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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 12:07

Volontairement, je n'avais pas publié pas le dispositif du prochan atelier sur le blog.  J'avais juste donné le titre : Sachez Atelier-portrait et indiqué les textes à lire :

 

L'atelier d'écriture, Chefdeville

 

L'Âge d'homme, Michel Leiris

Cabinet Portrait, Bénoziglio

 

Portrait de groupe avec dame, Heinrich Böll

 

L'opoponax, Monique Wittig

 

Le dispositif était celui-ci :

 

Pour cette dernière séance sur le thème Dire de soi, je vous propose de prendre l’atelier pour sujet d’écriture, et plus exactement l’instant de l’atelier, la séance d’atelier pris comme une tranche de vie, puis de vous effacer au profit de l’atelier pour en faire une entité plurielle. Il s’agira de passer du « je » (singulier) au « on » (neutre pluriel).

 

Voici quelques repères à garder en tête pour cet exercice : l’avant de l’atelier (que faites-vous, qu’avez-vous à l’esprit), le pendant de l’atelier (le lieu, le temps, le rythme…), le rapport aux autres participants, votre ressenti de l’écriture… Dans ce but, il faut recourir à des éléments extérieurs (contextuels, factuels, descriptifs, chronologiques…), mais aussi intérieurs (disposition d’esprit, sensations, ressentis…)

 

On écrira trois textes différents sur ce sujet en respectant une longueur et une durée donnée.

 

Contrainte 1 : temps et calibrage

Texte 1 : vingt minutes – une page

Texte 2 : dix minutes – une demi page

Texte 3 : cinq minutes – un quart de page

 

Contrainte 2 : du « Je » au « Il » au « On »

Texte 1 : écrit à la première personne (mise en scène de soi)

Texte 2 : écrit à la troisième personne (mise en scène d’une tierce personne de l’atelier)

Texte 3 : écrit avec « on » neutre (disparition de soi, mise en scène du groupe)

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 18:52

  Une nouvelle  poulpeuse  

 

Enjeu

Ecrire une courte nouvelle policière dont vous  serez le protagoniste (vous ou un narrateur écrivant à la première personne) et où interviendra au moins un second personnage ayant pour nom « Jo » (je propose que l’on détermine ensemble son identité, son physique et son rôle dans cette nouvelle)

 

L’écriture de cette nouvelle aura pour contraintes :

 

Un titre avec un jeu de mots (comme dans la série Le Poulpe) « L’amour tarde à Dijon » ou « Un travelo nommé désir » ou «  Vingt mille vieux sur les nerfs » ou un palindrome « Une valse de slave nu ».

L’apparition de Jo dans le texte où l’on lui fera jouer un rôle

Un changement de rythme dans le texte qui sera lié à  une situation, des circonstances, un fait… Par exemple, vous marchez dans la rue et vous vous retrouvez pris dans un hold up… ). Ce  par une première partie d’exposition, écrite au passé, plutôt descriptive, en utilisant des phrases amples, et une seconde partie, marquant la rupture, écrite au présent, en usant de phrases courtes.

-   Le texte doit comporter un suspense et /ou de l’action et une chute. Il doit aussi vous mettre en scène et donc exprimer des sentiments (angoisse, peur, violence...) ou une certaine distanciation, de l'autodérision, de l'humour

-   Le texte débutera obligatoirement par: « Ça s’était passé comme ça. Je…. »

 

Consignes d’écriture : Nous sommes dans un texte de genre. Il faut donc travailler le style en conséquence. La syntaxe, le vocabulaire, le niveau de langue seront donc adaptés (langage parlé, truculent… recours à l’argot, à des expressions populaires, aux injures et onomatopées signifiantes…

 

Dans un second temps, la même scène sera écrite en adoptant le point de vue de Jo. 

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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 16:46

 

Le texte intense

 

Un objet, un lieu, un événement, un fait marquant... qui est resté gravé dans la mémoire, dont le souvenir réveille une sensation, un sentiment profonds…

 

L’objet de cet atelier est de travailler l’intensité. Il conviendra donc d’être précis dans le descriptif, en creusant, en multipliant les détails, jusqu’à l’hyperréalisme… de façon à travailler la matière même du texte au point qu’il semblera se matérialiser à la lecture

 

On commencera et l’on terminera le texte par un point de suspension […]. Ce point de suspension sous-entend que le texte est une captation d’une séquence de pensée, sans début ni fin.

On écrira le texte sous une forme nominative, sans proposition principale de départ, et sans autre ponctuation que la virgule, en une seule traite, en un seul élan, pour ainsi dire en une coulée, comme s’il s’agissait de répondre à un interrogatoire ou bien comme si l’on était sous le coup d’une urgence. Il faudra donc trouver un rythme de phrase permettant la compréhension d’un texte long dénué de points, qui sont des temps d’arrêts mais aussi des silences.

Il sera intéressant de recourir à différents procédés, comme l’incise, la répétition, la digression, le commentaire, l’énumération… La recherche d’un rythme (binaire, ternaire…) favorisera cette écriture, qui aura la forme d’un monologue intérieur, sous forme d’interrogation ou d’affirmation…

 

Les différentes étapes

 

1°) Réfléchir à son objet, sa sensation, son fait marquant, ou autre … Retrouver le contexte – la date, le lieu, les circonstances… Enfin, partager ce sur quoi on écrira avec lors d’un tour de table, en apportant des détails, des explications, en répondant aux questions des uns et des autres…

 

2°) Constituer une liste de mots, d’expressions, d’images… se rapportant à cet objet, cette sensation, ce fait… et de nature à les caractériser, les décrire. Utiliser un ouvrage de référence si nécessaire.

