se sécher m'habiller, fissa fissa. Vite enfiler mes chaussures, engloutir un bout de fromage attrapé au passage, et hop....
Dix minutes de retard ! Et zut, encore raté. Mais mes neurones sont échauffées par ces récentes poussées d'adrénaline, alors je sens que ce soir, l'inspiration, c'est pour moi. Non mais. Allez, qui dois-je imiter aujourd'hui ? Mc Carthy, Céline, Perec, Mishima ? Rien ne me fait peur. Les maîtres, nous, on les maîtrise.
Pif paf, je pique une feuille, un stylo, m'imprègne des consignes, je lève le nez, ferme les yeux, et sens comme une chaleur m'envahir. Même, une illumination. Mes amis, si vous n'avez jamais pratiqué l'exercice d'écriture sous la contrainte, vous ne pouvez pas comprendre.

C'est simple : je sais tout, je vois tout, je peux tout, j'écris tout ! Les mots fusent dans mon cerveau ma main court sur le papier, le silence qui règne parmi mes camarades est source de volupté, nous nous élevons au-dessus de notre condition humaine, chaque esprit voyage dans des imaginaires cosmiques, des univers inter-galactiques, dans l'infini de la pensée !

Ah, quels instants magiques... Je me délecte de cette construction littéraire toujours nouvelle, et à chaque fois, je me surprends moi-même. Quelle imagination. Quelle aisance... Quelle virtuosité ! Quelle intelligence du langage ! Et quel humour, ah !

Puis, c'est la phase de lecture à haute voix de nos productions, le tour de table final. Nous nous précipitons pour lire nos textes, car chacun est impatient de partager son œuvre. Mais je prends patience, et je porte une oreille admirative à ce que mes camarades ont eux-même écrit. Comment ont-ils pu penser, imaginer tout cela ? Je suis espantée.

Mon tour venu, je m'éclaircis la gorge pour déclamer mes mots... qui me paraissent tout à coup moins virevoltants... hum, beaucoup moins intelligents... cette liaison n'est pas fluide... cette réflexion est déplacée... cette tirade est débile ! Mama mia, mais qu'ai-je écrit là ? Hélas, encore un autre texte bon pour la poubelle...


TEXTE EN IL OU ELLE


J-3. Il reçoit le mail annonciateur de consignes de R.
Illico, il imprime, lit, retient, et comprend chaque subtilité. Les textes référence, il les connaît déjà tous. Mieux, il les a dans sa bibliothèque et pourrait presque les réciter et pourquoi pas en faire une analyse textuelle et philosophique.
H -1 : Il relit les consignes, encore. Il a déjà des idées en pagaille, un plan, un style, une syntaxe originale, des personnages, une histoire, une chute !
19:59 - Il se gare sur le parking de la médiathèque. Crrrr, frein à main.
20:00 - Il pousse la porte et s'installe sur sa chaise. Le dos droit. Tout le monde est en retard. Mais il ne râle pas. Car c'est un gentleman.
20:30 - Il écrit, quand R. le lui dit.
20:45 - Il a fini son texte. Pas une rature, pas une feuille froissée. Son plan, il l'avait, il l'a suivi. Son écriture est impeccable, son respect des consignes incroyable. Il a su utiliser les exemples données par R. pour changer son style d'écriture. Parfois c'est une réelle métamorphose du genre qu'il réussit. Une œuvre d'art. Il ne grimace pas quand le sérieux de l'assemblée est au plus bas. Il reste imperturbable, concentré, prêt à enchaîner sur la deuxième partie de l'atelier, prêt à écrire un roman pourquoi pas.
22:30 - Papiers rangés, style plume fermé, il s'en va, tranquillement, sans un bruit, son texte très abouti, impatient d'être au prochain atelier.

Mais qui est ce bougre d'énergumène ? Le participant idéal de R. ? Ou une pure invention littéraire ?


TEXTE EN ON


On l'a voulu cet atelier, et on l'a eu. Alors maintenant, il faut se mouiller, se lancer, oublier nos "je" et penser à l'écriture. Se servir de la force du groupe, des idées de chacun, les faire germer dans cette cervelle du "on". Pas facile ! Mais on va y arriver.
On a déjà brillamment vaincu des consignes autrement plus ardues que celle-ci, comme par exemple : "réinventez l'écriture spontanée de Haïkus sur le thème du trolley ovarien conjugué à l'autobiofiction de la métamorphose du type nouvelle poulpeuse pour illustrer le texte intense".
Alors là, écrire trois textes de longueur différente pour raconter notre vision et vie à l'atelier, on vous le dit tous en choeur : "du gâteau" §

 

 

  Bérengère 

 

 

VARIATION EN JE

 

Il fait froid, la nuit est depuis longtemps tombée et pourtant la journée n’est pas terminée…. Déjà 19h30 ! Rentrer à toute vitesse en respectant le code de la route me semble une véritable gageure. Est – ce que mes feux de signalisation fonctionnent correctement car la lumière me semble bien vacillante ? Pourquoi tout ce monde sur la route ? Evidemment, le feu passe au rouge ! Enfin, Castanet Tolosan à l’horizon ! Le petit parking me tend les bras, je me jette sur la place toute riquiqui qu’ont bien voulu me laisser les autres usagers … Misère, le créneau s’impose ! Courage ! Après 8 manœuvres, la perte de 2 litres de sueur, je cours vers la porte d’entrée… « Comment pas encore passés sous la douche, vous le faites exprès ! Vous savez que je vais à l’Atelier ce jeudi ! ». Tant pis, un coup d’œil rapide dans le frigo. Pas très glorieux ! « Ce sera des restes, ce soir ». Et, j’improvise un pique nique que je ne savourerai que par la pensée car il est 20h05 : ce qui signifie que je suis en retard, pour ne pas changer !

