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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 13:44

Haïkus de rêves

 

Durant cet atelier, nous allons travailler à partir des rêves que vous aurez notés préalablement. Notre but sera de réduire ces notations à des haïkus.

 

Forme poétique courte, le haïku se compose de trois phrases de 5, 7, 5 syllabes (en français), soit une seule ligne en japonais. Il ne comporte pas de rimes. A travers un haïku, le poète ne cherche pas à exprimer, ni à émouvoir, ni à décrire et encore moi à commenter. Il s’agit juste, selon Basho, maître du genre au XVIIe, de « dire simplement ce qui arrive en tel lieu, a tel moment », de saisir l’éphémère d’un instant. Le haïku est un instantanée de petites choses vues ou vécues, de celles que l’on ne remarque pas, banales, voire communes. Il est léger, empreint de délicatesse et produit un effet d’enchantement ou bien de comique. Il met en évidence un détail qui résume le tout et lui donne de la profondeur. Il doit pouvoir être lu en une seule respiration. La syntaxe en est simple, parfois distordue, provoquant un effet d’étrangeté, de singularité, de résonance intérieure… L’emploi d’articles - inexistants en japonais - doit être limité, tout comme l’emploi de verbe, les métaphores, les qualificatifs, les adverbes.

 

Le haïku décrit indifféremment une, deux ou trois images disposées dans un ordre choisi selon l’effet escompté.  Soit :

- Deux ou trois tableaux « parallèles » qui se complètent et se renforcent mutuellement

- Deux images mises en comparaison  par l’ajout d’une troisième

- Deux images qui s’opposent à la lecture de la troisième

- Deux images juxtaposées mais réunies par la troisième.

 

Selon Roland Barthes, « Le haïku s’enroule sur lui-même, le sillage du signe qui semble avoir été tracé s’efface : rien n’a été acquis, la pierre du mot a été jetée pour rien : ni vagues, ni coulée de sens. »

 

   Choix de haïkus  

 

L’éclair

Déchirant la nuit

Le cri du héron

Basho

 

Petit trou dans la neige

J’ai pissé

Devant la porte

Issa

 

Cette limonade

sans bulles –

Voilà ma vie

Sumitaku Kenshin

Dans le givre du matin

Les chats

Avancent lentement

Jack Kerouac

 

 

La méthode

 

En préliminaire, lecture d’un choix de haïkus à haute voix.


   Première phase de l'atelier   

Avant de produire des haïkus à partir des notations de nos rêves personnels, nous allons nous exercer à partir de textes que j’aurai fournis (chansons et poèmes).

La méthode que je propose : repérer dans le texte le mot-saison Kigo (voir ci-dessous pour définition) – nous pourrions dire un mot-charnière ; ensuite, précéder par retranchements pour ne garder que ce qui paraît nécessaire à l’écriture du haïku.

 

Exemples

 

Pendant la nuit, de Pierre Reverdy, in Sources du vent

 

L’horizon est plein de lampes

Théâtre clair

la danse

l’étoile au bout du fil

le poids trop lourd

Le long de la route l’orage court

On sort

On dort

La peur glisse dans le décor

La nuit pousse un soupir et meurt

Contre la glace au fond du lit

La lune me regarde et rit

Le ciel noir devient plus petit

Les ailes frôlent sur le toit

Le vent s’est arrêté plus bas

On n’a cependant rien fait

On n’a rien dit

Les rideaux sont refermés

Les paupières défont leurs plis

Et voilà l’abeille du sommeil

Au bout de l’ombrelle

 

Haïku tiré de ce poème

 

Horizon trop noir

La lune soupire et meurt

J'ai peur du sommeil

 

Rêves, d’André Breton, in Clair de terre

 

 Je passe le soir dans une rue déserte du quartier des Grands-Augustins quand mon attention est arrêtée par un écriteau au-dessus de la porte d’une maison. Cet écriteau c’est : «ABRI » OU « A LOUER », en tout cas quelque chose qui n’a plus cours. Intrigué j’entre et je m’enfonce dans un couloir extrêmement sombre.

 Un personnage, qui fait dans la suite du rêve figure de génie, vient à ma rencontre et me guide à travers un escalier que nous descendons tous deux et qui est très long.

Ce personnage, je l’ai déjà vu. C’est un homme qui s’est occupé autrefois de me trouver une situation.

 Aux murs de l’escalier je remarque un certain nombre de reliefs bizarres, que je suis amené à examiner de près, mon guide ne m’adressant pas la parole.

 Il s’agit de moulages en plâtre, plus exactement: de moulages de moustaches considérablement grossies.

 Voici, entre autres, les moustaches de Baudelaire, de Germain Nouveau et de Barbey d’Aurevilly. Le génie me quitte sur la dernière marche et je me trouve dans une sorte de vaste hall divisé en trois parties.

Dans la première salle, de beaucoup la plus petite, où pénètre seulement le jour d’un soupirail incompréhensible, un jeune homme est assis à une table et compose des poèmes. Tout autour de lui, sur la table et par terre, sont répandus à profusion des manuscrits extrêmement sales. Ce jeune homme ne m’est pas inconnu, c’est M. Georges Gabory.

La pièce voisine, elle aussi plus que sommairement meublée, est un peu mieux éclairée, quoique d’une façon tout à fait insuffisante.

Dans la même attitude que le premier personnage, mais m’inspirant, par contre, une sympathie réelle, je distingue M. Pierre Reverdy. Ni l’un ni l’autre n’a paru me voir, et c’est seulement après m’être arrêté tristement derrière eux que je pénètre dans la troisième pièce. Celle-ci est de beaucoup la plus grande, et les objets s’y trouvent un peu mieux en valeur : un fauteuil inoccupé devant la table parait m’être destiné ; je prends place devant le papier immaculé. J’obéis à la suggestion et me mets en devoir de composer des poèmes. Mais, tout en m’abandonnant à la spontanéité la plus grande, je n’arrive à écrire sur le premier feuillet que ces mots : La lumière…

Celui-ci aussitôt déchiré, sur le second feuillet : La lumière… et sur le troisième feuillet : La lumière…

 

Haïku produit à partir de ce texte

 

Dans une salle sombre

Papier immaculé sur la table

Et ce mot écrit : Lumière

 

   Deuxième phase de l'atelier  

 

Chacun aura choisi un des rêves qu’il a notés. Il le lira à haute voix.

Ensuite, procéder de la même façon que précédemment, par retranchement, pour reduire ce texte à un haïku.

Lecture à haute voix du poème produit.

 

   Textes de référence  

 

Préface au Livre des rêves de Jack Kerouac

 

Ce livre n’est qu’une collection de rêves hâtivement transcrits à mon réveil - tous ont été écrits spontanément, d’une seule coulée, comme dans les rêves, parfois avant même d’être tout à fait réveillé - les personnages que j’ai décrits dans mes romans réapparaissent dans ces rêves, en d’étranges situations oniriques et ils se prolongent indéfiniment dans mes récits. Les héros de « Sur la route », « les Souterrains », etc., sont ici de retour et vivent des aventures encore plus singulières, car l’imagination ne désarme jamais, l’esprit vibre, la lune se couche, et tout le monde se cache la tête sous les oreillers avec un bonnet de nuit.

C’est bien car chacun de nous rêve, la nuit, et cela crée une solidarité humaine, voire tacite et cela prouve aussi que le monde est réellement transcendant, ce que les communistes refusent d’admettre car ils croient que leurs rêves sont des « irréalités » et non des visions tirées de leur sommeil.

Je dédie donc ce livre de rêves aux roses de ceux qui vont naître.

 

Sur le haïku

 

Basho, l’un des maîtres du genre, a fixé des règles strictes et précises pour la composition du haïku : le rythme 5-7-5, les kiréji (mots de césure qui, en japonais, ponctuent chaque groupe de syllabes comme un arrêt sur image, la présence indispensable du mot-saison (kigo). On lui doit aussi la définition des principes qui ont gouverné le haïku tout au long de son histoire : sincérité, légèreté, objectivité, tendresse à l’endroit des créatures vivantes, mais aussi simplicité, sérénité, solitude, et beauté dépouillée en accord avec la nature, et enfin – élément primordial qui sous-tend toute la philosophie du genre – juste équilibre en le principe d’éternité et l’irruption d’une événement éphémère ou trivial.

 

Floraison spontanée d’une évidence, le haïku se découpe d’ordinaire sur la toile de fond d’un  mot-saison (kigo). Ce mot-clé marque l’importance que les Japonais accordent aux circonstance, toujours uniques, dues à un lien prédestiné qui unir les êtres et les choses. […] Le haïku s’offre toujours comme une salutation (aisatsu), un hommage au moment présent.

En contrepoint à l’émotion fugitive du haïku, le kigo marque le durable de l’univers. On compte ainsi […] quelques milliers d’expressions ou mots-saisons, à partir desquels les haïkistes façonnent leurs poèmes. Ces recueils, ces glossaires répertorient tout les mots exprimant l’essence – le « parfum » - de la saison et les classent selon plusieurs catégories évocatrices : les moments de la saison, les phénomènes du ciel, le paysage, les activités humaines, la faune et la flore.

Volonté d’ordonnancement du monde, souci d’exactitude esthétique, qui apparaissent comme une constante spécifique, intime du génie japonais. Comme s’il fallait un moment précis pour chaque chose, chaque geste, pour chaque pensée. Pour aiguiser la sensation, affiner le regard, ajuster la perception.

 

Extrait de Anthologie du poème court japonais,

par Corinne Atlan et Zéno Bianu,

Poésies / Gallimard

 

 

 

 

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 16:49

Le corps…

…théâtre d’une expérience  intérieure

…écrit, décrit, décrié

…métamorphosé

 

 

Etape 1

 

Compléter le texte de Bernard Noël en remplissant les blancs par des mots ou expressions, correspondant à des mots supprimés du texte d’origine. Ces mots désignent soit une partie du corps humain (main, gorge… , un organe), soit un composant anatomique (chair, muscle, os…) , soit un liquide physiologique (sang, lymphe… )

 

Etape 2

Chaque mot ou expression choisi fait l’objet d’un court texte de 5 lignes  maximum pour décrire ou développer ce mot ou cette expression – cela en ayant pour référence Raymond Federman. Le texte sera non seulement descriptif, mais il fera allusion à une histoire (familiale, personnelle…) liée à ce mot. Par exemple, dans le texte de Federman Mon nez, il est fait allusion au nez juif (Un nez juif, c’est une tragédie), ainsi qu’à une blessure qui lui aurait tordu le nez...

 

Se servir de ces descriptions pour transformer le texte précédent (par ajouts ou retranchements) de façon à en faire le début d’un cauchemar.

 

Etape 3

 

Ecrire la suite du texte en partant de cette première phrase de la Métamorphose : Le matin, au sortir de ce rêve agité, je m’éveillai transformé dans mon lit en…

 

Dans le texte de Kafka, le personnage est transformé en un insecte. A vous de choisir, en fonction de ce qu’inspire le texte de l’étape 2, quelle est votre transformation animale, et en quoi ce caractère animal correspond à un état psychologique, mental, à une situation. Il conviendrait de se documenter sur l'animal choisi (son comportement, son milieu...)

 

Finaliser le texte en travaillant sa cohérence.

 

Textes de référence

 

Situation lyrique du corps naturel de Bernard Noël : version utilisée pour l'atelier ; version complète.

Mon nez, in Mon corps en  neuf parties de Raymond Federman

La métamorphose (extrait) de Franz Kafka

Truisme de Marie Darrieussecq

 

Documentation

 

Ethologie, présentation issue de Wikipédia

Le corps dans l’œuvre, dossier du Centre Georges Pompidou

Le devenir animal – Gilles Deleuze

Présentation de La Métamorphose

Présentation de Truisme

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 22:24

Texte de Corinne B

Le trille de l’électron libre 

 Courrier.
Il était las, là, laminé en découvrant ses origines, languissant d’en savoir plus. Il fallait maintenant lâcher prise, perdre l’habitude de tout contrôler. Cette photo de lui à 2 ans, prise dans une ladrerie, un lagotriche accroché sur l’épaule près d’un lac, l’interpellait. Quel était l’abbé sur cette vieille image sépia qui l’entraina, lui sans label dans sa tour de Babel, dans le sillage de sa vie offerte, de labeur. De sa mémoire labile, il comblait grâce à cette lettre,  à l’écriture tremblante, un coin de sa vie : il le découvrit en larmes dans les laiterons, le transporta dans un berceau de feuilles de labiées et de lames de feuilles de palétuviers tressées. Dans cette missive, un peu plus loin, il lut qu’un soir de fête, on le surprit lampant l’eau du lagon comme le font les bêtes, et aussi à la lueur d’un lampion tendant de la lavande à un lapin. Il préférait les larcins au latin. Se jetait dans l’eau des lavoirs pour faire crier les lavandières. Tantôt lauréat, tantôt lascar, mi larron aux landes mi sérieux aux lettres… Il avait appris à lire dans le grand Livre et récitait par cœur certains passages d’épîtres. Ce temps latent ne lui appartenait pas. Cet enfant ne le concerne pas.

 Un gosse, comme un autre, dans un monde compatissant sans tendresse. Un faire valoir pour cet homme de « Dieu ». Qu’a-t-il fait pour retrouver ses parents ? Petit enfant blanc aux yeux clairs dans cette Afrique si brune, il ne devait pas être si difficile de mener l’enquête.

« Mais non, le brave homme m’a élevé, dans son ombre de dévotion. Puis à l’occasion d’une maladie, m’a généreusement offert à une famille qui après m’avoir adoptée, s’embarqua pour Marseille. Quels sont mes souvenirs d’enfance? des blouses très moches obligatoires (qui me laminaient le cou) à l’école de la cité phocéenne et des railleries sur mon accent trainant, sur mon « père » commissaire et sur mon habitude de me déchausser. Des kermesses monumentales, des pièces de fins d’année et de la chorale de Noël. De cet œil noir interne, qui me brûlait. Toujours. D’avoir été malade et d’avoir subit des prises de sang hebdomadaires pendant un an ». Pensait-il.

Piano, foot, mauvais élève puis ado, il rêvait de devenir une Pop Star. Il avait une revanche à prendre et attendait son tour de mépriser les autres. Il fut bien accueilli dans ce clan proche et solidaire. Il enrageait d’accepter la faveur de leur amour. Sur le mur son regard s’arrêta sur un cadre au milieu duquel trônait cette famille posant devant la tour de Pise. Il ne l’avait jamais dit mais il ne s’était jamais senti des leurs. Sa grande taille et sa couleur de cheveux, dépareillaient. L’œil noir le poussait à haïr, et bien plus ceux qui l’aimaient. L’amour n’existe pas. Il fit sa vie : études, examens réussis, mariage, enfants, dégoût. Félicité n'est que  paresse. L’amour n’existe pas. C’est utopie de l’esprit. Un processus instinctif d’accession à la procréation.  Qu’est-ce une famille ? Espoir n’engendre que regrets.

L’appendice nasal de son individu s’était développé de façon malsaine lui mangeant  le visage. Lui le joli petit garçon, devint un colosse défiguré, ne se supportant plus. Il lui fallait de nouveaux défis. Il chercha l’Eden et partit vivre dans une tribu amazonienne, …OULA-OULALOUA ! …près de la nature, OULA-OULALOUA ! …impressionné par la sagesse des chamans, non érudits mais si savants. Ici, il a le sentiment de n’être rien, ou si peu de choses. La mort s’apprivoise. Il l’appréhende de plus en plus et tend à l’instant ultime. Pourquoi composer avec la grande absence ? Il a le sentiment de dépossession et d’aliénation. La solitude est le creuset de toutes ses émotions. Il voudrait faire abstraction des adultes, de leurs désirs et de leurs caprices. Il cultive l’évènement banal en chose merveilleuse et mystérieuse, puis bascule dans la passion. Pas mystique mais charnelle. Ici il ne se voit pas, son image n’est qu’un reflet, presque une illusion. Disparu, son œil. Enfin un endroit pour s’accepter parmi les autres, pour être en équilibre avec lui-même. Il trouve une pépite dans un torrent, ce qui déclenche chez lui l’irrésistible envie de refaire surface, de revenir à la civilisation.

 Il la tient sa revanche. Frénésie du retour. Tout lui manque. Retrouver la littérature, la philosophie. Pensée intrusive plongeant dans le tableau des Contes Barbares de Paul Gauguin et des êtres qui peuplent son imaginaire. La beauté doit tout au regard.  Sentiment de fuir la mort et de voler vers la vie comme dans « La naissance » de Marc Chagall. Il retrouvait enfin Rimbaud, Deleuze et la reconnaissance. La seule partance est en soi. Il compose, écrit et chante sa douleur tant contenue. L’œil est fixe. Il devient en quelques années la Star musicale rêvée. Il est admiré, poursuivit, écouté, adulé, épié. Il parait dans toute presse mais ne se livre vraiment jamais. Toutes portes lui sont ouvertes, il fréquente les plus grands,  les puissants, mais l’argent lui brule les doigts et les drogues son être. Un soir de trop. Coma, centre de détox, HP et le voilà là, sans revenu, sans énergie, oublié de tous, dans ce HLM de banlieue sordide du monde ouvrier où la promiscuité est la règle. LIronie est l’exquis mépris. Les cris, les odeurs, les petits qui jouent ou pleurent dans l’escalier, les jeunes qui saccagent, ne le touchent pas. Il est absent de sa propre existence. Il s’est épaissi, déplumé ; son aspect ne le perturbe plus. La lettre en main, il plonge dans un douloureux passé qu’un homme avant de mourir lui transmettait. Il avait dû suivre son chemin de loin ; sans juger. Ses yeux rougis cherchent une rémission : les étendues sauvages de pissenlits de Muret sous ses fenêtres lui permettent de souffler. Les dernières lignes l’informent que son père s’était perdu dans le désert et avait succombé à une morsure de serpent et que sa mère adolescente avait accouché, seule, debout au pied d’un arbre totémique. Son grand-père, travaillant pour l’EDF, fut nommé à la Rochelle. Sa famille originelle fut ignorante de cette tragédie. Il lut le nom et le prénom de sa mère : Cécile. Comme sa dernière fille. Au fait où est sa fille ? Où sont ses enfants, sa famille ? Il a trop perdu de temps. A cet instant, il est  celui qui voit.  Il sera présent pour elle et pour lui-même. Il se leva et pour la première fois se sentit léger et libre de sa propre prison. Il prit sa guitare et composa une série de nouvelles chansons dédiées à sa mère avec l’irrésistible envie de se rendre en Charente pour la connaitre.

Un homme qui se trompe  est un homme.

 Texte de Cécile D.

Les cris crispants du curé castrat catapulté à l'accueil de son croquant cul clair ; les quatre coups de cloche claironnant comme au combat, quelle cacophonie catastrophée !

Telle une torpille tremblotante, sa tête tentait une traversée tonique du Très Terrible Ténébreux Tunnel...
Vite, la voilà ! Visiblement victorieuse du violent voyage, elle vociférait, vigoureuse, virulente, Vivante. Ah mais quel vivifiant vagabondage ! pensa le curé, exténué par l'inopinée arrivée nocturne du villageois bébé.

Tap. Cul nu la fessée. Elle pouvait crier aaaah, mais ne couvrait pas les hurlantes poussées de l'ivrogne voisine. Foyer amer.
Va, cours vole vagabonde, Fripouille de Chapardeuse ! Ton école est la rue, je sais.
Le clochard du pont, imperturbable, immuable. Au fil des années, un repère, même, un rassurant copain.
L'immeuble flambant neuf du bout du quartier, témoin clinquant des années qui passent.
A 14 ans, miracle inouï, elle lut Sartre, sa Nausée. Révélation !...Elle décida alors, furieusement, de vivre chaque instant pleinement, égoïstement, vertement.
Badaboum. Ciao Papa, Ciao Maman, Ciao la compagnie. Vlam, elle claqua la porte.