 

3°) Prendre le temps de la réflexion si nécessaire et passer à la mise en forme dans un temps limité, en s’efforçant de ne pas raturer, ni réécrire.

 

Lors de cet atelier, il sera question de "rendre son texte précieux"  - voir le petit pan de mur jaune, extrait de la Prisonnière, de Marcel Proust (ci-dessous).

 

« Enfin il fut devant le Vermeer qu'il se rappelait plus éclatant, plus différent de tout ce qu'il connaissait, mais où, grâce à l'article du critique, il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. "C'est ainsi que j'aurais dû écrire, disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune." (...) Il se répétait: "Petit pan de mur jaune avec un auvent, petit pan de mur jaune." Cependant il s'abattit sur un canapé circulaire ; aussi brusquement il cessa de penser que sa vie était en jeu et, revenant à l'optimisme, se dit: "C'est une simple indigestion que m'ont donnée ces pommes de terre pas assez cuites, ce n'est rien." Un nouveau coup l'abattit, il roula du canapé par terre, où accoururent tous les visiteurs et gardiens. Il était mort. »

 

Extraits de référence

Extrait de Le Tramway, de Claude Simon

Extrait de Le Planétarium, de Nathalie Sarraute

Extrait de Une éducation libertine, de Jean-Baptiste Del Amo

 

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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 13:44

Haïkus de rêves

 

Durant cet atelier, nous allons travailler à partir des rêves que vous aurez notés préalablement. Notre but sera de réduire ces notations à des haïkus.

 

Forme poétique courte, le haïku se compose de trois phrases de 5, 7, 5 syllabes (en français), soit une seule ligne en japonais. Il ne comporte pas de rimes. A travers un haïku, le poète ne cherche pas à exprimer, ni à émouvoir, ni à décrire et encore moi à commenter. Il s’agit juste, selon Basho, maître du genre au XVIIe, de « dire simplement ce qui arrive en tel lieu, a tel moment », de saisir l’éphémère d’un instant. Le haïku est un instantanée de petites choses vues ou vécues, de celles que l’on ne remarque pas, banales, voire communes. Il est léger, empreint de délicatesse et produit un effet d’enchantement ou bien de comique. Il met en évidence un détail qui résume le tout et lui donne de la profondeur. Il doit pouvoir être lu en une seule respiration. La syntaxe en est simple, parfois distordue, provoquant un effet d’étrangeté, de singularité, de résonance intérieure… L’emploi d’articles - inexistants en japonais - doit être limité, tout comme l’emploi de verbe, les métaphores, les qualificatifs, les adverbes.

 

Le haïku décrit indifféremment une, deux ou trois images disposées dans un ordre choisi selon l’effet escompté.  Soit :

- Deux ou trois tableaux « parallèles » qui se complètent et se renforcent mutuellement

- Deux images mises en comparaison  par l’ajout d’une troisième

- Deux images qui s’opposent à la lecture de la troisième

- Deux images juxtaposées mais réunies par la troisième.

 

Selon Roland Barthes, « Le haïku s’enroule sur lui-même, le sillage du signe qui semble avoir été tracé s’efface : rien n’a été acquis, la pierre du mot a été jetée pour rien : ni vagues, ni coulée de sens. »

 

   Choix de haïkus  

 

L’éclair

Déchirant la nuit

Le cri du héron

Basho

 

Petit trou dans la neige

J’ai pissé

Devant la porte

Issa

 

Cette limonade

sans bulles –

Voilà ma vie

Sumitaku Kenshin

Dans le givre du matin

Les chats

Avancent lentement

Jack Kerouac

 

 

La méthode

 

En préliminaire, lecture d’un choix de haïkus à haute voix.


   Première phase de l'atelier   

Avant de produire des haïkus à partir des notations de nos rêves personnels, nous allons nous exercer à partir de textes que j’aurai fournis (chansons et poèmes).

La méthode que je propose : repérer dans le texte le mot-saison Kigo (voir ci-dessous pour définition) – nous pourrions dire un mot-charnière ; ensuite, précéder par retranchements pour ne garder que ce qui paraît nécessaire à l’écriture du haïku.

 

Exemples

 

Pendant la nuit, de Pierre Reverdy, in Sources du vent

 

L’horizon est plein de lampes

Théâtre clair

la danse

l’étoile au bout du fil

le poids trop lourd

Le long de la route l’orage court

On sort

On dort

La peur glisse dans le décor

La nuit pousse un soupir et meurt

Contre la glace au fond du lit

La lune me regarde et rit

Le ciel noir devient plus petit

Les ailes frôlent sur le toit

Le vent s’est arrêté plus bas

On n’a cependant rien fait

On n’a rien dit

Les rideaux sont refermés

Les paupières défont leurs plis

Et voilà l’abeille du sommeil

Au bout de l’ombrelle

 

Haïku tiré de ce poème

 

Horizon trop noir

La lune soupire et meurt

J'ai peur du sommeil

 

Rêves, d’André Breton, in Clair de terre

 

 Je passe le soir dans une rue déserte du quartier des Grands-Augustins quand mon attention est arrêtée par un écriteau au-dessus de la porte d’une maison. Cet écriteau c’est : «ABRI » OU « A LOUER », en tout cas quelque chose qui n’a plus cours. Intrigué j’entre et je m’enfonce dans un couloir extrêmement sombre.