Me voilà de retour dans mon congélateur, lapsus : ma voiture, dont le chauffage ne se remet à fonctionner qu’à partir du printemps. Je ressemble à mon arrière grand – mère conduisant son antique Torpédo, toute emmitouflée avec mes gants, mon écharpe triple épaisseur et surtout mon poncho me servant de couverture de survie pour éviter que l’air frais ne transforme mes mollets en congères. L’envie d’écrire par une température en dessous de zéro, il faudra que je me creuse la tête pour la retrouver. Ma seule envie, c’est tout simple : me retrouver sommeillant sous ma couette au duvet à l’épaisseur XXL avec un thé bien chaud à la bergamote dans une main et un bon roman dans l’autre…

Mais voilà la Médiathèque qui se profile devant mes yeux. Evidemment, ils sont tous arrivés à l’heure, eux ! Bon, alors, petit débriefing pour se rattraper avant d’entrer dans la fosse aux lions. Oui mais voilà, je n’ai fait que survoler le sujet comme d’habitude ! De toute façon, R. aime bien la difficulté et adore tout particulièrement nous expliquer en long et en large en quoi elle consiste. Alors, pas de regrets, je vais lui laisser ce plaisir…. « Bonsoir, désolée d’être en  retard…… ».

 

VARIATION EN IL

 

R. est déjà en grande conversation… Il présente le thème de ce soir : bien alambiqué comme il les aime…. Au milieu d’une cacophonie de bruissement  de photocopies, il laisse ses consignes faire leur chemin dans notre esprit et s’empresse de distribuer la documentation. Comme d’habitude, il s’est trompé, soit, il en manque, soit, il y en a beaucoup trop, ce n’est pas grave : c’est pour la Mairie ! A sa décharge, de toute façon, il est vrai que le nombre de participants à l’atelier est inconstant. Mais le principal n’est –il pas que notre production demeure constante. Ce qui n’est pas une chose aisée vu ses choix thématiques ! J’espère qu’ils sont en rapport avec le diplôme universitaire qu’il passe, sinon, son cas me semble bien désespéré et je lui laisse volontiers sa bibliothèque.

De quels auteurs allons- nous nous inspirer ce soir ? Imperturbable, tout à son élan créatif, il n’a pas remarqué que quelque uns d’entre nous ont la tête ailleurs…. N’avait-il pas parlé d’une surprise à l’occasion de ce dernier atelier de décembre : des petits chocolats peut-être…mais rien ne vient…allons bon, il ne nous aurait pas mené en bateau le bougre ! Ravalons notre salive, il ne perd rien pour attendre : l’atelier dure au moins 2 bonnes heures !

Ses yeux pétillent de malice en nous énumérant les pièges du sujet, fier de ses trouvailles littéraires. Il faut reconnaître qu’il sait nous intéresser. Cet atelier d’écriture porte sa marque : grande ouverture d’esprit, écoute mutuelle et éternelle bonne humeur. Après un immense moment de solitude, chacun se lance…. Essaie de se dépasser… un pur moment créatif, un pur moment récréatif. Malgré les difficultés littéraires, la réalité fait place à une grande intériorité, une immersion au sein de notre conscience du monde et de notre ressenti. Pas de honte, pas de gêne à la lecture à haute voix, qui demeure cependant un temps de haute voltige. L’écoute des uns et des autres estompe nos différences et celles – ci, au contraire, sont les bienvenues et nous enrichissent en tant que pierres angulaires au fondement de cette aventure scripturale. Merci R.

 

VARIATION EN ON

 

L’instant T , on y est… Loin de l’angoisse de la page blanche, l’idée de noircir des feuilles de papier ne nous a pas effrayés, loin de là. On se torture les méninges, on cogite…. On se laisse emporter par l’impression d’avoir compris le sujet, l’envie de s’exprimer sur un thème qui jusque là nous semblait difficilement abordable. Un  monde étranger étonnement proche cependant, fait de souvenirs de lectures,  de réminiscences d’expériences vécues… Et, on se jette à l’eau ! La Médiathèque résonne soudain d’un profond silence que seul le grattement énergique de plume de certains ou occasionnel d’autres semble interrompre. On se concentre, on sort de son quotidien pour entrer timidement dans le bestiaire magique d’un vrai écrivain… Soudain, on ne contrôle plus rien, les mots se bousculent et prennent vie bien malgré nous. Un torrent de pensées bouscule notre esprit, son débit est si puissant que nous peinons à tout retranscrire. L’urgence se fait ressentir. Disparaissent les dernières inhibitions… On s’enfonce de plus en plus profondément en terre inconnue. Le plaisir de jouer avec la langue française est démultiplié… On s’approprie les rimes, les syntaxes, la prose d’autrui, on invente un nouveau sens au réel… Et, de même, la réalité quitte son manteau d’unicité pour devenir le miroir de chaque sensibilité… L’intersubjectivité faisant écho à notre imaginaire devient un cheminement intérieur vers notre vérité intrinsèque… Je Suis. On Est. Libéré ( s) de toute contingence. Plus de contrainte, que le besoin qui nous a réuni et  l’énergie que nous déployons pour lui faire prendre forme, le faire éclore. L’atelier d’écriture devient Maïeutique…

On en sort fourbu mais repu. Le monstre à plusieurs cerveaux a donné naissance à un groupe qui inter réagit, qui s’enrichit du savoir de tous et peut légitimement prendre sa place, sans honte ni orgueil mal placé au sein de la communauté des aventuriers et amoureux de  l’écriture.

 

 

  

 

 

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Published by atelier d'écriture Labège - dans Productions 2010
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