La peur ? Existait pas. Un territoire ? Un livre ouvert. Europe Asie Afrique Amérique, des continents abstraits devenaient réels.
Elle explorait l'infini possible des lignes de fuite. Sur son visage, des signes, hors champ.
A 16 ans, l'expérience du corps informe, disloqué. La furie folle des soirées. Les Aubes étaient navrantes.
"O que ma vie éclate !" pensait-elle. "La lune est atroce le ciel est amer. Que j'aille à la mer !"
Mais chopchip, si la chute est possible, la rédemption l'est aussi. Elle découvrit enfin la camaraderie, la confiance en autrui. Comme un vitrail usé qu'on nettoie, la lumière entra, et elle dépoussiéra son nez, ses yeux, et ses sens aiguisa.
Elle sentit les épis de blé d'orge et de colza. Elle dormit dans des tentes de fortune, elle dompta sa peur de se perdre.
Car qui n'a pas de peur ne connaît pas le reproche.
Elle vécut ainsi des années lumières, harmoniques. Entourée de fééries elle était : ivoire poudres d'or ou encens. Elle expérimentait, beaucoup.
Elle se mit au blues, à l'orgue hammod et à la magie des rythmes vibrants et transportants des percussions.
Tchinglitiboumbatchada.

Puis, sans logique aucune, ce qui était celle de sa vie, elle se trouve fascinée par l'Ethnologie. Mue par le désir d'amour des peuples, elle traversa la jungle tropicale, affronta climat et dangers et bestioles, et s'installa dans une petite tribu d'Amazonie, trésor caché.
Elle vécut à l'heure des singes hurleurs et des piripiri. Le silence est un leurre pour qui a des oreilles. Chuuuuut...
Exaltants moments, petit est le bonheur, grand est le souvenir !
Mais la nature de l'homme est lassante. Encore, la même rengaine : "J'en ai marre, je m'ennuie".
Et comme ça, pfiut, elle partit, encore, reprit ses pérégrinations et son inconnu, et se retrouva au bord de la Vistule.

Telle un fantôme puissant, elle réintégra le monde occidental, fortes de ses superstitions enchantées. Désarmée, oh non elle n'était pas !
Elle battit la mesure, tictactictac, et s'envola trafiquer illicite. Elle engrangea, engrangea... Magie ? Miracle ? Science apprise par une école originale et hors norme ? A 50 ans, elle se trouva fortunée. Bien aiguillée, inspirée, elle s'empara du mystérieux monde de l'informatique.
Que si que si ! Et bien lui en prit : elle n'eût bientôt plus besoin de travailler, chaloumchaloum...

En voilà une qui s'en tira donc à merveille. Oubliés les infects premiers pas, la chute fut un saut fulgurant dans les nuages cotonneux de la sérénité trouvée. Jusqu'à quand ?

 Texte de Bérengère

Voici le vécu d’un vaurien vacciné de la vacuité de sa vie, qui, voluptueusement vautré dans ses vêtements du vendredi, vomit, telle une verrue velue, un visage de lui qu’il voudrait véridique et qui n’est que vaine vanité : le vernis- vitrail tel un voile vespéral, qui, vaille que vaille, veillerait à faire valider des vicissitudes dignes d’un vidéo- clip comme étant le voyage vertueux d’un va -nu-pied valeureux.

« Etre ou ne pas être telle est la question ? ». « Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté doit commencer par leur garantir l’existence ». Foin d’une interruption de grossesse puisque non encore légale. Il était l’ultime soldat d’une armée de vaincus. Rrrrrra ! Fruit d’un amour sans nul pareil et pourtant exprimé de la façon la plus commune possible. Pouah, on naît de peu de choses. On est peu de chose.

« Les défaites de la vie conduisent aux plus grandes victoires ». « Et, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». Sa volonté indéfectible lui apporta le sésame ouvre - toi qui lui permit, de pénétrer l’antre du monde, la caverne de l’espérance. « Dans un voyage, le plus long est d’arriver à la porte ». Toc, toc, il y a quelqu’un ?

Sa lente maturation ne fut qu’une question de patience, de persévérance et de beaucoup de travail. Han, Han, Han : vas- y que je pousse, vas-y que je te pousse ! « Qui veut la fin veut les moyens », « Patience et longueur de temps font plus que rage ni courage ». « Il ne faut cesser de s’enfoncer dans sa nuit, c’est alors que la lumière se fait ». C’est ainsi que l’heure de sa naissance arriva, sans coup férir, en parfaite osmose avec l’horloge biologique de sa mère. Ce qui n’eut pas l’heur de lui faire si plaisir que ça ! Ahhh ! Sortez -le de là !!!!

Mais la vie, vieille prostituée, l’avait trahi avant qu’il n’eut la capacité et le temps de dire ouf ! Un stupide attentat. Pschitttt : à peine le temps de se mettre à marcher. Il bascula dans l’abîme impitoyable des oubliés de l’amour. Ses parents venaient de disparaître. Oups. « Dans le noir, toutes les couleurs s’accordent ». Un merveilleux hasard le mit en présence d’un homme, un géant mélomane, un ogre de tendresse chaussé de bottes de Sept Lieues pour mieux lui faire découvrir la musique, la littérature, la tendresse. La paternité tout comme « la parole exsudante d’amour n’avait pas été donnée au commissaire, il l’avait prise de force » devant ce petit être sans défense qui lui tendait les bras. « Mais un fils est un créancier donné par la nature ».  « Et la bêtise insiste toujours ». Il se jeta donc à corps perdu, pousse - toi de là que je m’y mette, et non à son corps défendant dans tous les plaisirs que lui permettait son adolescence : sport à outrance, filles à gogo. Hay Téquila ! Vaste programme ! Et, mama mia !!! La suite fut prévisible, en un mot inévitable : il rata son bac. Alors, il prit le suivant et s’embarqua pour l’aventure. L’envie lui était venue de s’expatrier : « les voyages forment la jeunesse » et « l’homme absurde est celui qui ne change jamais ».

 La métropole malgré son apparence cosmo polie n’avait pas grand chose d’exaltant ou d’ébouriffant à offrir. Comme pour son cousin pas si lointain, il aurait été plus juste de lui accoler Nord et, surtout, de la doter d’un bonnet, circonflexe bien sûr, Brrrrrr ! Les mentalités étaient  très fermées, coincées : des visages- prisons, des pensées inatteignables, chacun pour soi et tous côte à côte mais jamais ensemble « Homme si tu es quelqu’un, va te promener seul, converse avec toi-même et ne te cache pas dans un chœur ». « Le silence a dit quelqu’un est une vertu qui nous rend agréable à nos semblables ». C’est cela ! Oui… mais à petite dose, toute petite, sinon gare à l’overdose : Paroles, paroles et paroles…. Il était en manque. Sensation d’étouffement. Intense solitude. Alors, départ pour Los Angeles : vroum, vroum et une voiture de police emboutie par ses soins sur le Highway ! Re départ, cette fois,  sous bonne escorte en remorqueur direction le poste de police le plus proche. Etant doté d’un anglais plus qu’approximatif, merci l’école buissonnière, cette expérience fut mémorable. Nul doute qu’il ait été confondu pour un narco trafiquant ou un narco dit l’heure quand il demanda combien de temps durerait sa garde à vue. « Que 10 coupables échappent à la justice, plutôt que souffre un seul innocent ». « Mais expérience n’est –il pas le nom dont les hommes baptisent leurs erreurs «  !

 De retour dans le foyer familial au bord de « la mer, qu’on voit danser le long des golfes clairs a des reflets d’argent, la mer… » , sous la tendre vigilance d’une mamie gâteau, mamie confitures, seul recours possible, l’attaque en force  : Conservatoire, Ecole Boulle, Paris marathon Roller, rien n’échappait à ce boulimique de notes et de médailles : « à la recherche du temps perdu » peut- être ? « On est rarement maître de se faire aimer, on l’est toujours de se faire estimer ».

Surtout, il se mit à mélodiser, à improviser, entremêlant les rythmes, entrelaçant les styles, prit d’une frénésie, une faim inextinguible d’une langue universelle, d’une Babel enfin atteignable, s’exprimant à travers les douces calligraphies et arabesques des portées. « La musique, c’est du bruit qui pense ». C’est l’interpénétration des cultures : européennes, africaines, polynésiennes, canadienne…. Vers l’infini et au-delà…. Enfin, la vie en technicolor et en son stéréophonique !

 Cela n’empêcha pas la venue d’images fugaces, autant de désirs trop longtemps retenus, contenus,  de frustrations jusque là inavouées, autant de coffres à secrets qu’il s’était efforcé d’oublier dans un recoin poussiéreux de son grenier à pensées. « Le temps ne s’occupe pas de réaliser nos espérances ; il fait son œuvre et s’envole ».

 « Au temps suspend ton vol » le supplia-t-il alors en vain. Mais rien n’y faisait, une tristesse l’envahissait au crépuscule, irruption de l’insondable ébranlant les fondations tenues de sa fragile personnalité. Il pensait à ses frères endormis qu’il apercevait alors par la porte laissée entrebaîllée de sa chambre ou peut – être était- ce le léger ronflement de leur respiration régulière qu’il percevait. Quand, soudain, dans un fracas de tous les diables, deux hommes armés faisaient irruption dans la maisonnée assoupie. Tchac, tchac, tchac … Réveil brutal en hurlant.

« Le bonheur n’est jamais immobile ». Ce non - souvenir ne cessait de venir le hanter sans doute parce qu’il avait été amputé d’une partie de ses racines le jour où ses parents avaient disparu et qu’il craignait intensément que la fratrie ne se disperse à tout jamais, telle des semailles rétives sous le souffle impétueux d’Eole.

« C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ». Et, « il y avait loin de la coupe aux lèvres ». Il ne s’agissait pas de prémonitions mais simplement d’une blessure à vif, d’une plaie béante, nourriture fantasmagorique ébranlant sa conscience devenue mamelle gorgée, engorgée, suintante de cette brûlante et purulente sève. Fini l’auto gavage. « L’homme est une plante qui porte des pensées, comme un rosier porte des épines et un pommier des pommes » et quand certaines sont blettes, elles tombent d’elles-mêmes et s’évanouissent dans la terre en pourrissant lentement. Il décida alors de laisser le temps faire son œuvre en s’aidant d’un gri-gri personnel : la vision rassurante de sa grand- mère paternelle arborant fièrement sur sa poitrine une broche figurant un ange, un ange sans g qui chiper sans p des carottes sans a, se plaisait –elle à répéter à qui voulait l’entendre . Les pièces du puzzle se mirent en place, tel un meuble préfabriqué, prédigéré, pré formaté et pré noticé de la fameuse marque Le Hic est Là !  «  Une place pour les rêves, mais les rêves à leur place».

La réalité n’allait pas tarder à le rattraper, le happant dans sa spirale ténébreuse après l’avoir attiré, encensé à l’aide du parfum vicié de tubéreuses. Souffle de linceul. Chronique d’une mort annoncée. Sa meilleure amie tomba malade. Le diagnostique fut sans appel : le Sida. Aids pour les anglo saxons. Terme qui résonna comme une mauvaise plaisanterie ou à défaut témoigna d’une terrible ironie linguistique quand on sait qu’elle se  retrouva au contraire sans soutien. « L’homme est malheureux parce qu’il ne sait pas qu’il est heureux ». Elle fut recueillie par un pasteur, homme de grande foi : «  la foi soulève des montagnes, oui : des montagnes d’absurdités ». Et ils furent les 2 seules personnes qui l’accompagnèrent vers « ce pays inconnu dont nul voyageur ne revient ». Cela le fit mûrir plus sûrement que le nombre d’années qui venaient de s’écouler : tic tac, tic tac, tic tac. « L’expérience instruit plus que le conseil ».

Perte de l’innocence, fin d’un âge d’or où tous les possibles semblaient permis. « Un beau soir, l’avenir s’appelle le passé. C’est alors qu’on se tourne et qu’on voit sa jeunesse ». La maturité l’avait saisi en plein vol, foudroyant toute tentative de nier l’évidence. « La meilleure preuve de la misère de  l’existence est celle qu’on tire de la contemplation de sa magnificence ». Pour se rétablir, il choisit de ne faire qu’un avec la nature qui l’entourait, de retourner à l’essence de son être et de s’enfouir au plus profond de lui – même à la recherche de tout indice, si indicible soit-il, de communion avec la mère-Nature, de retrouver son animalité intrinsèque. Moule vierge engrossé en son sein par un essaim d’idées toutes plus hurluberlues les unes que les autres qu’il lui fallait évacuer ou remiser à leur juste place pour trouver la note ultime répondant à l’oreille absolue de l’Univers. « Ce n’est pas l’esprit qui est dans le corps, c’est l’esprit qui contient le corps et l’enveloppe tout entier ».

Dans un second temps, il décida de diriger sa curiosité vers le monde : «  le meilleur moyen pour apprendre à se connaître c’est de chercher à comprendre autrui ». Il reprit des études, se remit à s’amuser, à jouer, à rire, à jongler, à partager. « Ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui-même ». Et l’amour frappa à sa porte sous l’apparence d’un amant magnifique : Raphaël. Comme « le seul moyen de se débarrasser d’une tentation, c’est d’y céder » : cet éphèbe, qui, par une étrangeté du destin se jouait de tout et de tous, lui devint  essentiel. « Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point ».  Depuis, la joie, les coups de folie ont envahi sa vie. « On ne saurait être sage quand on aime, ni aimer quand on est sage ».Mais pas de zig zag, tout dans la continuelle découverte de l’altérité si différente et pourtant si semblable. Identité double d’un véritable amour. Union de deux coeurs en un unique symbiote. L’amour nous fait franchir des montagnes et accomplir des prouesses. Pourquoi pas des merveilles de tolérance ? Seul comptait le fait qu’ils soient heureux, en parfait accord avec eux-même.

Ceci est un exemple d’expérience non pas exemplaire mais un excellent expédient aux exécrables exaspérations de l’existence qui rend ex æquo l’exactitude de son examen avec l’excitation qu’a pu exercer sur le lecteur cette exquise exposition d’exploits non expurgés de toute extrapolation..

 

Texte de Gaëla

 

Quand elle décida d'écrire, par un coup de dé, le roman décisif de sa vie, se dessina d'abord un diptyque dithyrambique, puis eut lieu le déclic, clic-clic.

"La folie de mai 68, finie. Billevesées et coquecigrues. Fichue la vie communautaire, les immenses tablées, les copains de mon père jouant aux néo- souvent bi- , des fieffés cocos accrocs à la coc'. Exit épouses, encloquées bague au doigt, exit les chiards. Paname en version technicolor quoi, et puis un ramdam d'enfer". Elle ruminait cette période de sa vie, et regrettait la vie solidaire, les intellectuels pique-assiettes, comme plus tard les réfugiés chiliens fuyant la dictature de Pinochet. Elle crachait alors sur les vendanges chez la grand-mère pleine aux as, les anniversaires ou les fêtes religieuses, les tantes, les oncles, l'idéal de la famille unie, une icône fracassée contre le mur de son réduit. Elle tapait alors rageusement sur sa machine à écrire, comme sa grand-mère sa machine singer. Et pourtant, elle se devait d'écrire : "enfance heureuse". "Née à Nice, ni frère ni soeur", pas d'embrouilles.  Studieuse aussi, dans une école primaire catholique, une pré-adolescence normale, s'était acoquinée avec des gars lors de ses premières boums, avait chocotté pas mal au premier baiser. Et, pendant les longs après-midi d'hiver, allongée voluptueusement dans son lit-bateau en acajou, à lire les "lettres de mon Moulin" - à rebours car le connaissant par coeur - ou à chercher, dès le mois de juillet et le début des grandes vacances, dans les foires et brocantes, de nouveaux petits santons pour décorer la crêche familiale, ou l'algèbre ruminé sur un tableau noir type chevalet, et le bâton de son dabe qu'il tenait comme un sabre, avec quoi il la cinglait quand elle répondait à côté, à la moindre incartade de son cerveau. Après, c'était la répétition du spectacle de danse et de musique pour la kermesse de l'école, et les longues mélopées qui finissaient par s'étrangler au fond de sa gorge. Tout cela jusqu'à ce que son père contracte une grave maladie du foie, et qu'il enquiquine son monde avec son hypersensibilité au froid et son intolérance à l'albumine. "Une sacrée entourloupe, un mic-mac terrible", à y repenser maintenant.

Son éducation très stricte ne l'avait pas prédestinée à jouer les globe-trotters, mais plutôt les bons samaritains, les bonnes soeurs, ou les jeunes filles modèles. Alors qu'elle s'approvisionnait clandestinement en disques de Téléphone ou de Lavilliers, on l'obligeait à réviser ses gammes et à jouer, qui du Mozart, gare saint-lazare, dans le brouillard, un zef glacial, tous ces bâtards, et leur prie-dieu, concert de charité, qui du Bach, prononcez "barrh", c'était du brachial, tous les branquignols, et quand elle pensait, soulevant son buste, comme ils s'en branlaient, regardaient la pépée, ou bien du Beethoven, tous ces petits lopes, suspendus baveux, aux notes interlopes. Evidemment, elle avait fini par les prendre en grippe, par ne plus même tolérer la sonorité de leur nom. Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse - eut-on pressenti à son encontre.

A peine remise des émotions de 68 : la débandade - mais elle avait quand même morflé quand elle avait décidé de prendre sa carte à la ligue communiste révolutionnaire. Elle était tombée sur une maniaco-dépressive, on aurait pu dire fêlée, déjantée, en constant délire, se croyant saine, persuadée d'avoir été mise sur écoute par la police secrète de Moscou, en plus d'avaler une tonne de neuroleptiques pour lui remettre les idées en place. L'autre, après un séjour de trois semaines en hôpital psychiatrique, elle avait décidé d'aller se reposer dans un club med, en Afrique du Nord. Là, elle s'était enfuie dans le désert, complétement décarpillée, ébouriffée, et puis, ring-rang, encamisolée et enfermée, en attendant son extradition.

Après cette aventure, elle décida de changer de vie, et de devenir journaliste, ou plutôt grand reporter - et c'est là que les ennuis commencèrent vraiment. Ce n'était plus de la guimauve, de la barbe à papa. Mais la mélasse, dans laquelle on se prélasse. D'abord, elle s'était débarrassée de ses chats, et s'était embarquée dans le premier paquebot en direction de Madagascar, un peu comme dans "le Tour du monde en 80 jours", à la suite d'un pari fou. Hioké! Kioké! rkiolé

                                                                                              Koklikokette!

                                                                                              Haîhaîîarar

                                                                                              Gui! Tahitiha tapapaoula!

                                                                                              Tapapaoula! tahitipé!

 

En traversant Zanzibar à pied au cours d'une folle et torride équipée, elle s'était immunisée contre moustiques, puces et autres insectes nocturnes capables de libérer des poils urticants en se collant à la voûte plantaire. Son corps n'était déjà plus qu'un terrain d'expériences chimiques qu'elle s'efforçait de rationaliser pour les progrès et bienfaits de la science. Après, la forêt amazonienne, c'était du pain béni, ou du petit lait. Plus rien ne lui faisait peur. Elle se sentit pousser des ailes, quand elle fut invitée à partager le quotidien d'une tribu sur le fleuve. Là, elle apprit à construire des lits dans la forêt, à chercher de l'or avec des orpailleurs entêtés et mafieux, tous des gueules d'empeigne - elle se jouant de leur crédulité pour les besoins de son reportage, eux démunis face à la présence d'une femme dans un endroit si insolite et si hostile. Elle s'accommoda des iguanes, apprit à reconnaître les mygales et les serpents venimeux, à tisser les feuilles de palmier et à chasser, sut éviter taons et papillonite quand elle séjournait au carbet et trouver le sommeil dans un hamac. La vision de l'eau sombre et boueuse qui charriait tout le limon de l'Amérique ne la dégoûtait plus. La tourbe était devenue son élément.