 Un personnage, qui fait dans la suite du rêve figure de génie, vient à ma rencontre et me guide à travers un escalier que nous descendons tous deux et qui est très long.

Ce personnage, je l’ai déjà vu. C’est un homme qui s’est occupé autrefois de me trouver une situation.

 Aux murs de l’escalier je remarque un certain nombre de reliefs bizarres, que je suis amené à examiner de près, mon guide ne m’adressant pas la parole.

 Il s’agit de moulages en plâtre, plus exactement: de moulages de moustaches considérablement grossies.

 Voici, entre autres, les moustaches de Baudelaire, de Germain Nouveau et de Barbey d’Aurevilly. Le génie me quitte sur la dernière marche et je me trouve dans une sorte de vaste hall divisé en trois parties.

Dans la première salle, de beaucoup la plus petite, où pénètre seulement le jour d’un soupirail incompréhensible, un jeune homme est assis à une table et compose des poèmes. Tout autour de lui, sur la table et par terre, sont répandus à profusion des manuscrits extrêmement sales. Ce jeune homme ne m’est pas inconnu, c’est M. Georges Gabory.

La pièce voisine, elle aussi plus que sommairement meublée, est un peu mieux éclairée, quoique d’une façon tout à fait insuffisante.

Dans la même attitude que le premier personnage, mais m’inspirant, par contre, une sympathie réelle, je distingue M. Pierre Reverdy. Ni l’un ni l’autre n’a paru me voir, et c’est seulement après m’être arrêté tristement derrière eux que je pénètre dans la troisième pièce. Celle-ci est de beaucoup la plus grande, et les objets s’y trouvent un peu mieux en valeur : un fauteuil inoccupé devant la table parait m’être destiné ; je prends place devant le papier immaculé. J’obéis à la suggestion et me mets en devoir de composer des poèmes. Mais, tout en m’abandonnant à la spontanéité la plus grande, je n’arrive à écrire sur le premier feuillet que ces mots : La lumière…

Celui-ci aussitôt déchiré, sur le second feuillet : La lumière… et sur le troisième feuillet : La lumière…

 

Haïku produit à partir de ce texte

 

Dans une salle sombre

Papier immaculé sur la table

Et ce mot écrit : Lumière

 

   Deuxième phase de l'atelier  

 

Chacun aura choisi un des rêves qu’il a notés. Il le lira à haute voix.

Ensuite, procéder de la même façon que précédemment, par retranchement, pour reduire ce texte à un haïku.

Lecture à haute voix du poème produit.

 

   Textes de référence  

 

Préface au Livre des rêves de Jack Kerouac

 

Ce livre n’est qu’une collection de rêves hâtivement transcrits à mon réveil - tous ont été écrits spontanément, d’une seule coulée, comme dans les rêves, parfois avant même d’être tout à fait réveillé - les personnages que j’ai décrits dans mes romans réapparaissent dans ces rêves, en d’étranges situations oniriques et ils se prolongent indéfiniment dans mes récits. Les héros de « Sur la route », « les Souterrains », etc., sont ici de retour et vivent des aventures encore plus singulières, car l’imagination ne désarme jamais, l’esprit vibre, la lune se couche, et tout le monde se cache la tête sous les oreillers avec un bonnet de nuit.

C’est bien car chacun de nous rêve, la nuit, et cela crée une solidarité humaine, voire tacite et cela prouve aussi que le monde est réellement transcendant, ce que les communistes refusent d’admettre car ils croient que leurs rêves sont des « irréalités » et non des visions tirées de leur sommeil.

Je dédie donc ce livre de rêves aux roses de ceux qui vont naître.

 

Sur le haïku

 

Basho, l’un des maîtres du genre, a fixé des règles strictes et précises pour la composition du haïku : le rythme 5-7-5, les kiréji (mots de césure qui, en japonais, ponctuent chaque groupe de syllabes comme un arrêt sur image, la présence indispensable du mot-saison (kigo). On lui doit aussi la définition des principes qui ont gouverné le haïku tout au long de son histoire : sincérité, légèreté, objectivité, tendresse à l’endroit des créatures vivantes, mais aussi simplicité, sérénité, solitude, et beauté dépouillée en accord avec la nature, et enfin – élément primordial qui sous-tend toute la philosophie du genre – juste équilibre en le principe d’éternité et l’irruption d’une événement éphémère ou trivial.

 

Floraison spontanée d’une évidence, le haïku se découpe d’ordinaire sur la toile de fond d’un  mot-saison (kigo). Ce mot-clé marque l’importance que les Japonais accordent aux circonstance, toujours uniques, dues à un lien prédestiné qui unir les êtres et les choses. […] Le haïku s’offre toujours comme une salutation (aisatsu), un hommage au moment présent.

En contrepoint à l’émotion fugitive du haïku, le kigo marque le durable de l’univers. On compte ainsi […] quelques milliers d’expressions ou mots-saisons, à partir desquels les haïkistes façonnent leurs poèmes. Ces recueils, ces glossaires répertorient tout les mots exprimant l’essence – le « parfum » - de la saison et les classent selon plusieurs catégories évocatrices : les moments de la saison, les phénomènes du ciel, le paysage, les activités humaines, la faune et la flore.

Volonté d’ordonnancement du monde, souci d’exactitude esthétique, qui apparaissent comme une constante spécifique, intime du génie japonais. Comme s’il fallait un moment précis pour chaque chose, chaque geste, pour chaque pensée. Pour aiguiser la sensation, affiner le regard, ajuster la perception.

 

Extrait de Anthologie du poème court japonais,

par Corinne Atlan et Zéno Bianu,

Poésies / Gallimard

 

 

 

 

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 16:49

Le corps…

…théâtre d’une expérience  intérieure

…écrit, décrit, décrié

…métamorphosé

 

 

Etape 1

 

Compléter le texte de Bernard Noël en remplissant les blancs par des mots ou expressions, correspondant à des mots supprimés du texte d’origine. Ces mots désignent soit une partie du corps humain (main, gorge… , un organe), soit un composant anatomique (chair, muscle, os…) , soit un liquide physiologique (sang, lymphe… )

 

Etape 2

Chaque mot ou expression choisi fait l’objet d’un court texte de 5 lignes  maximum pour décrire ou développer ce mot ou cette expression – cela en ayant pour référence Raymond Federman. Le texte sera non seulement descriptif, mais il fera allusion à une histoire (familiale, personnelle…) liée à ce mot. Par exemple, dans le texte de Federman Mon nez, il est fait allusion au nez juif (Un nez juif, c’est une tragédie), ainsi qu’à une blessure qui lui aurait tordu le nez...

 

Se servir de ces descriptions pour transformer le texte précédent (par ajouts ou retranchements) de façon à en faire le début d’un cauchemar.

 

Etape 3

 

Ecrire la suite du texte en partant de cette première phrase de la Métamorphose : Le matin, au sortir de ce rêve agité, je m’éveillai transformé dans mon lit en…

 

Dans le texte de Kafka, le personnage est transformé en un insecte. A vous de choisir, en fonction de ce qu’inspire le texte de l’étape 2, quelle est votre transformation animale, et en quoi ce caractère animal correspond à un état psychologique, mental, à une situation. Il conviendrait de se documenter sur l'animal choisi (son comportement, son milieu...)

 

Finaliser le texte en travaillant sa cohérence.

 

Textes de référence

 

Situation lyrique du corps naturel de Bernard Noël : version utilisée pour l'atelier ; version complète.

Mon nez, in Mon corps en  neuf parties de Raymond Federman

La métamorphose (extrait) de Franz Kafka

Truisme de Marie Darrieussecq

 

Documentation

 

Ethologie, présentation issue de Wikipédia

Le corps dans l’œuvre, dossier du Centre Georges Pompidou

Le devenir animal – Gilles Deleuze

Présentation de La Métamorphose

Présentation de Truisme

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 15:25

Autobiofiction*  

Atelier en deux séances – 20 mai et 6 juin

 

Il s’agira de passer d’un texte biographique à une fiction.

La méthode :

Lors du premier atelier, le 20 mai

 

Rédaction d’un texte autobiographique.

La consigne :

Devra être écrit à la première personne, au présent, de façon chronologique, sous forme télégraphique. C’est donc plus qu’un CV développé car la matière devra être personnelle, familiale, intime… Il faudra y introduire des personnes, des faits qui ont marqué l’esprit par leur singularité, leur violence, leur étrangeté, les sentiments qu’ils ont engendrés, les rêves qui ont pu orienter le cours de votre vie, les croyances, passions, hobbies…

 

Une fois terminés, chacun retourne son texte et le numérote au dos sans qu’il soit lu à voix haute.

Ensuite, un dé permettra le tirage au sort d’un texte au hasard de façon à ce que chaque texte revienne à un autre participant que l’auteur. Il ne faut évidemment pas reprendre le sien. L’intérêt étant de ne pas savoir qui en est l’auteur.

 

Lors du second atelier, le 6 juin 

A partir du texte reçu le 20 mai, le réécrire sous forme d’une fiction.

 

La consigne :

Retravailler le texte en le passant au passé et à la troisième personne. Introduire des éléments fictifs susceptibles de renforcer la narration sans pour autant nuire à sa plausibilité.

Nommer les différents personnages sous forme d’une périphrase comme dans les Trois Parques de Linda Lê où les personnages se nomment :

 

Travailler le style en introduisant dans ce texte :

- des interjections, des onomatopées, des néologismes de votre cru (mots inventés par vous – mots valises, par exemple)

- des répétitions de mots, de sons, de syllabes, de lettres

- des proverbes vrais ou faux (voir le texte de Béatrix Beck)

- des expressions toutes faites

- des exclamations ou des points de suspension  (à la manière de LF Céline)

 

Contrainte particulière :

La première phrase devra être tautogramme, c'est-à-dire que les mots (noms communs ou propres, verbes, adjectifs, adverbes, à l’exclusion des articles et autres mots d’articulation du langage) devront tous commencer par la même lettre. Voir la première phrase de l’extrait des Trois Parques.