Au terme de son reportage, elle fila dans l'Océan Indien où, par une nuit orageuse et prise au dépourvu, elle dut accoucher une femme visiblement clandestine car étreinte par la peur, au milieu des fleurs de lotus et des joncs. Deux petits yeux noirs, dans le petit jour... ouin, ouin. Après, elle se joua des sons et du vertige de la Bolivie, des nuées du Brésil, surfa sur la vague islamiste à Singapour, se badigeonna le corps du fameux baume du tigre Java, se perdit dans la sauvage Bali, fut frappée par la courtoisie sournoise du Japon, et migra en Australie pour un dernier reportage. Là, après ses premiers succès théâtraux, elle rencontra l'Amour - avec un grand A - avant un premier bébé. Et ce fut la mer, la montagne, la nage, le ski, le retour au bercail. "A moi, Paris! Ecrire, peindre, bouger, jouer, aimer". Elle cligna son oeil fatigué au-dessus de son clavier noirci, et se dit qu'en fait, c'était bien un dyptique, qu'elle avait écrit. Clic, clic.

 

Texte de Renaud

 

 « Le dur Dieu du désert donne La direction quand tout se détraque et se dissout, quand ton dedans se disloque ; oui : le dieu du désert t'aide à déboulonner tes démons autodestructeurs qui te dévorent pour te diriger vers ta destinée. » Elle avait écrit cette phrase à un atelier d'écriture auquel elle participait. La première phrase devait être un tautogramme. Elle le fut, non sans mal. Ah cet animateur ahurissant qui aimait administrer dans son atelier analogies, anacrouses, anadiploses, anaphores, aphorismes et anachronismes : qu'il était donc âpre d'appliquer ses admonestations...

 Elle participa à cet atelier au retour de son séjour de quelques mois passés à Los Angeles. Sa directrice de thèse, la diva des sciences, brillante, généreuse, ardente, audacieuse mais fragile et dépressive partit soudainement dans le désert de Mohave, en pleine crise de nerfs, criant haut et fort son désir de trouver la voie puis ne donna plus de nouvelles. Ses proches, habitués à ses sautes d'humeur, ne la firent rechercher qu'au bout de trois jours. Les rangers la retrouvèrent dans une profonde cuvette en position de lotus, non loin de Barstow, le regard halluciné, amaigrie, muette, protégée heureusement du soleil par une arbre de Josué de 10 mètres de haut. Cette scientifique de renom, plus rationnelle tu meurs, clama, peu après, avoir trouvé sa destinée et devint une adoratrice de Josué... La vie ne court pas toujours sur un seul bord.

Quand tu nais rond, tu ne meurs pas pointu. Et pourtant, elle passa son enfance dans la forêt et tomba amoureuse, à la première occasion venue, des déserts, que son expérience californienne ne découragea pas, malgré la destinée improbable de sa directrice de thèse. Elle grandit solitaire entourée d'arbres, loin du tumulte ; enfant elle se réfugiait à la moindre contrariété dans sa cabane, en haut du tilleul centenaire, sans vouloir redescendre ; adolescente, quand le spleen lui tombait dessus sans crier gare, en particulier quand son père lui manquait, elle disparaissait, de plus en plus longtemps, dans la forêt et revenait apaisée ; les bruits de la forêt la sécurisaient. Le jour elle était sécurisée par le cordon sylvestre qui l'entourait, la nuit elle s'y échappait en rêvant d'espace et de liberté. Elle était seule le jour. La nuit, la sœur jumelle qu'elle s'était inventée pour tout partager l'aidait à surmonter la peur panique causée par  ses nombreux cauchemars. Parfois  elle croyait entendre les loups hurler à la mort,  -hou-hou-hou-et son cœur battait la chamade -boum-boum-boum- la terreur ne se dissipant qu'au petit jour. D'autres fois la tête du Christ ensanglantée, toujours la même, surgissait dans ses rêves, la terrorisant également. Elle ne réalisait pas que cette image cauchemardesque venait du fameux tableau « l'Apparition », dont une reproduction ornait l'entrée de la maison de sa grand-mère. Ah ! Cette grand-mère ! Quel phénomène ! Quel prodige ! Quelle  énergumène ! Paillarde et bigote, insouciante et sérieuse, gaie et triste, elle fascinait sa petite fille par son parler à proverbes qu'elle sortait du diable vauvert. Grand-mère double face.

Aux grandes causes, les grands moyens. On ne récolte que ce qu'on a semé. En avant toute. Regarde autour de toi. Prends toi en main. Sors de ta forêt. Vis. La mère de sa meilleure amie, professeur d'espagnol, la houspillait et la tançait ; elle lui fit partager sa vision où chacun devait se prendre en main pour construire ensemble un monde meilleur, libre ou libertaire ou libertin ou libertaraire ou ..., elle ne savait pas trop quel mot utiliser pour qualifier ce monde fabuleux qui s'offrait à elle ; un australien passa dans les parages, s'y arrêta quelque temps et devint son premier véritable ami ; quand il retourna dans son pays, elle le suivit puis partit, seule, sur les routes ; les ombres des arbres dansant sur le grès rougi d'Avers Rock  remplacèrent les arbres de son enfance ; ce désert d'Australie fut le premier d'une longue série de découvertes coups de foudre.

Le goût de l'action la dévora soudainement. Rencontres. Amitiés. Études. Départs. Retours Victoires. Défaites. Elle devint super active et sa grand-mère lui dit alors : « tu ne peux pas courir et te gratter les pieds en même temps. Prends ton temps. Calme toi». Elle n'écouta pas. Elle fêta ses 18 ans au Niger. Elle revint. Elle repartit. Elle était par monts et par déserts. Autant de pays, autant de guises. Le besoin de grand espace, de liberté, d'air, qui l'étouffait la nuit il n'y a pas si longtemps, l'habitait maintenant également la journée. Elle s'offrit de multiples aventures. Puis elle tomba amoureuse, enfin.

Mystère de la nature humaine ! Elle changea de mode de vie avec une facilité déconcertante et se plongea dans la vie de famille avec autant d'enthousiasme qu'elle s'était jetée sur la route des déserts. Les maternités et les naissances se succédèrent. Elle veilla aux enfants dans leurs sommeils. Elle dormait parfois dans leurs chambres. Les petits boulots l’amenèrent à un poste d’enseignante. Elle partit pour l’Afrique, mais cette fois en famille et pour y vivre quelque temps. Sa sensibilité libertaire qui lui était si chère se heurtait à la dure réalité. Les années passèrent sans qu'elle s'en aperçoive. La famille s’agrandit. Le couple battit de l’aile. La famille se recomposa. Puis, un jour, elle eu peur du chaos, du chaos intérieur. Quand la maison se vidait de ses cinq adolescents, elle avait une envie irrésistible de monter en haut d’un arbre et d’y rester. Elle se surprenait à marmonner une parole que sa grand-mère double murmurait dans ses moments de désespoir : « si j'avais les yeux du bon dieu, je me les crèverai».

Puis elle se rappela de sa directrice de thèse qui avait trouvé sa destinée dans le désert de Mohave. Qu’était-elle devenue ? Elle ne chercha pas à le savoir, mais préféra se l’imaginer. Elle se mit à écrire, se mit à lire …et tout, étrangement, devint plus simple.

 

Texte d'Olga
 
Soldat de vie, solitaire sous soleil de la solitude. Elle songe son son de vie. Son sang sensible, sous la peau sombre. Solitude. Somnole. Sommeil sourd. Sans boussole. Sous sol. Sans sens. Son sol fertile. Tournesol tourne. S’ouvre. Soleil. Sommeil s’envole.
Saut de souci. Vie sous la main. Source de souffrance. Son sourd. Vie.
 
Plouf, plop, plup, plum…
Une lettre est tombée et puis une autre. Ceci est devenu un mot et ensuite un autre.
iiiiiiiiiiiiiiiiiii… La porte grinçait et elle s’est ouverte.
Ou-ou-ou-ou-ou… Une phrase s’est invitée de rentrer et puis une autre. Elles se rangeaient une après l’autre en couvrant des pages. Sur sa vie, à elle.
A-a-a-a-a-a… Surprenante. Longue et courte. Dance et vide. Sombre et lumineuse. Matte et brillante. A qui de juger ? A elle ? A nous ?
Une vie comme une autre. Elle tremblait toujours devant l’idée d’avoir une vie médiocre. En se levant le matin, elle avait envie de rendre chaque journée encore plus belle. Elle cherchait l’Amour dans tout. Partout et toujours. Elle s’imaginait d’être une étoile. Une étoile qui attire, inspire et brille. En regardant dans les yeux des autres, elle voyait de la lumière. Dans les yeux posaient sur elle. En grandissant, elle avait envie d’augmenter la chaleur de cette étincelle pour en faire un feu. Une flamme chaude. Une flamme attirante. Une flamme puissante.
Cric-crac, cric-crac, cric-crac… Une fois femme, elle était flamme. Sans économiser, sans calculer, sans freiner. Jeune, elle ne savait pas que la flamme devenait cendre. Froide et grise. Inintéressante sans importance ni sens. Elle ne supportait pas la cendre. Epuisée, toujours envie de brillait. En vrac. Un jour.
Toc-toc, touc-touc… Soundouc. Une vérité fut évidente. Une sagesse est rentrée dans sa porte. La porte à elle. Et c’est à quarante ans qu’elle a accepté la cendre, pour mieux renaitre en feu. Sa vie est devenue douce et tendre. Accompagnée de cendre. Le feu peut créer des incendies. La cendre rend la terre fertile. Amour est né à cet instant.
Elle se posait toujours la question sur le sens de sa vie. Cela en douceur. Pour prendre le virage, pour avancer. Sa vie est devenue rivière. Elle coule. Elle tombe comme une cascade. Elle stagne comme un lac. Elle se remplit comme une mer (mère). Elle s’ouvre comme une écluse. Elle se rebelle comme océan. Elle sèche comme une larme. Elle recommence comme une pluie.
Cap, top, plop, pluf, plum… Elle s’est entouré de toc, boum, bam, ah-ah, trap, brrrrr, bap-boudidoum. Elle adorait cette musique. Elle a pris gout. Elle en demandait même. Elle chantait tra, plu, glu, mou, cou… L’âge s’approchait. Le temps coulait si vite. Elle commençait à être parasitée par les pensées de la mort. La joie, le bonheur… Est-ce que c’est l’heure ? La mort est reculée devant son envie de vivre. Elles allaient se croiser un jour, mais plutard. Elle a décidé. Elle dansait avec le vent, les arbres, les branches, les feuilles.
Cinquante ans. Elle a vécu trop vite. Elle a eu la peur trop tôt. La vie était là, disponible pour elle. Elle s’approchait un peu plus des gens. Elle recommençait. Une étape, sa vie.
Tam, ta-ta-ta, tram, pam, poum… Un jour elle a senti d’être que à la moitie de sa vie, de son chemin. Cendre, feu, l’eau, vent, terre… Elle était tout. Elle est rentrée dans l’âge de la « sagesse ». Quelle délicatesse. Elle regardait son visage de temps en temps avec nostalgie. Jeunesse. Elle avait conscience de sa beauté. De la vie, du vécu et du cœur. Son cœur s’ouvrait jour après jour. Il laissait rentrer le merveilleux.
Elle s’est ouverte comme une fleur, pour accueillir la vie. Elle sentait une envie de retrouver l’innocence de son enfance. L’insouciance, légère et eternel.   
M-m-m-m-m, c’est bon. Chaque jour une nouvelle fleur. Rose, marguerite, lilas, tulipe, orchidée… Quelle beauté ! Couleur, vie. Et oui, cette odeur sucrée et tendre. Elle enivre, donnant envie de vivre !
Clop, clip, clap… La pluie tombe. Elle arrose. Les fleurs. Son cœur. Elle pleure. Cela rend son cœur doux et souple. Ouvert.
Elle avait élevé cinq enfants. Elle en était si fière. Elle les contemplait. Leur beauté, intelligence et douceur.
Elle comptait trois hommes dans sa vie. Elle avait croisé d’autres, surement jolis, mais de passage. Elle n’était pas sage ?! Pourquoi ? Curiosité, expérience, chance, amusement…
« C’est ma vie ! Je fais ce que je veux ! » - était son habitude de dire. Elle cherchait juste de l’Amour. Une qualité particulière. Elle aimait tant la douceur et la tendresse. C’était la seule vraie délicatesse, richesse et …
Lorsqu’elle le vivait, elle se sentait comblait. Vivante, joueuse.
Plop, plop, plop… Une pluie d’Amour. Elle venait d’une famille aisée. Elle n’a jamais manqué de rien. Elle s’est sentie toujours gâtée par ses parents. Elle était entourée et aimée. Elle avait voyageait avec ses parent autour du monde en s’ouvrant aux cultures différentes.
Elle était la fille unique. Elle avait un beau visage. Les jeux clairs, les cheveux bouclés, qui tombaient sur son visage, mettant en valeur sa peau blanche. Elle avait un regard doux et innocent. De taille moyenne, elle avait une belle silhouette…
Crac, cric et c’était fini, sans fin, ni de la logique. Une vie…    

 

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 17:28

Texte de Bérengère

 

 Je ne vais pas vous raconter d’histoire mais une histoire ou plutôt ma pré histoire.

 A l’origine, il y avait le Néant. Puis, des gémissements sourds se firent entendre. Et enfin, un cri semblant surgir du fond des âges, empreinte vocale primale, résonna. L’éjaculation venait d’avoir lieu : un jet de liquide séminal lancé à la puissance Mag 2 envahi le vagin dans lequel l’objet du délit avait pénétré.

Impossible de faire machine arrière : « Ejacula Ajacta Est ». Imaginez 2 à 300 millions de spermatozoïdes s’élançant comme un seul homme vers le but ultime. Mais la quête allait s’avérer fatale pour 99,99% : beaucoup d’appelés mais un seul élu. Déjà la loi de la jungle ! Pourtant, armé de leur minuscule flagelle aucun n’avait démérité. A coup de battements frénétiques autant que pathétiques, ils avaient tout tenté mais le parcours était semé d’embûches, perdu d’avance : l’ovule se dérobait sans cesse à leur tentative de corruption.

 C’est alors qu’un petit sournois réussi, en faisant tourner son petit hameçon, à crocheter  la serrure et le mécanisme s’ouvrit et l’avala tout entier. Le processus était lancé….

 Et oui chère maman, cher papa, pas encore conscients d’être des parents, l’odyssée de ma vie commençait, bien malgré moi et pas vraiment voulue par vous. Mais c’est ainsi, tel le Bing Bang originaire, le coït fatal allait avoir des répercussions insoupçonnées pour ses responsables : une minute de plaisir et toute une vie d’angoisse, d’espoirs et de joies. 

La nature ne les avait, pourtant, pas pris en traître, les fameux gènes –Samu auraient pu procéder par eux – mêmes à l’élimination du résultat de cette fusion. Mais à l’évidence, il ne s’agissait pas d’une erreur de la nature, le Grand Architecte avait un autre plan de prévu. Et c’est ainsi que l’œuf fécondé est devenu une grappe à laquelle a succédée une larve.

 J’aime à penser que, dès ce stade, ma mère s’était rendu compte de ma présence car tout en étant un corps étranger en construction, je n’ai jamais voulu être un passager clandestin. Ma survie dépendait trop de la reconnaissance corporelle maternelle qui devrait me nourrir et me protéger. J’ai donc signalé très tôt ma présence afin de me faire admettre, accepter et aime,r tâche que j’accomplirai tout au long mon existence …

 Lentement mais sûrement, la petite morula est remontée dans l’utérus pour y procéder à la nidation, s’enfouir dans la matrice. Il fallait que la greffe réussisse, question de survie. Une tolérance immunitaire originelle allait m’y aider et c’est comme cela que j’ai pu m’attacher à la paroi utérine : intrus 1 – géniteurs 0 ! Implantation réussie, cette fois, j’y étais et j’entendais bien y rester. Le travail allait enfin pouvoir commencer pour le besogneux petit embryon en devenir que j’étais. Je pouvais partir, à présent, à l’assaut des vaisseaux - « Mère » nourriciers qui allaient lancer l’organogénèse…. parce que ressembler à une petite mure toute ma vie, très peu pour moi, « à mure toujours ne dure qu’un moment ! » alors place au compagnon bâtisseur et à la réalisation de son chef d’œuvre. Il n’y en aurait qu’un, donc retour à la mémoire génétique ancestrale

La spécialisation des cellules, oscilla entre élimination et construction de ponts inter-cellulaires et  permit à chacune d’entre elles de trouver sa place. Une véritable usine de fabrication se mit en place dont j’étais le PDG en titre… même s’il me fallut avoir l’aval de l’AMF : Autorité des Mamans Fécondées. En effet, il est difficile de se construire tranquillement au nez et à la barbe du porteur d’oeuf…. Aller, une petite nausée par -ci, une extrême sensibilité aux odeurs par –là, des seins aérodynamiques « Au bonheur des hommes », fin des règles… Ah, la joie d’être enceinte !!! Un état de plénitude paraît-il ! Je sentais qu’elle commençait à m’adorer….

Enfin, le principal était que la communication ait été établie car 3 mois à peine pour se transformer un fœtus réclame l’aide de tous les individus concernés.

Ainsi, après mon cœur et mon cerveau, l’étape primordiale fut la fusion avec le placenta de ma mère. Les échanges de simplement vitaux se transformèrent peu à peu en une communion intense faite de sensations, de sons étouffés, d’effleurements. La musique de sa voix m’aidait à me construire, à me structurer. La grossesse devrait toujours être un temps de calme, paix et sérénité : penser 2 et vivre 2 pleinement.

Quand vint le temps de la première rencontre, le moins que l’on puisse dire est que j’apparus à mes parents à mon avantage, je ressemblais à une crevette avec une tête surdimensionnée qui faisait la moitié de mon corps. Je comprends que mon père ait reçu un choc. Il lui était difficile de se figurer le résultat final à moins d’avoir beaucoup d’imagination. Il allait vraiment falloir que je mette les bouchées doubles pour être au top lors de la « Présentation ultime ». J’espérais que les chromosomes n’allaient pas me jouer un sale tour sur ce coup là.

Cependant, s’il existe un abîme entre la réalité et la représentation de son bébé,  à l’inverse pourquoi ne pas renverser le compliment : au jeu du hasard, je n’ai pas non plus eu la fameuse chance du débutant. J’aurai du m’en douter car tout était inscrit dans mes gènes. Cependant, à ce stade là, il s’agit plus d’indices que d’indications fiables. Et les chromosomes n’en ont fait qu’à leur tête en se mélangeant. Mais, j’ai, moi aussi, été surprise de l’échantillon parental qui m’a été imparti ! Remboursez !!!!

Quoi qu’il en soit, j’ai nettement moins apprécié que ma mère ne s’intéresse qu’à l’identification de mon sexe : avoir un héritier, la transmission du nom, autant de notions révolues pour ne pas dire archaïques, bref j’allais débarquer en plein Moyen- Age. Pourquoi ne demandait- elle pas le retour de la loi salique, tant qu’elle y était. Je pense que c’est  ce jour là que j’ai décidé d’être la petite fille chérie de son papa,  pour lequel j’aurai toutes les attentions et qui me le rendrait bien. Pensée puérile d’un cerveau dont toutes les connexions ne sont pas achevées ! Le plus simple était peut –être de la prendre en main et d’essayer de la déprogrammer : du gâteau quoi ! 

Heureusement, par la suite, le petit fœtus que j’étais devenu se trouva si occupé par la tâche immense qu’il lui restait à accomplir qu’il se mit à oublier ce genre d’idées saugrenues et se laissa aller à rêver et à planer en état d’apesanteur dans le liquide amniotique, tantôt le sirotant doucement,  tantôt le polluant  avec force.