 

*Il s’agit bien d’autobiofiction et non d’autofiction

 

Textes de référence :

 

Les trois parques de Linda Lê

Vulgaires vies de Béatrix Beck

Guignol's band de Louis-Ferdinand Céline

Fils de Serge Doubrosky

(Une panne de scanner m'empêche de fournir ces deux exemples. J'apporterai des photocopies jeudi)

 

 

 

 

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 18:29

  Ma vie de bébé  

 

embryon.jpgIl s’agira, après avoir lu les extraits du roman La vie d’un bébé de François Weyerganz (roman), de L’âme en fuite de Harold Brodley, et de Tropique du Capricorne de Henry Miller, et des documents Naître et Les premiers jours de la vie, d’écrire un texte sur cette mystérieuse aventure que nous avons tous vécue.

Ce texte sera forcément imaginaire puisque la mémoire de ces temps-là nous fait défaut. L’écriture (et la fiction) sont seuls aptes à nous les faire revivre.

 

LIRE OU TELECHARGER LES PDF :

- La vie d'un bébé, François Weyerganz

- L'âme en fuite, Harold Brodley

- Sur le trolley ovarien, in Tropique du Capricorne,
Henry Miller

 

Je propose que ce dispositif fasse l’objet de deux ateliers

 

Dans le premier atelier (29 avril)

on va constituer un corpus d’expressions et de mots.

1°) à partir des textes lus (on prendra le temps de la lire et les annoter)

2°) à partir des images fournies (on notera les images, les idées qu’elles générent)

 

Le but n’est pas seulement de collecter des mots, expressions, bouts de phrases tirées de ces textes, mais d’en produire soi-même. Je pense aux métaphores que peuvent générer la vue des images qu’il faudra considérer autant que possible détachées du contexte, comme si l’on observait des créations artistiques.

 

Cette collection de mots et expressions est précieusement conservée. Elle servira ultérieurement.

 

Puis on écrira 5 textes courts, pour ainsi dire embryonnaires (5 lignes maximum) correspondant aux 5 « épisodes » de la vie du bébé :

 

- Conception

- Fécondation

- Embryon

- Fœtus

- Naissance

- Nourrisson

 

Lecture des listes de mots et expressions

Lecture des 5 textes

 

En prévision du second atelier, réfléchir à une scénarisation sous forme de synopsis du texte à écrire sur le thème  Ma vie de bébé. Il n’est pas nécessaire de respecter la chronologie. On peut choisir d’écrire à la première personne ou à la troisième, au présent ou au passé.

Considérant, que le bébé est une personne, on introduira des notations personnelles, des considérations, des réflexions (sur la vie, sur le monde, sur ses parents…) qu’elles soient réelles (liées au propre vécu de chaque rédacteur) ou inventées. Il serait intéressant, comme le fait Weyerganz, de travailler sur une veine humoristique.

 

Deuxième atelier (6 mai)

 

En début de séance, on se met deux par deux et l’on échange des mots ou expressions – lesquels viendront « féconder » les 5 textes déjà produits. Il s’agira d’écrire par bourgeonnement afin de développer les textes précédemment écrits.

 

Qu'est-ce que j'entends par bourgeonnement ? Exemple :

On prend une simple phrase :

A 21 jours, le bébé mesure 3 millimètres

 

On la fragmente

A 21 jours

 le bébé

 mesure 3 millimètres

 

A chaque ligne, on ajoute un mot, un groupe de mots...

A 21 jours, alors que la mère ne se sait pas enceinte,

le bébé futur

mesure 3 millimètres,

à peine plus qu'un grain de semoule.

 

On peut continuer en écrivant :

Le futur bébé a maintenant 21 jours.  Il mesure 3 millimètres. Il n'est rien d'autre qu'une particule ovoïde de la taille d'un grain de semoule. Alors que sa mère ne se sait enceinte, lui, granule infime, est déjà greffé dans la muqueuse de l'utérus.

 

Etc...

 

Seconde phase :

A partir du synopsis que l'on aura imaginé, on rédige la fiction Ma vie de bébé – de la fécondation aux premiers jours de la vie. Règles d’écriture : le héros est le bébé, c’est lui qui parle, donc on écrit à la première personne. Mais on s’efforcera d’introduire de la distance par rapport au réel, de l’autodérision. On se servira des textes déjà rédigés en les adaptant...

 

 

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 15:24

Titre de l'atelier :

J’ai 20 ans sur la photo

 

Comme je vous l’ai annoncé lors de notre dernière séance, notre prochain atelier va nécessiter une photo de chaque participant  à l'âge de 20 ans (en tout cas dans la vingtaine).


Le but de l’atelier sera double :

1) travailler sur la photo elle-même

2) ressusciter vos 20 ans

 

 

Pour cela, je vous propose une grille de lecture de votre photographie et des références

 

Grille de lecture

 


Pourquoi avoir choisi cette photo-là et non une autre ?

 


Descriptif « physique » de la photo (taille, papier brillant mat, couleur ou noir, état de conservation…)

 

 

Circonstances de la prise de vue (quand, où, par qui, à quelle occasion ?)

 


La scène captée (cadrage, plan, composition…

 


Le sujet représenté (ressemblance avec quelqu’un ?),

 

 

Le décor (arrière plan, premier plan…) : retrouver les détails, et dans les détails, ce qui éveille d'autres souvenirs...