Soudain, je me mis à avoir des poils partout comme un petit singe : quel bonheur ! Après qu’il me soit poussé un appendice caudal, c’était le pompon ! Je ressemblais maintenant à nos lointains cousins. Si cela continuait, c’est au zoo que je finirais sous l’étiquette « espèce protégée ». A moins que mes parents aiment les peluches. Enfin, j’avais déjà la fourrure : Neuilly me voici ! Une chose, cependant, me faisait cruellement  défaut, j’avais beau avoir chercher dans les moindres recoins de  mon loft, aucun le levier de vitesse à l’horizon . La Nature m’aurait-elle trahie ?

C’est lorsque mes fesses, déjà rebondies hélas, apparurent, que je perdis enfin cette petite  queue si seyante mais je me mis à tirer la langue : c’était sûre, je serais affreuse et je ferais le malheur de mes parents. « Quel bébé rigolo ! », »Vous avez vu le bébé de ma voisine de chambre ! » «  Ah, quelle drôle de tête ! ».Cela ne  me donnait pas envie de sortir mais plutôt de continuer à me shooter avec ce merveilleux liquide in utero, emmitouflée dans ma douce fourrure.

Le problème, c’est que le doux cocon commençait à rétrécir, les sons devenaient de plus en plus forts malgré le liquide amniotique affleurant mes tympans. La perception en était très désagréable.

De plus, les humeurs de ma mère rendaient le milieu des plus toxique : entre moments de déprime et de profonde excitation, la vie était loin d’être un long fleuve tranquille. Il devenait difficile d’en faire abstraction. Impossible de lui faire comprendre, malgré les coups de pieds, de m’oublier un peu !!! En même temps, avoir un ventre qui vous fait ressembler à une mongolfière, mal au dos, aux seins toute la journée et ne plus avoir un seul vêtement un tant soit peu féminin à porter à de quoi énerver la femme la plus calme au monde.

Il n’en demeure pas moins que je ne pouvais plus danser. Pire que cela, je sentais que je descendais doucement, au point même de me retrouver la tête coincée vers le bas. Je ne voyais pas d’issue. Il n’y avait aucune porte de sortie, pas plus que de position de repli. Ma chère maman, sur ce coup là, tu allais devoir te débrouiller toute seule. Du moins, naïvement, c’est ce que je crus. Et j’ai dû encore faire tout le boulot…..

J’ai décidé de lancer « l’opération contractions ». Elle se mit à respirer bruyamment, je sentais la colère, la peur… Cela a duré des heures quand, enfin, j’ai engagé ma tête, sans réfléchir, telle un kamikase repérant sa cible et descendant en flèche sur un navire ennemi. Je me suis donc retrouvée coincée, la tête prise dans un étau. Impossible d’aller plus loin. Avoir un bébé ça se mérite mais avoir des parents également semblait-il ! J’entendais des voix très fortes malgré le bruit de locomotive que faisait ma mère. Je sentais des pressions qui s’exerçaient sur son  et dans son ventre, très intrusives.

 Le « désengagement » m’a semblé prendre une éternité : d’abord le sommet de la tête les yeux, le nez, le menton, les épaules et la glissade éperdue pour finir dans ses bras. Et soudain, je l’ai reconnue : «  Que vous avez de grands yeux, que vous avez de grandes dents… ». « On appelle ça les dents du bonheur ma chérie ! ».Géant, je sentis un violent spasme intestinal me secouer. Mais pas d’erreur, c’était bien son odeur, sa voix, ce ne pouvait être qu’Elle. Il s’est alors penché et j’ai également reconnu sa voix. C’était une évidence. C’était eux. Je venais de les rendre parents et je venais de gagner le statut d’enfant au premier cri libératoire qui m’échappa.  

 Je n’étais qu’une petite chose nue, gluante, imberbe, incapable d’ouvrir les yeux, d’exprimer la moindre pensée, complètement démunie, absolument dépendante d’eux pour le moindre de mes besoins. Je n’étais plus cette créature remplie d’un sentiment de toute puissance,  se voyant comme le démiurge de sa propre existence, à défaut d’en être l’auteur. Cet excès de faiblesse me terrorisa. Pourtant, cette immaturité toucha mes parents, fit fondre leurs dernières réticences et disparaître leurs ultimes craintes. Je sentis l’atmosphère se charger d’intensité, la force et l’étendue de leur amour me submergea. J’ai, de ce moment, décidé de  m’accrocher à eux comme à une bouée de secours, me sentant complètement perdue dans ce monde réel qui m’apparaissait froid, obscur, loin du sentiment de sécurité que j’avais ressenti dans le monde intérieur, mon monde, que je venais de quitter si brutalement et que je commençais déjà à oublier. Il me faudrait toute leur tendresse pour me rassurer et continuer ensemble cette merveilleuse aventure qu’est la vie qui n’en était qu’à son prélude après cette magnifique expérience de la conception qui avait pris 9 mois.

9 mois : le temps pour qu’un miracle s’accomplisse et toute une existence pour qu’il se poursuive et s’approfondisse…

 

Texte de Myriam

Me voici arrivée au terme de mon premier voyage. J'ouvre les yeux, une lumière crue de néon blanc me traverse, ma première bouffée d'oxygène signe mon entrée dans le monde des vivants, voici venu mon premier jour qui est aussi celui de l'automne et désormais celui de tous mes anniversaires ! Il est 9h20 et rien maintenant ne pourra m'arracher à mon destin. Je suis née alors que le soleil traversait le signe de la Vierge, comme mon père, et que Vénus transitait mon ascendant Scorpion, comme ma mère. On dit qu'il y a une hérédité astrale, que rien n'est dû au hasard, et que cette rencontre 9 mois avant n'avait rien de fortuit.

En effet, j'étais le meilleur, j'ai gagné la course parmi des milliers, un X de compétition, un vrai turbo!  J'étais le plus mobile, le plus rapide, finalement le plus apte à être Moi !! Mais comme nous tous ici d'ailleurs, cette fois-là nous avons été les meilleurs, notre première grande victoire, celle de la vie !

L'aventure commence dans le mystère, au creux de ma mère.... J'étais une petite fille qui cachait bien son jeu, puisque pendant 9 mois on m'a prise pour un garçon...

Eh bien, non dès le premier instant de ma vie, mes chromosomes me promettaient de faire de moi une fille, pour le meilleur et pour le pire !

Bien à l'abri dans mon hamac aquatique, je me suis construite, élaborée, soustraite aux regards  indiscrets.

Passé le vertige de la fécondation, cellule après cellule, jour après jour, j'ai pris mon temps, comme jamais sans doute, je ne me savais pas attendue !

Bercée par la musique liquide et océane du liquide amniotique, je m'éveillais à la vie dans mon ilot de confiance et de protection.

Ah mon monde perdu, mon Atlantide...

Sommes-nous nés pour n'être à jamais que des nostalgiques d'un passé à jamais effacé ?

Je suis  à présent comme un fruit qui attend sa cueillette.

Mais voici que maintenant les bruits sont terrifiants. Finie l'ambiance ouatée et feutrée de ma planète rosée... On me tire, me secoue, on agresse ma peau fragile, je voudrais retourner dans ma bulle protectrice... 20 000 lieues sous ma mère !!

Mais voilà, le voyage est terminé, au suivant...

Il me faut maintenant vivre autonome ma nouvelle vie, en apprendre les lois, faire les durs apprentissages. Me détacher enfin, devenir moi, jour après jour, ni tout à fait mon père, ni tout à fait ma mère, mais un être à part entière, un hybride né du hasard d'une rencontre, un jour dans un escalier !

 

Texte de Corinne P.

Je n'aurais jamais du naître si la fiancée de Papa avait attendu son retour d'Algérie. En cet été 1961, Maman rentre à la maison en pleurs: elle vient de perdre son emploi. Mon père est ravi: c'est son premier jour de congés et le fait que ma mère soit licenciée va leur permettre de partir en vacances. Les voici à Biarritz, au camping « la chambre d'amour », en train de batifoler sous une toile de tente gonflable qu'un oncle leur a prêtée en urgence. Leurs rires couvrent à peine le grésillement du transistor qui vente l'exploit du premier spoutnik russe. Leurs éclats de joies se font plus hystériques: est ce du à la tente qui vient de leur tomber dessus en se dégonflant où à ce cataclysme originel en passe de s'achever?

Ça y est: une armée de spermatozoïdes jusque là silencieuse commence son assaut vers la planète inconnue. Dans cet espace limité et obscur, c'est chacun pour soi: surtout ne pas se retourner et tant pis pour les retardataires! Après une course folle et quelques glissades dans la glaire cervicale, propulsé par des milliers de coups de flagelle, stimulé par une énergie mitochondriale démesurée, un élu sur des millions parvient à pénétrer l'ovule. Quelques dizaines de spermatozoïdes exténués tentent encore vainement de pénétrer la Corona radiata, auréole de substances nutritives qui entoure le gamète femelle.

La fusion a lieu: 23 chromosomes paternels s'apparient avec leurs homologues maternels. Et me voici, zygote fécondé devenant bouton embryonnaire. Opiniâtre, je commence ma progression vers l'utérus. Au 4ème jour, on me nomme Morula. Tout s'accélère: au terme d'une semaine, quelques unes de mes cellules fusionnent avec celles de ma mère. Elle m'accepte enfin dans les replis de sa muqueuse utérine, m'offrant un nid dans lequel je vais pouvoir m'appliquer à mettre en place mes différents organes. Rendue sereine par les cours de préparation à l'accouchement sans douleur, Maman ne prend pas de tranquillisants: pas de danger pour l'embryon que je suis de voir pousser une main directement sur l'épaule.

Déjà huit semaines et me voilà fœtus. Mon nouveau statut me protège d'une interruption volontaire de grossesse. Ma génitrice n'y pense même pas, pleine et heureuse de ce petit être dont elle va bientôt sentir la présence. A trois mois, mes muscles tressaillent. A quatre, je perçois la voix de ma mère, les gargouillements de son ventre et partage inconsciemment ses joies et ses peines. Quelques ruades lui prouvent mon existence. Le placenta me sert d'amortisseur. Nos échanges nutritionnels m'amènent à lui offrir mes déchets. Déjà cinq mois et demi et mes paupières s'ouvrent tandis que mon cœur bat très vite. Je continue ma croissance et commence à me sentir à l'étroit. Ma tête énorme, positionnée contre le col de l'utérus provoque bientôt les premières contractions.

Maman, en état d'alerte, se rend à la clinique conduite par une voisine car Papa a du partir au travail. Au travail, justement, je vais m'y mettre, pour me dégager de cet aquarium devenu trop étroit! Maman ne m'aide guère, à moitié endormie par une piqûre sensée atténuer ses douleurs, et l'esprit engourdi par un surplus d'oxygène qu'une aide soignante compatissante lui intime de respirer.

Me voici expulsée, la tête en bas, tandis que mes poumons jusque là aplatis et flasques se déploient dans un cri salvateur. Suspendue tel un trophée au bout du bras d'une sage femme experte, je fais la connaissance avec l'univers des hommes. Mon corps sanguinolent et visqueux est offert quelques secondes à ma mère à demi consciente. Très vite, d'autres mains inconnues me nettoient avec vigueur et m'enveloppent d'un linge rêche, sensé me protéger du froid

Oh! j'oubliais, le cordon, ce n'est pas mon père qui l'a coupé : il est arrivé trop tard. Mais je l'aperçois à présent, ombre parmi les ombres que je distingue à peine. Très vite après quelques grimaces annonciatrices, mes cris se font de nouveau entendre. Le nourrisson que je suis devenue a faim. Pas d'allaitement en vue: il est passé de mode et tous les professionnels de la maternité ne jurent que par le lait maternisé « Gallia sec bleu ».

Repus de nourriture et de caresses, étourdie de mots gluant d'affection, je consens à m'endormir. Je suis à présent un bébé très sage, entouré de tout l'amour dévolu à un premier né désiré.

  

Texte de Renaud

 

Conquérir pour mieux faire l’amour, ou la guerre. Soigner les préliminaires. Prendre son temps, ne pas se précipiter. S’observer, se découvrir, se parcourir à travers monts, vallées et plaines jusqu’à la grotte profonde, mystérieuse, mystique, assassine. Vivre ensemble la petite mort pour échapper, un bref instant, à la grande. Puis s’élancer vers l’inconnu. 

Nous sommes des centaines de millions à grouiller dans la même direction après avoir été expulsés dans la matrice. Nous cheminons droit devant nous, nous avançons, nous tâtonnons, nous luttons, nous affrontons l’environnement hostile, nous nous bousculons les uns les autres. Puis nous abandonnons la lutte, à bout de force, pour disparaître à jamais. Nous Autres, les survivants nous continuons la route, nous sentons que nous approchons du sanctuaire, nous progressons encore et encore … nous sommes particulièrement obstinés. Nous faisons tomber les barrières, nous allons toujours plus loin, au plus profond ; mais l’Histoire recommence, nous disparaissons les uns après les autres, emportant avec nous nos messages venus du passé jusqu’à ce que l’un d’entre nous arrive au but, enfin, nous éradiquant définitivement, nous qui sommes encore là, nous tuant tous, tout en nous démontrant que tous nos efforts ne furent pas réalisés en vain.  Le rendez-vous a lieu. L’union opère. L’avenir, pour moi, commence à cet instant précis. 

La réaction en chaîne démarre. Je me constitue à une vitesse prodigieuse, cherchant un nid protecteur, à l’insu de ma mère. Puis-je dire je ? Pas encore, c’est trop tôt. L’heure est à l’explosion, à la division, à la démultiplication contrôlée, à l’éblouissante expansion, aux fantastiques agrandissements, aux surprenants allongements, aux mutations étranges, aux curieux balbutiements, aux promesses inconcevables. Les étapes se franchissent les une après les autres, les dangers sont surmontés, l’informe prend forme. Maintenant, je peux dire je. 

Je ne suis plus un passager clandestin. Je suis bien installé dans mon univers. Je me développe. Je continue à me transformer, c’est vrai plus lentement, mais aussi plus sûrement. Le moment arrive où mes mouvements semblent perçus de l’extérieur ; ainsi je sens de temps en temps une douce pression qui me calme et m’apaise ; d’autres fois la force extérieure appuie fortement l’appendice que je jette le plus loin possible, m’obligeant à le projeter de l’autre côté, puis à un autre endroit, mouvement toujours contrecarré par la force extérieure qui, le plus souvent, m’oblige ainsi à arrêter mon jeu. Le battement régulier qui résonne dans ma capsule et qui n’arrête jamais me rassure et m’apaise. Je suis régulièrement secoué par de fortes vibrations venues de cavités qui sont tout proches de la mienne, accompagnées de sons forts étranges. D’autres, plus étranges encore, viennent indubitablement de l’extérieur. Certains m’apaisent, d’autres me réveillent, moi qui passe la plupart de mon temps à dormir et à rêver à l’espace temps d’où je viens ; je n’en dirai pas plus sur ce point car la quête qui commencera après ma naissance n’aurait alors plus de sens. Il m’arrive, ces temps-ci à ne pas pouvoir m’endormir ou à être réveillé brusquement alors que je n’entends aucun son bizarre, que je ne ressens aucune vibration inhabituelle, bref alors que tout parait normal. Quelque chose d’étrange me traverse, comme si je n’avais plus envie de jouer avec mes appendices, de faire des galipettes dans le liquide dans lequel je nage, de deviner la direction d’un son ou de provoquer des vibrations amusantes qui se répercutent un peu partout autour de moi … (20 août 1955, un mois avant la naissance à Philippeville –aujourd’hui Skikda- sur la côte méditerranéenne à l’est d’Alger : une explosion de violence secoue le Nord Constantinois. Deux types d’actions de grande envergure ont lieu dans le quadrilatère Collo-Philipeville-Constantine-Guelma : d’une part des soldats en uniforme ALN, l’Armée de Libération Nationale, attaquent sans grand succès des postes de police et de gendarmerie ainsi que des bâtiments publics ; d’autres parts plusieurs milliers de fellahs et de femmes, recrutés dans les campagnes avoisinantes, se lancent, à midi, à l’assaut des villes et des campagnes. Ces actions, entre autres raisons, sont une réplique aux représailles collectives de l’armée française, aux actions de « pacification » perpétrées dans le bled depuis l’insurrection du 1 er novembre 1954. L’émeute fait 123 morts dont 71 Européens. Des scènes d’horreur, où certaines femmes enceintes sont éventrées et dont les bébés sont fracassés contre les murs choquent la population. La répression aveugle fait officiellement 1273 morts (12 000 selon le FLN). La date du 20 août 1955 est qualifiée de date essentielle (un point ultime de non retour) de la guerre d’Algérie par les historiens) … mais ces sensations étranges ne durent jamais longtemps, fort heureusement, car je peux quand même dormir tout mon saoul et faire mes jeux, dont certains sont de plus en plus difficiles. En particulier je n’arrive plus à faire mes galipettes comme avant et je n’arrive pas à me déplier comme je le veux. Au bout de quelque temps, ça commence à bien faire, et je décide de faire quelque chose. 

Ouah ! Quel choc ! On m’expulse ! Non, je ne veux pas. Je n’arrive plus à flotter, que se passe-t-il ? Ca dure une éternité ! La matrice me compresse de plus en plus fort, l’orifice soudainement débouché m’attire …je découvre une excavation, je choisis de traverser vers la gauche…je tourne la tête d’un quart de tour, puis je la fléchis, je suis obligé de forcer pour la faire passer, je sens qu’elle se déforme mais ça ne me fait rien, je retiens ma respiration, on me tire, j’essaye d’aider, je ne respire toujours pas, je deviens rouge, je me débarrasse d’un liquide pâteux que j’ai dans la bouge en l’avalant, je ne respire toujours pas, quelque chose de nouveau arrive dans moi, j’ai froid,  je suis obligé de respirer, je lance un cri, tout devient calme, j’ai moins froid, on me pose sur quelque chose de doux à l’odeur familière, je m’apaise, je reconnais une voix en dessus de moi, on me déplace, j’ouvre la bouche … une nouvelle conquête commence.  

Je dors, je tête, je dors, je me vide, je dors, je tête, je me vide, … je retrouve l’odeur bien connue, je m’habitue aux nouvelles sensations qui sont si nombreuses. Je suis heureux quand je retrouve l’élément liquide dans lequel je peux me mouvoir comme avant, sauf que je suis tenu par dessous la nuque. J’ai souvent froid quand je quitte l’eau mais on m’entortille de telle façon que cette sensation s’estompe rapidement. Des fois j’ai du mal à bouger, ou j’ai faim, ou j’ai mal au ventre, ou j’ai des picotements partout sur le corps ; dans ces cas je fais usage le mieux que je peux de mon appendice vocal que j’ai appris à connaître dès le début. Et ça marche le plus souvent, mais pas toujours. J’ai appris à associer bruits et odeurs. J’en attends certains avec impatience, d’autres m’apaisent, certains m’amusent mais je ne l’exprime pas encore, d’autres encore me font peur et même pleurer, parfois longtemps, avant de m’endormir, heureux de me replonger dans mes rêves. Puis j’arrive à saisir ce qui est au dessus de moi, à les faire tourner, à les bouger de place, à les mâchouiller, à les jeter par terre. Je commence à distinguer les formes avec lesquelles je peux faire tout ça sans conséquence et celles avec lesquelles mes expériences tournent cours, ce qui me vexe ou m’énerve. Je commence à me redresser. Je m’assieds, je rampe … c’est extraordinaire toutes ces choses que je voie de mieux en mieux. On est nombreux autour de moi. Je reconnais chaque forme, les animés et les inanimés. Maintenant je ris souvent, en particulier avec la forme, je le devine, qui était comme moi il n’y a pas si longtemps … Aujourd’hui j’ai trop chaud pour dormir mais je suis calme car je me sens bien, tout est tranquille autour de moi, la maison n’émet aucun bruit, je sais que c’est l’heure où chacun se repose, surtout quand il fait très chaud comme aujourd’hui, dans cette partie du monde où je suis tombé par hasard (vraiment ?) ... (le 20 aout 1956 dans une maison près du village d’Igdal, dans la vallée de la Soummam, en Kabylie, seize chefs de l’intérieur se réunissent, dont Zighout Youssef, accompagné de Ben Tobbal, qui fut à l’initiative de l’insurrection du 20 août 1955.  Une évaluation des forces et des faiblesses de l’insurrection engagée le 1ernovembre 1954 est faite. Le bilan est considéré comme modérément satisfaisant. L’implantation politique du FLN dans le Constantinois est jugée bonne. La plateforme politique est débattue et …le congrès dure vingt jours...) ...

 

Texte de Gaëla 

Quand je m'annonçais enfin, ce fut la panique. Ma génitrice beuglait des "Que l'on m'achève ici, maintenant! Bande de salauds, je vais mourir". Je perçus un fracas et les cris d'une autre femme, l'infirmière, ou la sage-femme, ou le médecin, sans aucun doute : "Mais elle est folle! Elle a balancé les haricots en ferraille sur son mari. Ceinturez-la!".

"Appelle mon collègue, je ne vois pas la tête! Merde, on a oublié de faire la radio du bassin!"

Mon géniteur devait être à terre, car plus aucun bruit n'émanait de sa carcasse mise, définitivement, hors d'état de nuire.

J'avais décidé, un peu malgré moi, de leur faire une farce, de faire un peu la foire, avant le grand saut, une dernière farce avant l'expulsion, après cette immense farce initiale, que furent ma conception et ma formation. J'en avais assez de percevoir les intonations stridentes de madame, j'avais donc élaboré mon plan d'attaque dès le 6ème mois de ma vie intra-utérine ; d'abord, c'est sûr, je ne viendrai pas à terme, j'hésitai entre l'avant et l'après - l'avant étant davantage générateur de stress, et sachant madame très vulnérable au stress, alors... je gouttais chaque minute, cela correspondait au temps mis par mon lanugo pour recouvrir la totalité de mon petit corps dodu - la minute fusionnant avec l'instant, celui de ma mère se délectant finalement de ses formes arrondies et rebondissant sans cesse dans le lit conjugal, au milieu de cris étouffés. Ensuite, dans mon plan, mon cerveau étant assez développé pour prétendre agir sur la réalité environnante - une division supplémentaire de mes cellules cérébrales aurait peut-être fait de moi un nourrisson précoce - j'avais conçu l'idée de ne pas me manifester là où le désir de ma génitrice se faisait jour. Ainsi elle avait beau manipuler son ventre, appuyer du bout des doigts en certains endroits de son abdomen hypertrophié, malaxer ses viscères même de l'intérieur, pour sentir le mouvement, qui d'un pied, qui, d'un coude, je me dérobais sans cesse, et ne me laissais pas apprivoiser en notre chair, commune. Oui, il fut difficile de partager sa chair un jour. Enfin, je décidai, à la fin, en guise d'apothéose, de lui présenter non pas un visage fripé armé de son "cri primal", mais un cul rebondi et un pet libérateur - lui rappelant, comme avant lui un certain homme célèbre, que le petit d'homme vient au monde dans un lieu obscur situé entre la "pisse" et la "merde". Mon corps étant déformable à volonté, il ne pourrait rien m'arriver de dangereux. Je me repassais ainsi sans cesse le film de ma naissance : "Eh oui, tu as bien souffert, tout cela pour voir, non pas un sourire, non pas un regard, rien d'humain, mais quelque chose qui t'annonce de plus grandes souffrances encore, tu n'en as pas fini avec ton rejeton, çà je te le promets, ce n'est qu'un début".

Je vous dois bien, maintenant, quelques explications, car on pourrait légitimement m'adresser un "Pourquoi tant de haine? A peine né déjà pétri de ressentiments, l'âme déjà marquée d'une noirceur indélébile..." D'abord, cette noirceur, elle était congénitale - plus "con" que "génitale" d'ailleurs. Cette noirceur, elle était inscrite au coeur même de ma conception : "une erreur" - je l'avais entendu de la bouche de mon père dès mon 5ème mois, et j'en fus très secoué, je manquais noyer mes poumons naissants dans le liquide amniotique, rompre l'état d'apesanteur en appelant je ne sais quelle enzyme ou quelle protéine et, si j'avais pu, j'aurais saisi de mes deux petites mains le cordon ombilical pour me l'enrouler autour du cou. C'est ça, il était bien obscur, le monde, mais peut-être davantage pour les autres, ceux qui étaient déjà jetés dans le chaos. Et pourtant je m'étais habitué aux gargouillements des intestins, à l'écoulement des vaisseaux sanguins, aux pulsations cardiaques de ma mère, tous ces petits bruits de rien qui meublent la vie d'un foetus et peuplent son environnement sonore. Au final, le choc se résuma en un triste hoquet - il fallait se résoudre à vivre sans avoir été désiré. Je réfléchissais déjà à la façon de rechercher ou de créer du désir, une fois parvenu à l'état de nourrisson, mais je n'en étais pas encore là.

Si j'avais su tout cela plus tôt, j'aurais pu tout aussi bien me transformer en monstre, stopper la division de certaines cellules, ou faire migrer des cellules du pied au niveau des omoplates, ou, pire encore, empêcher que les cinq presqu'îles qui s'étendent au-dessous de ma peau mince ne se rencontrent pour modeler, non pas un visage de poupon, mais celui d'un être de malheur tout droit sorti du traité de tératologie que j'avais déjà eu le loisir d'ingurgiter, ou d'une autre créature dont on n'aurait même jamais soupçonné l'existence, plus laide qu'un oiseau, plus effrayante qu'un poisson, quelque chose de l'animal préhistorique que je fus en ma condition d'embryon. C'est cela, me dis-je, j'aurais dû stopper la division cellulaire et d'ailleurs, pourquoi pas, faire régresser l'embryon que j'étais, faire en sorte que l'ectoderme, le mésoderme et l'endoderme s'aplatissent comme une crêpe (au lieu de bourgeonner comme une pâte feuilletée), diminuer le taux de progestérone, activer les réactions immunitaires de madame pour qu'elle m'expulse, bref tuer dans l'oeuf ce blastocyste maudit - pour l'éternité. Mais le programme s'était déroulé en conformité avec les lois de mère-nature, l'heureux élu, déjà probablement passablement aviné, avait franchi la barrière des mucosités filandreuses, s'était glissé dans les replis et les impasses du milieu hostile de madame, et monsieur et madame avaient engendré, moi, l'avorton, le rejeton, le mouflet de trop - pour l'éternité. D'ailleurs, laquelle de mes deux parties génitrices avait été la plus combattive? Lui, qui nageait vers elle... Elle, qui guetta le moment propice pour le capter, pour l'emprisonner, pour le séquestrer et fermer toutes les issues? Vaste mystère. En tout cas, c'est l'histoire, d'une captation, après un accident, celui d'une rencontre, sur un banc public, d'une mini-jupe et de bas ultragalbants et déjà, d'une belle-mère par trop castratrice. Je ne sais pas si, un jour, l'ovule de madame flotta dans son univers telle une planète du système solaire, je ne sais pas si, un jour, le spermatozoïde de monsieur fit montre d'un courage sans bornes et gagna, au fil du temps, en persévérance et en maturité. Ce que je sais, c'est que je honnis ce jour maudit de décembre où, dans les préparatifs de la Noël, l'accident eut lieu.

 

Texte de Cécile D.

 

Le Noir. Le RienNéantVideZéro est-ce le Début ou la Fin ? Le Big Bang ? L'Apocalypse ? L'Explosion Universelle Générale ?  La Grande Ruée vers l'Origine ? L'Absolu Recommencement ? Une Chimère Eternelle ?
Sûrement un savant cocktail de tout cela, prenez dosez mélangez secouez, pour ceux qui souscrivent (ou espèrent ?) en la réincarnation et en la raison d'être d'un Univers imaginé.
Je vous arrête de suite : ne croyez pas que j'ai la réponse à toutes vos questions métaphysiques sous le seul prétexte que je ne suis encore qu'un petit têtard qui cherche sa grotte ! Vous, aussi, vous pensez posséder le monopole de la conscience et de la réflexion... Qui a dit que tout ça sortait de votre petit cerveau, hein, qui ? VOUS, encore VOUS, bien sûr...Allez faire comprendre à une vache que la Terre est ronde ! Sans vouloir vous vexer, c'est bien dommage que je doive m'incarner en l'un des vôtres... Un petit truc qui crie pleure mange dort, qui s'abêtit en grandissant, et ça recommence encore et encore, je vous jure j'avais de plus grandes ambitions.


Mais revenons donc à nos affaires : tel que je vous parle, sorti d'on ne sait où (les circonstances humano-animales de mon apparition seraient dignes d'un autre récit), les esprits à peine remis en place, me voilà en train de nager furieusement et comme un décérébré imbécile vers cet ovule planétaire qui est censé m'attendre et m'ouvrir les bras. Qu'on se s'étonne pas que vous autres soyez belliqueux : la bataille commence ici même. Et elle est rude, croyez moi. Allez vous battre avec comme seule et unique arme une éphémère flagelle qui vous fait avancer de 2 millimètres à la minute. Pathétique.


Mais m'y voilà, enfin. Les autres ont fini par me lâcher la grappe : je suis le meilleur, point. Je suis tout de même un peu déçu par l'aspect esthétique de l'Éden promis. Mais passons.
Nous y voilà donc, un peu de repos pour les vainqueurs. Mais... je me sens bizarre, tout faible... comme aspiré par une entité étrangère... comme si on me suçait mon essence vitale... que m'arrive-t-il ?? Au secours !! On me gobe on me vole on m'avale on me déguste on me déforme on me transforme, je suis un mutant !!!!


Oh écoutez, arrêtez un peu votre baratin, personne n'est dupe, à qui pensiez-vous vous adresser là ? Vous saviez parfaitement ce qui vous attendait. Avez-vous déjà acquis une fierté débordante et stupide qui vous empêche de lâcher votre statut mâle de spermatozoïde pour celui, certes plus féminin mais bien plus abouti, d'œuf fécondé ? Inutile de prendre votre rôle trop à cœur, vous serez très bientôt dépourvu de jugeote, cher ami !


Bien, voici donc l'Oeuf Originel qui vous parle. On voit que ça vous amuse de me voir changer ainsi ! Je ne ressemble plus à rien.


Patience, ça va venir...


Ah oui, parlons-en tiens ! Dans quatre semaines j'aurai l'air d'un animal préhistorique, une queue m'aura poussé, puis j'aurai la tête comme une pastèque, des poils partout, belle perspective !


Croyez-vous le cheminement inverse plus divertissant ? Soyez content, vous vous formez, et c'est totalement indolore. Alors que je vous assure qu'à écouter les complaintes de tous nos humains en phase terminale, vous n'avez pas envie d'arriver aussi loin dans l'aventure humaine.


Merci. Sympa de m'encourager. L'Entité Supérieure toujours à votre service, c'est ça ? Eh bien je décrète l'état d'urgence et demande une faveur spéciale : fausse-couche express ! Maintenant !


Tutututut, pas de cela ici. De toutes façons, vous avez déjà passé la limite temporelle.


Déjà ? Mais, ma parole, on ne voit pas le temps passer ici !


Ah, ça, c'est autre chose. La notion de temps est très relative vous savez. Le temps humain n'est pas notre temps à nous. Réjouissez-vous, vous n'aurez pas à supporter trop longtemps les blablas et chansons niaises dont vous inondent vos futurs parents.


Ne m'en parlez pas. J'aimais mieux la première partie de mon évolution après tout. L'ouïe, quelle décapante bêtise ! Et ces coups de pied que je lance involontairement (bon sang, suis-je réellement censé maîtriser ce corps étrange difforme affreux comme par magie?) ; ces fichus coups de pied sont bien mal interprétés de l'autre côté. Ils croient que c'est la démonstration d'un goût particulier, ou une tentative de communication, ou bien un geste d'amour, que sais-je encore ? Et vas-y que je redouble de "Oh mon bébé fais coucou à Papa fais coucou à Maman oh regardez il a tapé comme c'est mignon il est en pleine forme aujourd'hui oh oui c'est bien mon petit sucre d'orge d'amour"...
Incroyable !!! Me croient-ils vraiment dépourvu de la moindre parcelle d'intelligence ? Sombres crétins...


Du calme mon ami, bientôt vous prendrez pleine part à votre rôle, et vous n'aurez plus cette semi-conscience qui vous dérange. Tâchez de profiter de votre séjour et de faire moins de conneries que la dernière fois, d'accord ? Sinon nous serons obligés de vous faire faire une petite escale en tant que pissenlit dans un pré de vaches, ou courge bio dans une dégustation chez les Verts, ou moustique près d'une plante carnivore, ce ne sont pas les idées qui manquent !


Message reçu Capitaine, vous fâchez pas... Bon, à voir le poids que j'ai pris là, je devrais bientôt sortir, non ?


Exact. Tenez-vous prêt. Et n'oubliez pas de sourire à l'arrivée !

 

Texte d'Olga
 
Mon voyage sur terre, mon passage, mon instant…
Je suis là. Je suis au paradis. Je vis au paradis. C’est chez moi. Mais ou ? Au paradis. Je regarde. Je regarde le monde. De temps en temps. Il me parait si loin et surtout incompréhensible. Il m’intrigue. J’aime savoir, comprendre.
Je me renseigne auprès des autres s’il vaut la peine d’y passer. Il en a qui dise « oui » et d’autres « non ». Je ne sais pas trop quoi faire et à qui croire. Apres tout je me dis qu’ici j’ai déjà fait le tout et je connais tout. Le paradis, ma routine !?
Un jour je me décide. J’y vais. C’est aujourd’hui. Je pense avoir fait déjà ce voyage. Plusieurs fois. Et pourtant je n’ai plus de souvenir. Juste une sensation vaque. Est-ce une raison pour s’inquiéter ?
C’est à cause de ce monde. Il a tellement changé qu’on ne se retrouve plus. Voilà. Va savoir. Je regarde la dernière fois, du haut, vers le bas. Là-bas. Le monde. J’ai la foi.  La planète tourne. Je m’approche. Je rassemble mon courage, je vois un joli paysage. Je vois un endroit et puis un autre. J’essaie de comparer. Je n’ai pas envie de me tromper. Je regarde les gens, ils n’ont pas la même tête. En plus leur couleur change. Je vois des blancs, des noirs, des jeunes, des verts et d’autres… Ils sont vachement couverts. Je ne vois même pas leur couleur !? Je me demande s’ils fêtent le carnaval ?
Le choix est immense, la planète tourne et ma tête aussi, avec. Je décide de plonger. Je ferme mes yeux. Le choix ne vaut rien de toute façon. Je ne peux pas le vérifier. Je prends une assurance, je ferais une réclamation…
 
Conception
 
Ce jour là ma mère (future) se sente prête à accueillir une vie. Elle offre une place tout au fond de soi pour moi. Une grande manifestation d’Amour, d’Accueil et de l’Avenir. Ensemble. Elle, moi et trois A.
Ce jour là, un jour de grande confiance, et tout s’arrête pour un instant. Magie ! La vie se crée. Miracle. Il aura un être ! Moi !?
Ce jour là, la terre tourne moins vite, les étoiles brillent plus fort, les oiseaux chantent malgré le vent et le froid dessine des jolies images sur les vitres des maisons. Décembre.
Ce jour là en Russie, en Sibérie Centrale, dans une grande maison en bois, chauffée au charbon : deux corps se retrouvent dans un lit d’un mètre vingt centimètre, sous une couette en plume d’oie avec un motif de fleurs roses.
Deux corps jeunes et chauds. Ils se connaissent depuis un moment. C’est seulement depuis trois mois qu’ils se sont dit le grand « oui, je veux ».
Leur intimité est légitime maintenant, c’st important. Devant la loi. Et surtout devant leurs parents et leurs proches. Même moi, j’accordais de l’importance, à l’âge de mon insouciance. La terre n’arrête pas de changer. Elle tourne. Voilà un exemple vivant. Qui s’occupe encore aujourd’hui de cette question !? Légitimité. Rare est la personne…
Leur intimité est immense, chaude et toute jeune, sensible. Elle est aussi grande, puissante, naissante…
L’homme (mon futur père) caresse sa femme. La femme se laisse aller à la douceur. Elle savoure les baisers d’Amour. Leurs yeux plongent dans la profondeur de l’infini. Tout parait minuscule par rapport à l’immensité de leurs flammes. Amour, Envie, Désir.
Leurs regards…
Leurs corps s’enlacent. Leurs bouches se goutent. Leurs odeurs se mélangent. L’alchimie se crée. La beauté apparait. Leurs sexes se rencontrent. Dans une douceur enflammée, une chaleur augmentée, des caresses … un désir… et le mouvement se présente. Il est évident. Il monte. Elle monte. Il la suit.
Ce jour là, à cet instant précis, les deux sont d’accord plus que jamais. En accord pour toujours !? L’homme donne. La femme reçoit. Jouissance. Explosion. Evasion. Création.
 
2. Fécondation
Un spermatozoïde parmi des milliers fait son chemin pour arriver à l’ovule. Ils se rencontrent. Confiance. Intimité. Tout se fait naturellement. Programmation !?
Et moi ? Ou suis-je ? Suis-je se minuscule spermatosoide qui bat sa queue pour y parvenir ? Suis-je l’ovule qui attend, prête à se refermer des qu’elle laisse se premier arrivant rentrer ?
J’ignorais longtemps cette partie de mon existence. Je n’accordais pas d’importance. Je m’acceptais à partir de ma naissance. Une grande ignorance – errance. Une non-envie de savoir. Trop d’intimité ? Une sécurité ? Trop d’intérêt pour soi ? Amour propre ?
Je ressens un mystère. J’ai envie de savoir. Ma vie est libre. Elle m’appartient et je la tiens. Elle est tracée, créée, donnée. Un cadeau ne peut pas être repris !? Ai-je envie de le rendre ? Il faut juste que j’accepte. Je l’aime. J’en prends soin. Moi. De moi.
Et si la « course pour la vie » n’était qu’un voyage. Voyage tranquille et programmé. Une promenade.
Et moi. Ma moitié. Le spermatozoïde. Il fait juste paisiblement le nécessaire. Pour rencontrer l’autre. Il progresse à l’intérieure de l’utérus vers le rendez vous fixé dans le tiers externe de la trompe.
Moi. Ma moitie. L’ovule. Il est là, sachant qu’un visiteur arrive.
A peine quelques heures après son grand « départ » spermatozoïde arrive à l’ovule pour y pénétrer. Ils fusionnent. Ma vie commence…
 
3. Embryon
 
Les cellules se divisent. Tout accélère.
L’embryon (moi !?) fabrique 2 à 5000 cellules par seconde jusqu’aux 60 000 milliards qui constitueront un enfant (moi !?) à la naissance.
L’embryon aspiré, poussé, porté descend dans la cavité utérine. L’une de ses faces dissout la muqueuse de l’utérus pour s’y enfouir profondément. L’embryon se niche dans la paroi muqueuse, devenue un terrain fertile, bien irrigué, spongieux.
J’ai 15 jours. Ma taille est celle d’un grain de semoule. Moi !?
Toutes mes cellules possèdent les plans complets de l’organisme. Les cellules ne sont pas seulement gouvernées par leur propre équilibre, mais également par les cellules voisines ou lointaines qui se contrôlent les unes les autres dans un réseau de régulation réciproques.
J’ai 21 jours, 3 millimètres et mon cœur bat.
   