 

Le souvenir de l’instant du cliché, dans quel contexte (vacances, fêtes, événement familial ? ) ou contexte historique (que se passait-il à l’époque…)

 


L’effet produit par l’observation de cette photo ?

 

 

 

Références

 

Photos : Le cadrage / Les règles de composition /  La prise de vue


La chambre claire de Roland Barthes
La madeleine de Proust
L’image fantôme d’Hervé Guibert
Formation de Pierre Guyotat


Eden Arabie de  Paul Nizan

« J’avais 20 ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. »

 Ainsi débute le livre de Paul Nizan, Eden Arabie.  A la suite d'un voyage-fuite-conversion à Aden, l'auteur,

âgé de 20 ans, découvre la " cause de l'asservissement des hommes " et choisit la " révolte nue ". Dans la préface écrite en 1960, Sartre peint Nizan en trouble-fête appelant à la lutte des classes. Ce livre comporte de nombreuses formules-choc, à commencer par la première phrase. Et par exemple celle-ci : « vous pouvez uriner librement dans la mer : nommez-vous ces actes la liberté ? ").

A sa lecture, un parallélisme peut être fait avec Rimbaud : même détestation du monde, mêmes sarcasmes, même refus radical d'un enfant, au demeurant sage et studieux, et même fuite en Arabie-Abyssinie. Aden Arabie c'est un peu La Saison en Enfer de Nizan.  

 

Vos 20 ans ont-il été pour vous un  âge de révolte ? de prise de conscience ? de projets pour l’avenir ? de difficultés personnelles ? de fuite ? d’engagement ?... 

Que dit de cela la photo que vous avez choisie ?

 

 Contrainte

 Ce texte sera écrit au présent de l'indicatif (et non au passé). L'utilisation de ce temps verbal et de ce mode favorise la sensation de proximité avec le sujet, ce qui a pour effet de supprimer l'effet de profondeur temporel. C'est ainsi que Pierre Guyotat a rédigé Formation, texte qui raconte la formation sensorielle, affective, intellectuelle et métaphysique d'un enfant né au début de La Deuxième Guerre mondiale.

 

 

 

 

 

 

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 13:53

 Intitulé 

 Je me souviens du cadavre exquis


Cet atelier propose une combinaison de deux procédés : celui que Georges Perec a mis en application dans « Je me souviens*» et celui du « Cadavre exquis** » initié par les surréalistes. On fera donc appel à la fois aux productions de la mémoire individuelle, au hasard objectif ainsi qu’à l’association des pensées.

Le but recherché est, dans un premier temps de constituer un corpus, puis, dans un second, d’aboutir à une production collective.

 

Consignes

 

Première phase

 

Après lecture des Je me souviens, de Jacques Perec (voir ci-dessous), on travaille pendant une demi-heure à la production de propositions.Ces propositions sont notées dans la première case de chaque feuille numérotée que je fournirai.

Dans un second temps, les feuilles « tournent ». Chacun note dans la case à suivre ce qui lui vient, puis il masque la première case et passe à son voisin, qui à son tour note ce qui lui passe par l’esprit. Ainsi de suite jusqu’à un tour de table complet.

 

Exemples

Je me souviens  des pantalons à patte d’éléphant

Que le « bikini » doit son nom à une île du Pacifique où eurent lieu des essais nucléaires

Que Marie Curie mourut d’un cancer dû à la radioactivité qu’elle avait découverte

 

 

 

 

 

 

Deuxième phase

 

Les propositions sont découpées, mélangées et mises en tas. Chaque participant pioche dans ce tas, de telle sorte que chacun reçoive un nombre équivalent de propositions.
On rédige ensuite un texte qui débutera par cette proposition inductrice « Tous les souvenirs disparaîtront », inspirée de la première phrase des Années de Annie Ernaux (Voir début du roman ci-dessous). Le texte devra intégrer les propositions tirées au hasard, mais surtout être étoffé par ce que ces propositions auront fait surgir en vous de souvenirs, plus ou moins intimes…

 

La seconde contrainte consistera à « rebondir » en introduisant dans votre texte l’articulation suivante : « Mais aujourd’hui… ».

 

* Les « Je me souviens », selon Georges Perec

Ces « je me souviens » ne sont pas exactement des souvenirs, et surtout pas de souvenirs personnels, mais des petits morceaux de quotidien, des choses que, telle ou telle année, tous les gens d'un même âge ont vues, ont vécues, ont partagées, et qui ensuite ont disparu, ont été oubliées ; elles ne valaient pas la peine d'être mémorisées, elles ne méritaient pas de faire partie de l’Histoire, ni de figurer dans les Mémoires des hommes d’Etat, des alpinistes et des monstres sacrés.

Il arrive pourtant qu’elles reviennent, quelques années plus tard, intactes et minuscules, par hasard ou parce qu’on les a cherchées, un soir, entre amis : c’était une chose qu’on avait apprise à l’école, un champion, un chanteur ou une starlette qui perçait, un air qui était sur toutes les lèvres, un hold-up ou une catastrophe qui faisait la une des quotidiens, un best-seller, un scandale. un slogan, une habitude, une expression, un vêtement ou une manière de le porter, un geste, ou quelque chose d’encore plus mince, d’inessentiel, de tout à fait banal, miraculeusement arraché à son insignifiance, retrouvé pour un instant, suscitant pendant quelques secondes une impalpable petite nostalgie.

 

 

** Le Cadavre exquis, selon Paul Eluard (in Dictionnaire abrégé du Surréalisme)

Jeu de papier plié qui consiste à faire composer une phrase par plusieurs personnes, sans qu’aucune d’elles puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes. L’exemple, devenu classique, qui a donné son nom au jeu tient dans 1a première phrase, obtenue de cette manière : « Le cadavre-exquis-boira-le-vin-nouveau. »

 

 

  LIVRES DE REFERENCE 

 

Je me souviens, de Georges Perec (Hachette, 1978)

 

Extrait (début du livre, p. à p.)

 

1


Je me souviens que Reda Caire est passé en attraction au cinéma de la porte de Saint-Cloud.

 

2

 

Je me souviens que mon oncle avait une 1I CV immatriculée 7070 RL2.

 

3

 

Je me souviens du cinéma Les Agriculteurs, et des fauteuils club du Camera, et des sièges à deux places du Panthéon.

 

4

 

Je me souviens de Lester Young au Club Saint-Germain; il portait un complet de soie bleu avec une doublure de soie rouge.

5

 

Je me souviens de Ronconi, de Brambilla et de Jéus Moujica ; et de Zaaf, l’éternel  « lanterne rouge ».

 

 6

 

 Je me souviens qu'Art Tatum appela un morceau Sweet Lorraine parce qu’il avait été en Lorraine pendant la guerre de l4-l8.

 

7

 

Je me souviens du « tac tac ».

 

8

 

 Je me souviens d'un Anglais manchot qui battait tout le monde au ping-pong à Château d'Oex.

 

 9

 

 Je souviens de Ploum ploum tra la la.

 

10

 

Je souviens qu'un ami de mon cousin Henri restait toute la journée en robe de chambre quand il préparait ses examens.

 

 11

 

 Je me souviens du Citoyen du Monde Garry Davis. Il tapait à la machine sur la place du Trocadéro.

 

12

 

Je me souviens des parties de barbu aux Petites-Dalles.

 

13

 

Je me souviens des Trois Evêchés : Metz, Toul et Verdun.

 

14

 

Je me souviens du pain jaune qu'il y a eu pendant quelque temps après la guerre.

 

15

 

 Je me souviens des premiers flippers »: justement, ils n’avaient pas de flippers.

 

16

 

 Je me souviens des vieux numéros de L’Illustration

 

17

 

 Je me souviens des aiguilles en acier, et des aiguilles en bambou, que l'on aiguisait sur un frottoir après chaque disque.

 

18

 

 Je me souviens qu’au « Monopoly », l’avenue de Breteuil est verte, l’avenue Henri-Martin rouge et l’avenue Mozart orange.

 

19

 

 Je me souviens de:

 « Ich weiss nicht was soll es bedeuten

 Das Ich so traurig bin. »

 et de:

 « I wander lonely as a cloud

 When all at once I see a crowd

 A - ? - of golden daffodils. »

 

20

 

Je me souviens que Junot était duc d'Abrantès.

 

21

 

Je me souviens de:

 « Grégoire et Amédée

 présentent

 Grégoire et Amédée

 dans

 Grégoire et Amédée »

 (et de Furax aussi, bien sûr).

 

22

 

Je me souviens qu'un jour mon cousin Henri a visité une manufacture de cigarettes et qu’il en a rapporté une cigarette longue comme cinq cigarettes.

 

23

 

Je me souviens qu’après la guerre on ne trouvait presque pas de chocolat viennois, ni de chocolat liégeois, et que, pendant longtemps, je les ai confondus.

 

24

 

Je me souviens que le premier microsillon que j'ai écouté était le Concerto pour hautbois et orchestre de Cimarosa.

 

25

 

 Je me souviens d'un pion corse qui s'appelait Flack « comme la D.C.A. allemande ».

 

26

 

Je me souviens des « High Life » et des « Naja ».

 

27

 

 Je me souviens avoir obtenu, au Parc des Princes, un autographe de Louison Bobet.

 

28

 

Je me souviens que pendant plusieurs années, l’expression la plus sale que je connaissais était « tremper la soupe » ; je 1'avais vue dans un dictionnaire d'argot que j’avais lu en cachette. Je n'ai jamais entendu personne l'employer et je ne suis plus très sûr de ce qu'elle voulait dire (sans doute un équivalent de « faire feuille de rose »).

 

29

 

 Je me souviens des Quatre Fils Aymon et d'une autre histoire qui s'appelait Jean de Paris.

 

....

 

 

Les Années, de Annie Ernaux

Présentation du livre

 

Au travers de photos et de souvenirs laissés par les événements, les mots et les choses, Annie Ernaux donne à ressentir le passage des années, de l’après-guerre à aujourd’hui. En même temps, elle inscrit l’existence dans une forme nouvelle d’autobiographie, impersonnelle et collective.

 

Extrait du livre (p.11 à 19)

 

Toutes les images disparaîtront.