4. Fœtus
 Je suis. Je flotte. Finalement j’ai l’impression d’être toujours dans mon petit paradis. Il fait doux. Je ne manque de rien. Je grandis. Je grandis. Je commence à sentir que je grandis vraiment. Je me sens à l’étroit. De plus en plus. Je me sens géante.
Bientôt je commence à deviner que je devrais changer d’endroit. Je reste encore. Bientôt, je comprends – pas d’autres solutions… Je sais que je dois y aller. Je n’ai pas trop envie. On ne sait jamais…
Je gagne un jour. Puis un autre. Je me dis chouette. Personne n’a rien remarqué !
Une semaine passe. Je constate bien que je suis au delà du raisonnable. Pourquoi faire durer le temps si de toute façon… c’est plus fort que moi… une excuse… lâcheté… je ne suis plus fière de moi. Je prends du poids. Je grossi. Il ne faut pas être Pythagore pour faire un calcul mental et calculer le risque. J’attends quoi ? Une invitation ? De qui ?
Encore une semaine passe. Je ressens aussi la peur de ma mère ? Ou est-ce ma propre ? Je retarde le moment encore et encore… Une minute. Quelques heures. Je vais y aller. Je me pose encore des questions et je doute.
Suis-je désirée ? Vont-ils m’accepter ? Suis-je comme il le faut ? Y-a-t-il de la place pour moi ? Et l’Amour lui ? Ai-je droit ?
 
5. Naissance
 
Un jour je me décide. J’y vais. C’est aujourd’hui. Je pense avoir fait déjà ce voyage. Plusieurs fois. Et pourtant je n’ai plus de souvenir. Est-ce une raison pour s’inquiéter ?
Et s’il n’y avait pas de sortie et tout cela était déjà la fin ? Bon. Je verrais. Je suis curieuse, courageuse. Autant que j’ai peur…
« Comme une lettre à la poste » Tu parles !
Le tunnel parait infini. Le tremblement gigantesque. L’incertitude. Au secours. Le bébé est neutre. Innocent. Non. Que des histoires. Tout cela n’a aucune réalité. Je ressens, moi. Je ressens ce qui ressent ma mère, en plus, aussi. Je suis reliée. Aucun moyen de se défaire. Elle a peur. Elle angoisse. Elle crie. Elle ne sait pas ce qui se passe. Je me dis c’est quoi ce monde ? Je me sens perdue.
Personne pour la rassurer ? Mon père ! Faites venir mon père. Les idiotes ! Elles l’ont laissé dehors. Il fait des ronds.
Je proteste. Je veux mon père. Il est raisonnable. En plus il est capable. Capable de rassurer, d’assurer et d’assumer. Il est heureux. Il a envie d’être là. C’est grâce à lui que j’arrive. Pour qui vous vous prenez ?! C’est lui qui m’attend. Nous avons des choses à vivre. Des mots à se dire. Des phrases à prononcer. « Je t’aime papa ». Tu m’entends ? Je suis là. Je suis ta fille. J’arrive. Je vais m’en sortir.
Je ne suis pas entendue. Il y a des règles. J’en ferais connaissance. On les rencontre souvent dans cette vie. Nous ne sommes jamais vraiment si libres qu’on le désire.
Le temps passe. Combien ? Je ne sais pas ? C’est toujours la même chose. Ça tremble. Je bouge d’un centimètre. Le tremblement s’arrête. Je me repose à peine et cela recommence. Je veux m’endormir, mais aucun moyen. Je me sens épuisée. C’est comme dans la vraie vie !? À peine tu crois d’avoir attend le paradis et op… Ça tremble. Ça bouge. Et tu recommences. Tu rames… Silence. Tu reprends souffle. Assurance. Confiance. À peine tu crois d’avoir attend le paradis et op… Ça tremble. Ça bouge. Et tu recommences. Tu rames… Silence. Tu reprends souffle. Assurance.  Confiance. À peine tu crois d’avoir attend le paradis et op… Ça tremble. Ça bouge. Et tu recommences. Tu rames… Confiance…
Ma tête. Ma têêête. Je pousse avec mes jambes. Elle ne passe pas. Je savais que j’aurais des ennuis. J’ai envie de la laisser ici. Ma tête. Je peux ? Elle ne me servira à rien. Je suis sure. Je sais. Juste une source d’ennui. Eh ? Allô ! Personne pour me répondre. C’est quoi ce monde ? Ou est le responsable ? Je vais me plaindre !
 
 Dix heures vingt !
Felicitation madame ! C’est une fille !!! Que veut dire cela ? Est-ce dangereux ? Est-ce une maladie ? Y-a-t-il une place pour cette espèce ? Et laquelle ? Une place… Après tout ce voyage vaut cela la peine que je reste, fille ?
Et là, tout ce que je vis…
« Regardez ce petit fraichement sorti. On le pose sur une table. On l’examine. On l’expose. Il ressemble à un lapin, qu’on allait garnir pour mettre au four. Lui, qui a passé son temps roulé au chaud dans sa bulle. Il est étiré maintenant. Mais pourquoi ? Pour les centimètres. Laissez-le, il ne va pas grandir des mètres. Et les grammes. On veut les savoir tout de suite. On le met sur une balance. Mais quelle importance ? Surtout dans ces premiers instants. Accueil avec tact ? Je n’ai plus vraiment confiance…
Laissez-moi arriver. Comprendre. Reprendre souffle.
Foutez-moi la paix. Ma mère. Elle est où ma mère. C’est la seule que j’ai envie de sentir. Déjà que mon père est dehors… Ne me donnez pas la sensation d’être orphelin. D’arriver dans un monde de froid et d’absence. Donnez-moi une présence. Pour que je puisse sentir mon existence. Mon importance. Et l’Amour !?
Ma mère. Veut-elle savoir vos chiffres : centimètres et grammes, que vous êtes en train de lui balancer ? Elle s’en fiche royalement. Posez-moi sur son ventre. C’est la seule chose qu’elle désire. C’est par ce fait qu’elle va être rassurée, tranquillisée et heureuse. Elle veut son bébé. Je veux ma mère !
Ce n’est pas fini encore !? Arrêtez de me laver ! Quelle ignorance ! J’arrive ici avec ce qu’il faut. Je ne suis pas sale ! Économisez votre savon à deux franc six. Je suis gluante, brillante. J’ai tout prévu. C’est ma crème super luxe pour quelques jour à venir. J’ai envie de préserver ma peau raffinée et fine de votre monde stérile. Eh. Imbécile. Ne m’agresse pas avec ta vision de propreté. Cela sent la pauvreté. Ton esprit est petit comme une noisette. Laisse tomber ta petite serviette. Elle râpe ma peau délicate. Mais… Eh… Oh…
Y-a-t-il une fin à cette torture ? Non. La brulure ! A-A-a-a-a… Mes yeux ! Les goutes ! Ça encore ! Laisse moi mes bactéries, c’est sont mes amis. Tu m’envies ? Même si l’hôpital est une usine, change ta routine. Regarde ailleurs, bouge ta masse grise. Vas-y ! Je t’en prie ! Je t’en supplie ! Ça suffi !
 
6. Nourrisson
Je suis.
Le quotidien. Tout change, bascule. Le tremblement gigantesque. L’incertitude. Au secours. Le bébé est neutre. Innocent. Non. Que des histoires. Tout cela n’a aucune réalité. Je ressens moi. Je ressens ce qui ressent ma mère. Je suis reliée. Aucun moyen de se défaire. Couper le cordon. Oui. Couper le cordon, couper le cordon, couper le cordon… C’est fait, on connait les conséquences. Sauf, si ma mère a peur, je le sens et j’ai peur. Elle angoisse et je ne me sens pas en sécurité. Lorsque je crie, je pleure. Elle ne sait pas ce qui se passe. Je vois sa peur. Son incertitude. Je me dis c’est quoi ce monde ?
Donnez-moi des moyens, une chance. Une expression variée et plus subtile. Encore aujourd’hui, je me sens traumatisée. J’ai grandi, mais je n’ai rien compris.
Je pleure si j’ai faim, je pleure si j’ai soif, je pleure si je suis fatigué et je pleure si j’ai mal. Je pleure des émotions et si j’ai peur. Je pleure si je ne comprends pas et si je me sens frustrée. Je pleure de la colère et des ennuis. Je pleure…
Ma mère. Ma pauvre mère. Elle n’a aucune formation. Donner lui la comprehension. Devenir mère est une énorme transformation. Comment donner, savoir et élever. C’est naturel, c’est programmer !? Je ne dirai pas ça, franchement, mais personne ne me demande. Je pleure.
Ma mère. Ma pauvre mère. Elle me donne à manger. Lorsque je crie, je pleure. Elle ne sait pas ce qui se passe. Elle me donne à manger.
Je pleure si j’ai faim, je pleure si j’ai soif, je pleure si je suis fatigué et je pleure si j’ai mal. Je pleure des émotions et si j’ai peur. Je pleure si je ne comprends pas et si je me sens frustrée. Je pleure de la colère et des ennuis. Je pleure…
Elle me donne à manger.
Je pleure aussi lorsque j’ai envie d’amour, de sentir sa chaleur et sa respiration. Son battement du cœur me manque tant. Je pleure…
Elle me donne à manger. Encore aujourd’hui, je me sens traumatisée. J’ai grandi, mais je n’ai rien compris.
Aujourd’hui. Je mange, comme j’ai appris. Lorsque mon âme crie et pleure ; je mange. Lorsque je me sens fatigué et mal ; je mange. Lorsque j’ai trop d’émotions et j’ai peur ; je mange. Lorsque je ne comprends pas et j’ai peur ; je mange. Lorsque je me sens en colère et frustrée ; je mange. Encore aujourd’hui, je me sens traumatisée. J’ai grandi, mais je n’ai rien compris.
Je mange aussi lorsque j’ai envie d’amour, de sentir une chaleur et une respiration. Je mange. Lindt est très conseillé dans ce cas de figure. Le chocolat rends heureux. J’entends ma mère dire « mange ». Je mange.
Je ne l’en veux pas. J’ai compris. C’est aussi tout simplement ce qu’elle a appris.
J’ai juste envie de comprendre pour ne pas reprendre. J’aime tant apprendre. Pour ne pas répéter, mais plutôt donner, donner plus d’amour pour en recevoir. Je suis venue pour cette raison. Il n’y a pas autre chose à faire.
Ma mère. Ma pauvre mère n’a pas su, pu m’allaiter. J’ai qu’à deviner. Le pourquoi ? Une trop grande intimité ? Trop de proximité ? Je comprends. On m’a donné le lait de vache. Je ne suis pas un veau. Eh. Oh.
J’ai bien grandi. Okay ! Les centimètres et les grammes. Quelqu’un a pensé à mesurer mon âme ?! De le mettre sur une balance de bonheur pour pouvoir voir son poids, son consistance. Peut-on voir une bonne croissance. Une courbe bien montante, augmentante et rassurante ?

 

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 15:25

Autobiofiction*  

Atelier en deux séances – 20 mai et 6 juin

 

Il s’agira de passer d’un texte biographique à une fiction.

La méthode :

Lors du premier atelier, le 20 mai

 

Rédaction d’un texte autobiographique.

La consigne :

Devra être écrit à la première personne, au présent, de façon chronologique, sous forme télégraphique. C’est donc plus qu’un CV développé car la matière devra être personnelle, familiale, intime… Il faudra y introduire des personnes, des faits qui ont marqué l’esprit par leur singularité, leur violence, leur étrangeté, les sentiments qu’ils ont engendrés, les rêves qui ont pu orienter le cours de votre vie, les croyances, passions, hobbies…

 

Une fois terminés, chacun retourne son texte et le numérote au dos sans qu’il soit lu à voix haute.

Ensuite, un dé permettra le tirage au sort d’un texte au hasard de façon à ce que chaque texte revienne à un autre participant que l’auteur. Il ne faut évidemment pas reprendre le sien. L’intérêt étant de ne pas savoir qui en est l’auteur.

 

Lors du second atelier, le 6 juin 

A partir du texte reçu le 20 mai, le réécrire sous forme d’une fiction.

 

La consigne :

Retravailler le texte en le passant au passé et à la troisième personne. Introduire des éléments fictifs susceptibles de renforcer la narration sans pour autant nuire à sa plausibilité.

Nommer les différents personnages sous forme d’une périphrase comme dans les Trois Parques de Linda Lê où les personnages se nomment :

 

Travailler le style en introduisant dans ce texte :

- des interjections, des onomatopées, des néologismes de votre cru (mots inventés par vous – mots valises, par exemple)

- des répétitions de mots, de sons, de syllabes, de lettres

- des proverbes vrais ou faux (voir le texte de Béatrix Beck)

- des expressions toutes faites

- des exclamations ou des points de suspension  (à la manière de LF Céline)

 

Contrainte particulière :

La première phrase devra être tautogramme, c'est-à-dire que les mots (noms communs ou propres, verbes, adjectifs, adverbes, à l’exclusion des articles et autres mots d’articulation du langage) devront tous commencer par la même lettre. Voir la première phrase de l’extrait des Trois Parques.

 

*Il s’agit bien d’autobiofiction et non d’autofiction

 

Textes de référence :

 

Les trois parques de Linda Lê

Vulgaires vies de Béatrix Beck

Guignol's band de Louis-Ferdinand Céline

Fils de Serge Doubrosky

(Une panne de scanner m'empêche de fournir ces deux exemples. J'apporterai des photocopies jeudi)

 

 

 

 

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 14:26

 Deuxième atelier  : je me souviens du cadavre exquis

 

Je me souviens de ma première lecture du Démon

De mon quartier, barres d’immeubles dressés autour d’un square poussiéreux et bruyant

Et de cette bouffée d’air enveloppante dès ma descente de l’avion et des couleurs chatoyantes et des odeurs épicés

D’un ciel sans nuage où filent un essaim d’oiseaux à perte de vue

De tes yeux qui scintillent à la lumière du jour

De montées de lait, lait offert au bébé affamé

Je me souviens de l’extrême droite au second tour

Que les oiseaux d’Hitchcock mon profondément troublé

 

Le texte :

 

Je me souviens, assis sur mon lit d’étudiant, de ma première lecture du Démon dans mon quartier aux barres d’immeubles dressés autour d’un square poussiéreux et bruyant.

Je me souviens de mon envie de m’évader, de quitter la tristesse et partir loin de ce béton.

Je me souviens de ce désire de voyages extraordinaires et de la sensation procurée par la bouffée d’air enveloppante dès ma descente de l’avion et des couleurs chatoyantes et des odeurs épicés.

Je me souviens d’une soirée tranquille, d’un ciel sans nuage où filent un essaim d’oiseaux à perte de vue, de ta présence et de tes yeux qui scintillent à la lumière du jour.

Je me souviens de cette nuit d’amour unique, de ton ventre rond, de ton rire libéré, de la naissance de notre fils, des premières nuits passées ensemble et des montées de lait, lait offert au bébé affamées.

Je me souviens avoir été heureux, avoir eu peur pour toi, pour lui, pour son avenir en voyant l’extrême droite au second tour.

Je me souviens aussi de moi regardant la TV durant ses longues siestes et que les oiseaux d’Hitchcock mon profondément troublé.

Mais aujourd’hui, je n’ai plus peur… 

de ma cité grisâtre aujourd’hui peinte en rose,

 de ne plus jamais voir tes yeux scintillés que je rencontre chaque matin,

 du devenir de notre fils que je vois chaque jour plus grand et plus fort,

de passer trop de temps devant la TV car nous n’en avons plus,

d’être pris par le démon car mon amour pour toi m’en protège.

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 16:54

 atelier du  27 avril (voir le dispositif

  

   Textes de Valérie    

 

 Grand Bonheur  

 Mots sélectionnés :

 Maison, protection, équilibre, deux, chaud, séduction, sac à dos, sanglots, enfant, froid.

Phrase de départ :

Loin du froid et des sanglots, je veux une Protection.  

Texte développé :

Loin du froid des cœurs et des sanglots de l'âme, l'enfant cherche profondément l'équilibre. A la découverte de la vie, avec son sac à dos, il recherche la Maison où il se voit à deux, bien au chaud. Tout en séduction, le voilà parti sur les routes de la vie, et criant "Je veux une Protection ! ".

 

Bonheur quotidien 

Mots sélectionnés :

Sourire, rêverie, vivant, plaisir, gourmande, peau, lit, fleurs, musique, solitude.

Phrase de départ :

Un sourire, un frisson sur la peau, je suis vivant.

Texte développé  :

Un sourire me vient à  l'écoute d'une splendide musique et je pars dans mes rêveries. Le délicieux parfum des fleurs flotte au-dessus de mon lit. Loin de ma solitude légère, je sens le plaisir de retrouver le mouvement de la vie. Après un frisson délicat sur ma peau, je ne résiste pas à être gourmande de tout ce qui se présente. Mon univers est vivant; très fort, je le ressens.

 

Petits bonheurs

Mots sélectionnés :

Bulle, chapeau, photo, sieste, douceur, été, rosée, tarte aux fraises, chagrin, blé.

Phrase de départ :

Pépé fait sa sieste, sous son chapeau ! Elle a l'air tellement belle, sa bulle !

Texte développé :

Pépé fait sa sieste, vite une photo ! Sous son chapeau vieilli, il est entouré d'une douceur perceptible. Ils sont tellement loin, ses chagrins, elle a l'air tellement belle, sa bulle ! Il est venu s'installer là, tranquillement, juste après la petite rosée, pendant que la tarte aux fraises refroidissait sur le rebord de la fenêtre. Un peu plus tard, dans cette journée d'été suspendue, les blés onduleraient sous le soleil ardent.

 

  Textes d'Ariane   

 Grand bonheur

Quand les larmes coulent sur mon visage et qu'après il neige cela me redonne de la joie et je m'épanouis avec mes frissons les plus rares. Je pleure de joie. L'amour règne dans la maison  

Bonheur quotidien

Quand je vais a une fête avec mes amies j'ai le cœur qui bat très fort et je fais plein de découvertes comme l'alcool, les bisous partout mais ce que je préfère c'est quand je rentre sous la pluie avec tous ces rêves plein la tête.

Petit bonheur 

Ce que j'aime bien à  la plage, c'est voir le chat au soleil et le plaisir de faire des jeux, le délice des petites pauses et surtout les cadeaux,

                                                                                                                     

  Textes de Caroline 

Petits  bonheurs  

Boire les après-midi d'été  et accueillir la pluie le soir sur ma peau, c'est délicieux. Je revois alors des amis vieux de dix ans et cela me fait drôle. Tu aimes cuire des brochettes au barbecue et je te regarde faire. Le dimanche, on fera la sieste tous les deux dans le lit. La chantilly faite à la main, c'est si bon mais je n'ai jamais su la faire bien. Tant pis. Je referai une tarte aux fruits. S'être rencontrés, c'était improbable.

Bonheur quotidien

Je te fais un bisou, tu me souris. Comment toucher ton cœur ? Ton adolescence est une jolie fleur qui joue de la guitare. Préparer du chocolat chaud pour toute la famille quand il fait si froid dehors.

J'aime la douceur sucrée de nos liens.

Grand bonheur

Il est rare ce frisson de joie. La maternité si peu de temps dans une vie. J'aime la rêverie d'un enfant, la sérénité des pigments dans l'aquarelle, le soleil pétillant dans notre maison.

 

Textes de Cathy

Grand bonheur

La vie et les rencontres ne devraient être qu'une succession d'amour et de douceur. Un bébé qu'on câline, un moment de cocooning avec son enfant, de belles découvertes, notre côté créatif qui s'exprime : ne sommes-nous pas dans le grand bonheur ?

Bonheur quotidien

Les bisous inconditionnels de son chat dans le cou épanouissent son sourire et ravivent sa gaîté. Dieu merci il n'est pas le seul à lui procurer ce plaisir. Les bisous d'Aymeric renforcent sa joie, leur complicité et la rendent belles.

 

Petits bonheurs

Cet après-midi de printemps, se levant de sa sieste, Eléonore observe le ciel et n'aspire qu''à une chose un bol de chocolat bien sucré devant la cheminée. Elle ira ensuite ramasser des fleurs éphémères pour préparer de délicieuses tisanes.

 

 Atelier du 11 mai (voir le dispositif)

 

Texte de Valérie

Exercice n° 1 : Logo-rallye 

Mots sélectionnés et ordre d'utilisation à respecter :

1/ pérenniser, 2/ masque, 3/ anniversaire, 4/ complicité, 5/ affection, 6/ vache, 7/ pomme. 


 

Texte  produit :  Georges venait de vivre un moment exceptionnel. Il avait réuni ses amis d'enfance autour d'un projet qu'il avait bien l'intention de pérenniser. Caché derrière son masque discret de grand organisateur, il avait pris en main tous les détails de cette soirée d'anniversaire.

Entouré de ses proches avec qui il nouait une complicité infinie, il avait manifesté  une affection toute particulière

pour ses vieux copains. Les quelques épisodes gardés en mémoire qui relataient les rares faits et gestes d'une ou deux peaux de vache ne gâchaient en rien le moment partagé tant attendu !

Georges se sentait comme vivant en suspens dans cet instant magique, telle une pomme accrochée à sa branche attendant qu'on vienne la cueillir en guise de signe qui arrêterait le temps… 

 

Exercice n° 2 : lipogramme

 

Lettre interdite : E

 

Texte produit :

Armand suivait un fil qu'il souhaitait infini. Il aimait voir loin. Amis, tous autour du gourou ! Grands instants palpitants pour copains d'avant. Voilà vingt ans passant ! Voilà un Armand aujourd'hui grisonnant, mais vivant !

 

Texte de Nathalie  

Exercice n° 1 : Logo-rallye 

 Mots sélectionnés et ordre d'utilisation à respecter :

  1. Peau      2.Fruits    3.Le froid      4.Chantilly      5.Tintin        6.Bonheur      7.Chapeau

 

Comme une peau de chagrin, les fruits se réduisaient ! Il est vrai qu’avec le froid, on avait plus besoin  de vitamine C que de crème Chantilly !

On avait tous suivi Tintin au Tibet mais maintenant il nous en coûtait. Qu’allions nous devenir, perdus dans les montagnes, congelés dans la glace ! Notre dernière heure semblait proche.

Soudain, l’un des nôtres, encore un peu gaillard, s’écria à la manière d’un marin perdu en mer : « Dalaï-Lama, Dalaï-Lama ». En effet, à notre grand bonheur, apparaissait au loin une petite tâche orange.

Le Dalaï-Lama, bravant les Chinois, venait, tel le Messie, nous sauvait du Yéti. Ce petit homme à  lunettes portant chapeau, que dis-je, portant chapka, arriva près de nous.

Et c’est dans un élan plein de ferveur polaire que nous nous convertîmes tous en chœur au Bouddhisme.

 

Le lipogramme (Sans la lettre A)

Tintin file vers le Tibet et nous plus vite encore que lui.

Comme une couenne de peine, notre réserve de nourriture se réduit ! Le froid bouffe les forces encore plus qu’une crème fouettée. Notre dernière heure semble proche.

L’un des nôtres, un peu moins mort que le reste de l’équipe s’écrie subitement : « Le chef du Tibet libre, le chef du Tibet libre ». En effet, pour notre bonheur, surgit une petite boule de couleur rouge et soleil mêlée. Le chef du Tibet libre vient tel le Messie, nous délivrer du Yéti. Cet homme en lunettes et couvre-chef russe surgit près de nous.

Le Bouddhisme vient de trouver de récents convertis remplis de ferveur et sûrement gelés ! ! !

 

Texte d'Olga  

Exercice n° 1 : Logo-rallye 

Mots sélectionnés et ordre d'utilisation à respecter :


Guitare, liberté, tisane, chocolat, anniversaire, affection, bonheur
 
Guitare gitane remplissait la salle des fêtes, en faisant danser et vibrer, non seulement les murs, mais aussi les participants. La musique enflammait le public de la soirée russe, organisée dans le village. Les gens se mélangeaient, les un venus par curiosité, d’autre parce qu’ils n’avaient rien prévus pour la soirée. Au départ pudique, ils retrouvaient tous peu à peu leur liberté. Il faut dire qu’ils n’ont pas bu que de la tisane ce soir-là. Déjà à partir de quelques goutes vodka enlève toute sorte de gêne. Elle réuni. On s’embrasse et on s’enlace, en se laissant importer par la mélodie.
Au cours de la soirée une jolie boite du bon chocolat suisse a été offerte à un des guitaristes. C’était le jour de son anniversaire. Il avait l’air heureux. Il montrait beaucoup d’affection pour sa troupe. Bonheur simple se devinait sur son visage. Comme si au travers son instrument il accédait au paradis.
« le même » texte, sans la lettre « u »
Trois violents gitans remplissaient ce soir la salle des fêtes. Ils faisaient danser et vibrer. La soirée slave, organisée dans le village, était complète. Cette mélodie étrange avait attirée des gens différents. La soirée arrosée de vodka enlevait la gêne des participants. Ils embrassaient, ils enlaçaient. Boite de chocolat. Offerte à la personne. Anniversaire. Image faible. Visage de joie. Les gens montraient de l’affection ce soir là. A travers la chanson, on accédait à la légèreté. La simplicité rayonnait de la scène, en envahissant la salle. On transpirait innocence. Ce soir là, l’âme était slave. La joie sans limite.
 
 
La guitare est un des instruments que jouait mon père. Accordéon aussi. Avec beaucoup d’aisance. Plaisir. Il fondait avec son instrument, en devenant un. Il animait souvent des soirées. Mariage, anniversaire… Mon père était très doué. Non seulement pour la musique. Avec beaucoup de liberté il touchait à tout. Photographie, écriture, bricolage…
J’ai des souvenirs lointain et flou de papa. La vie nous a séparait tôt. Trop tôt pour moi. J’étais petite et j’aurais voulu partager plus avec cette homme, pleine de richesse. Sensibilité.
Le soir, la tisane dans la main, j’aime penser à lui. La nostalgie. Je sors le chocolat. Je mange un carré et puis un autre. Je rêve, je songe. Je me rapproche de lui. Je pense à son anniversaire. Bientôt. Aimerait-il aussi un carré et puis un autre. Une boite ? Une plaquette de Lindt ?
Je ressens de l’affection pour papa. Reconnaissance. Derrière la nostalgie et tous les bons souvenirs. Bonheur. Je le ressens. Il est doux.
Je t’aime papa.
 
« le même » texte, sans la lettre « u »
Papa adorait le violent. Accordéon. Ses doigts se promenaient avec vitesse incroyable. Artiste. Animation. Soirées, mariages, anniversaires. Il était très habile de ses mains. Jolies photos, bricolage, lettres… je pense à toi.
Papa, sensible, riche. Je pense à toi, avec la tisane dans ma main. Le soir et le matin. Toi. Moi. La nostalgie. Chocolat. Je rêve, je songe. Je me rapproche, je voyage. Ton anniversaire. Bientôt. Je t’offre Lindt. Je ressens de l’affection. Derrière la nostalgie…
Reconnaissance. Mémoire. Plaisir. Toi.
Je te vois.
Je t’aime, papa.

 

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 16:30

 affiche-atelier-alphabet1

affiche-atelier-alphabet2.jpgCet atelier a été organisé en dehors du "cycle" des ateliers Dirlici, dans le cadre de l'animation Lettres en fêtes de la Médiathèque. Il s'agissait tout d'abord d'une loterie de mots, durant laquelle les usagers de la médiathèque ont pu glisser les mots de leur choix, en fonction de thèmes qui leur étaient proposés.

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier du 27 avril

 

Après dépouillement, classement et comptage des mots issus de la loterie, le mot bonheur se détache avec 8 occurrences

 

Nous avons donc travaillé  sur le thème du BONHEUR

 

Il y avait trois sous-thèmes :

grand bonheur

bonheur quotidien

petits bonheurs

 

On a  procédé comme suit :

 

Chaque participant forme des groupes de mots qu’il estime se rapporter à l’un ou l’autre des sous-thèmes. Par exemple, on peut mettre Maternité dans Grand Bonheur, Gaîté dans Bonheur quotidien, Chocolat dans Petits bonheurs

 

Après avoir constitué ces trois groupes de mots,  chaque participant en a choisi trois avec lesquels il a rédigé trois phrases, chacune devant appartenir à chaque sous-thème.

Exemple : Inconditionnel du chocolat, j’en bois avec joie. (Petit bonheur quotidien)

 

On obtient ainsi trois phrases pour chacun des 3 sous-thèmes.

 

Chaque phrase va ensuite être enrichie par ajouts successifs en essayant, autant que possible, d’utiliser les mots de la liste :

Exemple :  Petit bonheur

 

Inconditionnel

Du chocolat

J’en bois

Avec joie

 

Devient

 

Inconditionnel

Du chocolat,

J’en bois chaque matin

Une grande tasse avec joie

Je ne connais rien de plus délicieux

Que ce chocolat-là !

Surtout s’il est bien sucré.

Ce chocolat, une gourmandise !

Et au diable la diététique !

Tant pis pour la cellulite !

Je me fiche pas mal du surpoids

Mon chocolat du matin, je l’aime

Comme d’autres aiment le thé

- Thé glacé ou thé à la menthe -

Je ne peux m’en passer,

Je suis accro comme on peut l’être à la cocaïne.

 

Peut-être devrai-je me mettre à l’eau minérale ?


 

La moisson de mots

16 mars

A comme AMOUR

 

Absence

Affection (2 fois)

Angoisse

Bisou

Cœur

Ephémère

Famille

Fascination

Fidélité

Frisson

Incandescence

Inconditionnel

Joie

Lien

Pomme

Rare

Sentiments

Souffrance

Vache

 

17 mars

B comme BOISSON

 

Alcool

Alcoolisme

Aqueduc

Assoiffé

Bière

Boire

Bulles

Café

Coca-cola
Dionysos

Eau

Eau minérale

Été

Fête

Festivités

Grenadine

Ivresse (2 fois)

Jus de raisin

Jus d’orange

Morito

Nectar

Pétillant

Rosée

Salive

Sirop

Soif (4 fois)

Sourire

Thé à la menthe

Thé glacé

Tisane

Vie

 

18 mars

C comme CHAGRIN

 

Araignée

Amour (2 fois)

Blessure

Chagrin

Larmes

Mélancolie

Morose

Nostalgie

Peau
Pleurs 2

Pluie

Sanglots

Triste

Tristesse (2 fois)

 

19 mars

D comme DEUIL

 

Adieu

Épreuve

Tristesse (2 fois)

Ténèbres

Retour

Perte

Solitude

Mort

Souvenir

Noir

 

20 mars

E comme  ÉTÉ

 

Amis

Bermuda

Blé

Bourgeons

Chaud
Brochettes

Douceur Flâner

Hiver Jaune

Pause
Peau

Plage

Rayons

Repas

Retrouvailles

          familiales

Sable

Sieste

Soleil

Sueur

Tongs


23 mars

F comme Fête

 

Anniversaire 2

Bonheur

Cadeau

Carnaval 2

Champagne
Cotillons

Fleurs

Gaîté

Joie

Mères

Serpentins

 

24 mars

G comme Gâteau

 

Anniversaire 3
Chantilly

Chapeau
Chocolat 6
Crème

Délice

Délicieux

Douceur

Fête 2

Fêtes
Gourmandise 2

Miam
Pâte

Pièce montée

Sable

Sucré

Tarte aux fraises

 

25 mars

H comme Hendrix


Cocaïne

Cordes

Guitare (2 fois)

Woodstock (2 fois)

Génie

Électrique

26 mars

I comme IDENTITÉ

 

Carte (3 fois)

Diversité

Égalité

Famille
Inacceptable

Intégration

Passeport (2 fois)

Personnalité

Photo (2 fois)
Problème

Trait de caractère

 

27 mars

J comme JEUNESSE

 

Adolescence

Avenir

Bonheur

Découvertes
Enfant

Espoir

Éternelle
Gaîté

Insouciance (5 fois)

Je-m’en-foutisme

Jeu

Jeux

Joie

Joyeux
Liberté

Rencontre

Vie

 

30 mars

K comme KILO

 

Bisous

Bougez

Cellulite

Diététique

Gourmande

Gym

Fardeau

Fruits

Ménopause

Plaisir

Poids

Regard des autres
Régime (2 fois)

Surpoids

31 mars

comme LÉGALITÉ

 

Conformité

Décret

Deux

Égale

Équilibre
Fidélité

Juste

Justice (2 fois)

Jurée

Légèreté

Liberté

Lit

Maternité

 

1er avril

M comme MATERNITÉ

2 avril

N comme NAISSANCE

 

Allaiter
Bébé

Bonheur (6 fois)

Câlinage

Courage

Eclosion
Famille

Féminité
Joie
Jumeaux

Maman

Mère

Optimisme
Petit enfant petits soucis, grand enfant grands soucis

Printemps (2 fois)

S’épanouir

Sérénité

6 avril

O comme OPÉRATION

 

Addition

Calcul

Chirurgicale

Chirurgie
Commando

Lifting

Mieux-être
Mathématiques (2 fois)

Multiplication (2 fois)

Séduction

 

 

7 avril

P comme PÈRE

 

Absence

Adoption

Amour

Apprentissage

Autorité (2 fois)
Champion

Chocolat

Complicité (2 fois)

 

Créateur

Gros

Handicap

Moustache
Noir

Papa (la personne qui m’élève)

PAPA

Patriarche
Pérenniser
Protection

Travaille

Tyran

 

8 avril

Q comme QUIDAM

 

Nez en l’air

Énergumène

 

9 avril

R comme ROI

 

Bleu

Château

Couronne (2 fois)
Épiphanie

Jeu de cartes
Lys
Pouvoir

Privilège
Reine
Royaume

Sacre
Soleil

 

9 avril

S comme SAC

 

A malices

Bazar
Jours ou Fours ou Tours

Malice

Puces

Pollution

Poubelle

Sac à main

Sac à dos

 

13 avril

T comme Toit

 

Everest (2 fois)

Protection

Paris

Charpente (2 fois)

Réparation

Toiture

Cocooning

Ciel

Chat

Velux

Cheminée

Gouttière

Combles

Maison

Tuile

Toit du monde

 

14 avril

U comme UTOPIE

 

Amour partout

Aller sur mars

Autre monde

Belle
Illusion

Imaginaire

Quête

Rêverie

 

15 avril

V comme VIE

 

Eau
Enfanter

Feu

Joie
Joie de vivre

Mort

Soleil
Souffle
Vedette

Vérité
Vivant

 

16 avril

W comme WAGNER

 

Apocalypse

Classique
Exigeant

Misère

Musique
Notes

Piano

Théâtre

 

17 avril

X comme XYLOPHAGE

 

Charpente

Larves

Xylophone

 

20 avril

Y comme Yéti

 

Froid

Glace

Himalaya

King Kong

Légende

Mythe

Neige

Poils

Poilu

Tintin

Voiture

Yoyo



21 avril

Z comme Zorro

 

Bernardo

Cape

Cavalier

Épée

Hacienda

Hidalgo

Justice

Justicier

Masque

Noir

Rêverie

Sergent Garcia

Sexy

Z

 

 

 Atelier du 11 mai

 

 

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 15:23

Corinne P.

Corinne-20-ans.jpg

Je suis descendue chez mes parents, à Saint Paul Cap de Joux, dans le Tarn. Ils ont organisé un repas familial. Je reviens rarement dans la région, mais ce jour-là les circonstances l'imposent. Colette et Maurice ont invité un couple d'amis, Dany et Néné, dont les prénoms désuets signalent davantage la gentillesse que le côté « bidochon », imperceptible. Leur particularité: ils se sont mariés deux fois ensemble !

Ma grand mère Mathilde est là aussi, qui nous fait partager sa vision positive de la vie. Et enfin, Nathalie ma «petite » sœur chérie, qui travaille à Toulouse.

 

C'est elle qui me photographie.

Je lui explique rapidement le fonctionnement de l'appareil Minolta que mon job d'été m'a permis de m'offrir. Depuis que je m'initie à la photo, j'ai choisi de faire des essais de noir et blanc, référence gardée envers tous ces génies de la photographie du milieu du siècle que je vénère.

Je lui demande de me prendre en photo, en essayant de paraître naturelle, comme prise sur le vif. Je refuse de regarder l'objectif malgré sa demande, d'où mon regard en biais, un peu fuyant.

Le vieux puits est un bon endroit pour la prise de vue : on découvre en arrière-plan l'écrin formé par le vieux jardin potager planté de fruitiers. Mes parents l'ont acheté depuis peu et y ont construit leur maison. Ce jardin est proche de celui de mes grands parents paternels. Enfant, mon père venait y grappiller du raisin sur la vieille treille encore debout en ce jour de janvier 83.

L'hiver est doux : je ne porte qu'un gilet de laine fine et quelques rayons de soleil réchauffent mon dos. Ma mère en a profité pour sortir du linge sur l'étendoir au fond du jardin. C'est sa marotte, un moyen très efficace et très sain pour aérer les fibres de coton, comme elle l'explique inlassablement tandis qu'on la taquine pour son geste futile.

J'ai le visage détendu : tout me réussit en ce moment. Les études sur l'univers végétal entreprises à Angers me passionnent. Je suis amoureuse et me sens désirée. Mon petit ami occupe agréablement mon esprit. Il m'a dit au téléphone qu'il attendait mon retour, après avoir réussi à trouver mon numéro parmi les dizaines de Pinel habitant le Tarn. Les portables n'existent pas encore et je ne lui ai pas communiqué le numéro de mes parents. Hum... c'est bon d'être aimée!

J'avais 20 ans sur la photo. Elle a retrouvé sa place dans l'unique album familial d'avant mes voyages.

 Elle m'a rappelé des moments de bonheur partagés, et la nécessité de l'amour comme colonne vertébrale de ma vie.

 

Corrine B

  

corinne-B.jpgC’est moi, j’ai 20 ans !

Je reviens de Djerba avec mes parents. Je ne suis plus en révolte, je ne veux plus découvrir le monde et sauver la planète. Je suis heureuse de retrouver ma famille et le lieu de mes vacances enfantines, St Briac où je jouais au club Mickey avec mes amis et mes cousins. Cette plage du Béchet  où j’ai bâti tant de châteaux de sable, exécuté tant de roulades et amassé tant de merveilles. Cette mer fraiche dans laquelle je me baignais et pêchais avec mon grand-père. Cette plage, où pour notre « quatre heures », m’accueillaient les bras de ma grand-mère pour m’enrouler dans d’immenses serviettes orange en éponge douces, avec lesquelles elle me frictionnait avant de nous servir notre goûter breton fait maison. 

 Aujourd’hui je suis une femme fière, libre, belle et bronzée.  J’ai vu le monde, aidé les hommes et tout me réussi. J’allais chercher ailleurs et tout était là en moi ! Je suis passionnée de musique. Elle sera ma vie.

Le sable encore humide d’une récente averse, est doux sous mes pieds. La mer est ma source d’apaisement, et cette plage mon bercail ; mais ma vie se construira à Paris parce que tout y vit. Je sais où je vais.

 

Olga

 
J’ai 20 ans sur la photo
Je la prends
Je la garde
Elle me plait
Elle retient un instant
Bonheur, fierté et grande beauté
 
J’ai 20 ans sur la photo
Elle brille et scintille
Elle a presque 20 ans aujourd’hui
Contrairement à moi
Je la trouve bien conservée
Elle brille et scintille
 
J’ai 20 ans sur la photo
Ses couleurs éclatantes
Montrent une fraicheur élégante
Sa taille modeste témoigne
Une beauté terrestre
Arbre, buisson, le bleu céleste
 
J’ai 20 ans sur la photo
Je souris, je pose
Je m’expose
Je me trouve craquante
Belle, grande, ravissante
 
J’ai 20 ans sur la photo
L’été, je viens de sortir de l’eau
D’un grand lac
Entouré d’un immense parc
Je m’appuie contre un arbre
Belle, grande, ravissante
 
J’ai 20 ans sur la photo
Dans mon maillot(bikini) tout rose
Je ne me cache plus
Ma première année de « Liberté »
C’est nouveau, c’est reposant
S’accepter, se découvrir, se montrer
 
J’ai 20 ans sur la photo
Je suis accompagnée d’un groupe, il me regarde
Amis: Oleg, Elena, Helga, Georg,
Walter, Tamara, Alexandre, Sacha
Nous avons préparé un piquenique
Nous fêtons le printemps et un anniversaire
 
J’ai 20 ans sur la photo
Si je la regarde
Je vois une star
Une photo comme une autre
Dans un magazine féminin
Et au même temps elle est si vivante
 
J’ai 20 ans sur la photo
Si je la regarde, je ressens de l’émotion
Je viens d’arriver en Allemagne
J’ouvre une nouvelle page de vie
Un passage nouveau, excitant
Riche, marquant, exaltant
 
J’ai 20 ans sur la photo
Si j’ouvre les journaux
Chaque page crie, chuchote
Des histoires du nouveaux pays
Les briques du mur  sont autrement utilisées
Elles sont exposées aux musées
 
J’ai 20 ans sur la photo
Je suis photographiée par
Mon futur premier mari
Le futur père de mon premier enfant
Mais tout cela
Je ne connais pas. Je suis là…

 

Bérengère

bérengère 20 ansMoi à vingt ans, photo figée, moment instantané

Instant réel ou instant rêvé

Souvenir imaginé ou réalité  gravée

Marque indélébile d’un événement passé

Ou piètre tentative de rendre immuable un souvenir ne correspondant en rien à ma propre histoire.  
Par une chaude après –midi ensoleillée, tu as saisi une fugace intimité

Instant paisible, instant immobile

Recherche d’identité. 
Bercé par le doux clapotis des remous de l’Hérault, 

Le sourire apparaît, non retenu, peut- être un peu forcé

La pose est sans doute empruntée mais les sentiments sont vrais. 

Telle une vague déferlante noyant tous faux – semblants

Je ne me prête plus un à  jeu, je suis.

Je vis le présent, le bonheur d’un été, le temps s’est arrêté.

Rien ne m’importe plus que ton regard qui me révèle au monde.

Moi à vingt ans. 

Seul importe la vérité  du moment.

Le sujet véritable transparaît toujours,

Qu’il soit offert ou simplement joué.

L’important réside dans le rendu

L’essence d’un cliché est aussi bien dans l’anecdote que dans le vécu. 

Avoir vingt ans est l’unique certitude de cette photographie.

Je suis telle que tu as voulu que je sois

Je suis telle que j’ai voulu apparaître

Je suis une et multiple

Un être entier et pourtant tellement complexe. 

 

Renaud

Renaud--20-ans.jpgMoi à vingt ans ?

Toi, à vingt ans, oui. Tu me regardes sur une photo prise par Serge. Je suis sur le ponton du club d’aviron de Moissac, en bord du Tarn, un jour exceptionnellement gris du mois de juin (heureusement, cette date t’est donnée par une marque au dos de la photo que tu as décollée d’un album commencé il y a vingt-cinq ans et jamais terminé). Tu es là, avec ton stylo, tu m’observes, tu me dévisages, tu essayes de rentrer dans ma tête, mais y arriveras-tu ?

Certainement pas. Mais est-ce important ? Quand je te voie ainsi, la tête tournée vers moi, un sourire aux lèvres, les cheveux longs en bataille je sais que je ne peux pas trouver ce que tu penses, vraiment. Je sais que tu es étudiant à Lyon depuis deux ans, que tu reviens à Moissac pour les vacances scolaires et que tu te rends souvent au bord de la rivière avec ton ami, mon ami d’enfance, Serge, là où vous passiez beaucoup de temps depuis l’âge de 13 ans à ramer en skiff, en pair-oar, en double scull, en quatre de pointe avec barreur, en quatre de couple, en quatre sans barreur, en huit, et, surtout, à vous …

Stop, tous ces faits n’intéressent personne. On t’a bien dit d’aller en profondeur, de chercher l’essence même de toi-même dans cette photo. Je te le dis de suite : ne cherche pas à me la jouer technique : cadrage à hauteur d’œil, plan rapproché poitrine, format vertical rectangulaire etc. … Tout ça n’intéresse personne. Tout au plus pourrais-tu indiquer les différents éléments de la photo, tels que sa taille non standard, son grain mat particulier indiquant qu’elle a été développée par moi, donc par toi, dans la petite chambre noire familiale ; mais j’ai bien peur que ces commentaires soient également totalement inintéressants, sauf à se plonger dans une nostalgie rapidement ennuyeuse. Allez : regarde de nouveau la photo, plonge en elle, plonge en moi, plonge en toi et …

Stop : j’avais oublié combien tu pouvais être vindicatif (surtout par rapport à certains cinquantenaires).… admettons. J’observe la photo attentivement et j’essaye de rentrer en toi, donc en moi. Tiens, je pourrais tenter de décrire ton sourire afin de montrer toute la difficulté de l’exercice et toute son ambiguïté. Mais, au fait, pourquoi souris-tu ? J’ai beau fouiller dans ma mémoire, rien ne remonte. La déchirure que tu portes en toi depuis dix-huit mois, comme tous les membres de ta famille (pour tes parents cette blessure est la plus terrible qui soit) ne se voie pas et c’est normal. Ce sourire que j’observe si attentivement est définitivement insoluble : simple réflexe au moment de la prise de vue ou illustration d’une confiance en soi un peu acérée ? Peut-être les deux à la fois, car, même si tu sais que les choix sont à venir, tu penses pouvoir les négocier au mieux sans t’en inquiéter par avance. Et cette attitude a un petit quelque chose de paresseux, voire de suffisant, qui mériterait d’être approfondi ...

Facile de critiquer plus de trente ans après !

Exact : critiquer n’aurait effectivement aucun sens. Tu comprendras ce que je veux dire plus tard. D’ailleurs ton côté suffisant, que tu ne connais pas encore, ressortira de loin en loin quand tu lanceras à la cantonade « on est moins con à  quarante ans qu’à vingt », puis plus tard « on est moins con à quarante-cinq ans qu’à vingt », puis, encore plus tard « on est moins con à cinquante ans qu’à vingt »…

Jusqu’à ce que l’assertion soit fausse… si tant est qu’elle fût vraie un jour !

 

Cécile D.

photo-Cecile.JPGJ'ai 20 ans, je suis de la chair fraîche paraît-il, 20 années c'est quoi ça semble si long et demain j'en aurai 70, amen.

Pourtant j'ai déjà malmené mon corps, il a plutôt bien tenu le coup, j'imagine que ça ne sera pas toujours aussi facile.
Là, c'est moi et ma grand-mère, grand sourire aux lèvres, le nez encore aspiré par le pince-nez, eh oui c'était spectacle ce soir. Ahah, riez, moment synchroniquement arrosé, c'était mon objectif de l'année car 20 ans c'est vieux pour apprendre une discipline pareille. Attente, étirements, muscle cardio vasculaire qui palpite pourtant il faut prendre son souffle stop c'est parti la musique démarre on plonge et... un deux trois quatre et un deux trois quatre suivre le rythme, redresser le buste répéter les gestes, dynamique, respirer souffler sourire un regard sur le public et je les repère, "mon" public, en haut à gauche.
Quelques minutes, 4, 5 maximum, et c'est fini. Tout ça pour ça ? Peut-être que 20 ans ça passe aussi vite que ça finalement. Un souffle.


Ma grand-mère, ses 20 ans je les sais au Maroc, sûrement fiancée à mon grand-père, peut-être même déjà mariée, en tout cas sûrement à travailler à la ferme familiale. Les années de pension sont terminées depuis longtemps... Bientôt les enfants commenceront à arriver, et puis ce sera la guerre. Et le retour à la "mère patrie", même si on n'y a jamais vécu... Des préoccupations autres qu'un spectacle de natation synchronisée.

 

A peine 60 ans d'écart, mais un monde a bel et bien changé.
Moi, je suis sur le point de partir aux Etats-Unis, tenter une expérience. L'avenir dira que je n'y resterai que six mois, mais pour l'instant je suis dans la fièvreuse attente du départ : peur et excitation envie d'aller envie de rester, l'attirance de l'inconnu, l'attrait de parler une langue étrangère, et la revanche sur les années difficiles.


Alors buvons un coup, c'est mon anniversaire, 20 bougies le compte est rond, et demain il faut prendre le train, très tôt, trop tôt, ne dormons pas, ou si peu, pourquoi faire ?

 

Gaëla

 

Moi, à vingt ans,

l'impression, banale, d'avoir tout vu. Je m'échappe une nouvelle fois, non pour me retrouver - je fuis cette perspective - mais pour expérimenter le plaisir de la fuite. Je suis éparpillée, je fais naufrage, je me réfugie - là où personne ne pourra venir me dénicher. Soif des autres, et impression étrange d'être abreuvée aux mamelles de l'Afrique. La peau noire des enfants fait se refléter ma blancheur. La plénitude des visages ouverts fait se refléter ma paleur amnésique. On me raconte des histoires, de sorcier, de revenants, on se raconte et on palabre, en buvant, celles-là déjà entendues quelque part, des histoires de dibbouk. Fantômes toujours en filigrane - les vingt ans fantôme. Je touche du doigt le corps-ébène de ces enfants suppliciés au soleil ensanglanté de leurs parents et grands-parents, générations d'âmes errantes, transbahutées d'un camp l'autre. Je touche le bois et leur face m'éblouit. Ils ne racontent pas d'histoires, ils sentent, touchent, rient et pleurent, rarement. Ils se contentent d'être, dans l'éternité du présent, tandis que je cherche à dévider le fil de ma mémoire abîmée par le temps. Ils m'opposent leur rire, leur joie et leur bonheur de toucher la poudre multicolore qui fait surgir formes merveilleuses et couleurs inconnues. J'apprends l'alphabet des couleurs aux enfants-réfugiés, mais en retour ils me nomment les choses, et me montrent du doigt la vie, la vraie vie - celle que je cherche dans les livres. Je suis une réfugiée, ils sont mes hôtes, malmenés, abusés, délaissés, affamés, torturés, mais vivants, de cette vie éblouissante qu'ils m'offrent en cadeau. Ils sont l'éternité, je ne suis qu'une âme errante, passante égarée au détour d'une histoire ; mon axe a vacillé, cette fois pour de bon. Mes certitudes ont cessé de crier leur infamie, leur misère et leur vacuité. Réfugiée dans le silence et les interstices d'un monde-autre, je suis expulsée, une seconde fois.

 

Seconde version

J'ai vingt ans et quelques années, je souris, mais pas à l'objectif, car, si mes souvenirs sont exacts, je ne me sais pas photographiée en ce lieu peu propice à la mise en scène. Je dois fixer un enfant hors-champ, et ce sont les autres qui répondent à mon sourire. La petite fille vers laquelle j'esquisse un geste - de soutien, car elle porte son petit frère sur le dos dans un pagne- a bien saisi l'oeil de l'appareil photographique et s'y dévoile avec joie et retenue, avec grâce. C'est d'ailleurs peut-être la première fois qu'elle se fait photographier.

Frontière Rwanda-Tanzanie, camp de réfugiés, poussière et détresse, convois et distribution de nourriture, croix-rouge et trafic d'armes, yeux rougis des réfugiés, mon énergie farouche, été 2001

sept ans après le génocide ; ces enfants ne l'ont pas connu, la plupart sont nés en exil, en captivité, dans ce camp très probablement

le "camp" n'est pas provisoire, mais j'apprends qu'il a disparu de la carte

J'écris un texte pour dévider le fil de ma mémoire mais je me rends compte que ces mots extrapolent le sujet représenté, en un mot le trahissent. Il me faut reconnaître le visage de l'insouciance, de l'apaisement, d'un certain bonheur, le mien, et celui des enfants qui m'entourent, mais cet apparaître-là est bien contradictoire avec le sujet représenté. Il y a quelque chose comme du déni, de la mauvaise foi, de la dissimulation, du mensonge, dans les interstices de ce cliché pris, sur le vif. C'est l'oeil du photographe qui veut faire dire ce qu'il sait, qui veut montrer ce que même l'on ne saurait supposer ou se représenter : la joie au coeur de l'horreur.

Un véhicule humanitaire appartenant à l'organisation pour laquelle je travaille renverse un réfugié à  vélo qui meurt sur le coup, on doit l'annoncer à sa famille

Un groupe d'enfants jouent comme des fous avec une bouteille en plastique - le ballon de la misère

Des femmes font la queue avec leurs enfants pour obtenir leur ration journalière, se démènent pour donner à manger à tout le monde

L'hôpital est bondé, ma camarade de chambrée attrape le paludisme, elle a une crise, crève de fièvre pendant des heures, je l'écrase de couvertures, cela ne sert à rien, on la transporte à l'hôpital du camp ; ici on meurt à petit feu du palu, et du sida, les malades sont hagards

Quelques taches de pigments colorés sur ma joue gauche me rappellent que c'est l'art qui me relie à cet environnement et aux autres. Je montre les couleurs, toutes ces teintes que j'ai imaginées à Paris comme celles qui se rapprochent le plus des couleurs de l'Afrique : l'ocre surtout, et puis nos couleurs criardes à nous, occidentaux : le rose, le violet, le bleu électrique, qui fascine tant les enfants. Plus tard, avec d'autres enfants, nous montons une exposition de tous les dessins réalisés, érigés comme des trophées sur les fils métalliques qui encerclent les écoles. Nous affrétons même des bus pour que tous les enfants du camp puissent venir admirer les rêves, les joies, les espoirs de leurs copains. Car le sourire fixé sur les lèvres de ces enfants est la mesure de l'espérance qui jaillit de leur geste lumineux quand ils commencent à peindre ou à dessiner.

J'ai vingt ans passés, et j'ai entraperçu ici ce que l'homme a cru voir, dans un songe éveillé, ce qu'il y a de sacré dans l'enfance, qui perdure, que rien ne vient râvir, au-delà de la blessure, au-delà de la souffrance. C'est sûrement ce que veut retenir mon regard sur le cliché, lointain, dans un hors-champ du visage.   

 

Virginie

 

J’ai 20 ans sur cette photographie en noir et blanc prise au lendemain des fiançailles d’une de mes sœurs. 

Ma nièce également âgée d’une vingtaine d’année, douée dans le maniement d’un appareil photographique, trouvant que j’étais particulièrement radieuse la veille, me propose de me photographier. 
Avec agitations, nous nous interrogeons : Où pourrait-on la prendre cette photo ?. Après quelques hésitations, nous tombons d’accord sur l’emplacement : devant la glace dans la chambre à coucher de mes sœurs aînées . 

Les bras ballants et vêtue d’une robe noire capuchonnée, me voilà fixant le miroir. Mais cette pose contemplative me turlupine, elle me fait penser à Narcisse admirant son propre reflet. Aussitôt, essayant d’amoindrir cette image narcissique, j’entreprends de chercher « un prétexte » qui expliquerait ma présence devant ce miroir. Trouvant  aux alentours une trousse de maquillage, je l’ouvre pour en sortir un pinceau puis un poudrier. C’est alors, poudrier dans une main et pinceau dans l’autre, que je pose, prenant un air absorbé et le moins apprêté possible. 

Clic, clac, je suis figée à jamais en noir et blanc sur papier mat. Au premier plan,  vue de dos, ma chevelure épaisse mi-longue, ma main gauche levée et ma main droite tenant un poudrier. Au second plan, le reflet de mon visage, photographié de bas en haut accentue mes yeux bridés ordinairement arrondis, vus de face. Derrière, on peut voir un grand sac en nylon au-dessus d’une bibliothèque blanche en colonne. On voit également l’ampoule lumineuse et le système de branchement que mon père, bricoleur, a installé sommairement : le fil électrique passe devant le miroir, s’y faufile derrière pour redescendre le long du mur. Ceci, relayé au second plan, ne gâche en rien la photographie. 

La photographie, au final, assez réussie pour la jeune photographe amatrice, représente un cadeau pour moi. Elle remémore un moment de complicité partagé avec une parente. Un de ces moments agréables qu’on aime passer, qu’on ait 20 ans ou plus.

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 18:29

  Ma vie de bébé  

 

embryon.jpgIl s’agira, après avoir lu les extraits du roman La vie d’un bébé de François Weyerganz (roman), de L’âme en fuite de Harold Brodley, et de Tropique du Capricorne de Henry Miller, et des documents Naître et Les premiers jours de la vie, d’écrire un texte sur cette mystérieuse aventure que nous avons tous vécue.

Ce texte sera forcément imaginaire puisque la mémoire de ces temps-là nous fait défaut. L’écriture (et la fiction) sont seuls aptes à nous les faire revivre.

 

LIRE OU TELECHARGER LES PDF :

- La vie d'un bébé, François Weyerganz

- L'âme en fuite, Harold Brodley

- Sur le trolley ovarien, in Tropique du Capricorne,
Henry Miller

 

Je propose que ce dispositif fasse l’objet de deux ateliers

 

Dans le premier atelier (29 avril)

on va constituer un corpus d’expressions et de mots.

1°) à partir des textes lus (on prendra le temps de la lire et les annoter)

2°) à partir des images fournies (on notera les images, les idées qu’elles générent)

 

Le but n’est pas seulement de collecter des mots, expressions, bouts de phrases tirées de ces textes, mais d’en produire soi-même. Je pense aux métaphores que peuvent générer la vue des images qu’il faudra considérer autant que possible détachées du contexte, comme si l’on observait des créations artistiques.

 

Cette collection de mots et expressions est précieusement conservée. Elle servira ultérieurement.

 

Puis on écrira 5 textes courts, pour ainsi dire embryonnaires (5 lignes maximum) correspondant aux 5 « épisodes » de la vie du bébé :

 

- Conception

- Fécondation

- Embryon

- Fœtus

- Naissance

- Nourrisson

 

Lecture des listes de mots et expressions

Lecture des 5 textes

 

En prévision du second atelier, réfléchir à une scénarisation sous forme de synopsis du texte à écrire sur le thème  Ma vie de bébé. Il n’est pas nécessaire de respecter la chronologie. On peut choisir d’écrire à la première personne ou à la troisième, au présent ou au passé.

Considérant, que le bébé est une personne, on introduira des notations personnelles, des considérations, des réflexions (sur la vie, sur le monde, sur ses parents…) qu’elles soient réelles (liées au propre vécu de chaque rédacteur) ou inventées. Il serait intéressant, comme le fait Weyerganz, de travailler sur une veine humoristique.

 

Deuxième atelier (6 mai)

 

En début de séance, on se met deux par deux et l’on échange des mots ou expressions – lesquels viendront « féconder » les 5 textes déjà produits. Il s’agira d’écrire par bourgeonnement afin de développer les textes précédemment écrits.

 

Qu'est-ce que j'entends par bourgeonnement ? Exemple :

On prend une simple phrase :

A 21 jours, le bébé mesure 3 millimètres

 

On la fragmente

A 21 jours

 le bébé

 mesure 3 millimètres

 

A chaque ligne, on ajoute un mot, un groupe de mots...

A 21 jours, alors que la mère ne se sait pas enceinte,

le bébé futur

mesure 3 millimètres,

à peine plus qu'un grain de semoule.

 

On peut continuer en écrivant :

Le futur bébé a maintenant 21 jours.  Il mesure 3 millimètres. Il n'est rien d'autre qu'une particule ovoïde de la taille d'un grain de semoule. Alors que sa mère ne se sait enceinte, lui, granule infime, est déjà greffé dans la muqueuse de l'utérus.

 

Etc...

 

Seconde phase :

A partir du synopsis que l'on aura imaginé, on rédige la fiction Ma vie de bébé – de la fécondation aux premiers jours de la vie. Règles d’écriture : le héros est le bébé, c’est lui qui parle, donc on écrit à la première personne. Mais on s’efforcera d’introduire de la distance par rapport au réel, de l’autodérision. On se servira des textes déjà rédigés en les adaptant...

 

 

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