 

la femme accroupie qui urinait en plein jour derrière un baraquement servant de café, en bordure des ruines, à Yvetot, après la guerre, se reculottait debout, jupe relevée, et s’en retournait au café

 

la figure pleine de larmes d'Alida Valli dansant avec Georges Wilson dans le film Une aussi longue absence

 

 l'homme croisé sur un trottoir de Padoue, l’été 90, avec des mains attachées aux épaules, évoquant aussitôt le souvenir de la thalidomide prescrite aux femmes enceintes contre les nausées trente ans plus tôt et du même coup l’histoire drôle qui se racontait ensuite : une future mère tricote de la layette en avalant régulièrement de la thalidomide, un rang, un cachet. Une amie horrifiée lui dit, tu ne sais donc pas que ton bébé risque de naître sans bras, et elle répond, oui je sais bien mais je ne sais pas tricoter les manches

 

Claude Piéplu en tête d’un régiment de logionnaires, le  drapeau dans une main, de l’autre tirant une chèvre, dans un film des Charlots

 

 cette dame majestueuse, atteinte d’Alzheimer, vêtue d’une blouse à fleurs comme les autres pensionnaires de la maison de retraite, mais elle, avec un châle bleu sur les épaules, arpentant sans arrêt les couloirs, hautainement, comme la duchesse de Guermantes au bois de Boulogne

 et qui faisait penser à Céleste Albaret telle qu’elle était apparue un soir dans une émission de Bernard Pivot

 

sur une scène de théâtre en plein air, la femme enfermée dans une boîte que des hommes avaient transpercée de part en part avec des lances d’argent - ressortie vivante parce qu’il s’agissait d’un tour de prestidigitation appelé Le Martyre d’une femme

 

les momies en dentelles déguenillées pendouillant aux murs du couvent dei Cappuccini de Palerme

 

le visage de Simone Signoret sur l’affiche de Thérèse Raquin

 

la chaussure tournant sur un socle dans un magasin André rue du Gros-Horloge à Rouen, et autour la même phrase défilant continuellement : «  avec Babybotte Bébé trotte et pousse bien »

 

l’inconnu de la gare Termini à Rome, qui avait baissé à demi le store de son compartiment de première et, invisible jusqu’à la taille, de profil, manipulait son sexe à destination des jeunes voyageuses du train sur le quai d’en face, accoudées à la barre

 

le type dans une publicité au cinéma pour Paic Vaisselle, qui cassait allègrement les assiettes sales au lieu de les laver. Une voix off disait sévèrement « ce n’est pas la solution ! » et le type regardait avec désespoir les spectateurs, « mais quelle est la solution ? »

 

la plage d’Arenys de Mar à côté d’une ligne de chemin de fer, le client de l’hôtel qui ressemblait à Zappy Max

 

le nouveau-né brandi en l’air comme un lapin décarpillé dans la salle d’accouchement de la clinique Pasteur de Caudéran, retrouvé une demi-heure après tout habillé, dormant sur le côté dans le petit lit, une main dehors et le drap tiré jusqu’aux épaules

 

la silhouette sémillante de l’acteur Philippe Lemaire, marié à Juliette Gréco

 

dans une publicité à la télé, le père essayant vainement, en douce derrière son journal, de lancer en l’air une Picorette et de la rattraper avec la bouche, comme sa petite fille

 

une maison avec une tonnelle de vigne vierge, qui était un hôtel dans les années soixante, au 90 A, sur les Zattere, à Venise

 

les centaines de faces pétrifiées, photographiées par l’administration avant le départ pour les camps, sur les murs d’une salle du palais de Tokyo, à Paris, au milieu des années quatre-vingt

 

les cabinets installés au-dessus de la rivière, dans la cour derrière la maison de Lillebonne, les excréments mêlés au papier emportés doucement par l’eau qui clapotait autour

 

toutes les images crépusculaires des premières années, avec les flaques lumineuses d’un dimanche d’été, celles des rêves où les parents morts ressuscitent, où l’on marche sur des routes indéfinissables

 

celle de Scarlett O’Hara traînant dans l’escalier le soldat yankee qu’elle vient de tuer - courant dans les rues d’Atlanta à la recherche d’un médecin pour Mélanie qui va accoucher

 

de Molly Bloom couchée à côté de son mari et se souvenant de la première fois où un garçon l’a embrassée et elle dit oui oui oui

 

d’Elizabeth Drummond tuée avec ses parents sur une route à Lurs, en 1952

 

les images réelles ou imaginaires, celles qui suivent jusque dans le sommeil

les images d’un moment baignées d’une lumière qui n’appartient qu’à elles

 

Elles s’évanouiront toutes d’un seul coup comme l’ont fait les millions d’images qui étaient derrière les fronts des grands-parents morts il y a un demi-siècle, des parents morts eux aussi. Des images où l’on figurait en gamine au milieu d’autres êtres déjà disparus avant qu’on soit né, de même que dans notre mémoire sont présents nos enfants petits aux côtés de nos parents et de nos camarades d’école. Et l’on sera un jour dans le souvenir de nos enfants au milieu de petits-enfants et de gens qui ne sont pas encore nés. Comme le désir sexuel, la mémoire ne s’arrête jamais. Elle apparie les morts aux vivants, les êtres réels aux imaginaires, le rêve a l’histoire.

 

S’annuleront subitement les milliers de mots qui ont servi à nommer les choses, les visages des gens, les actes et les sentiments, ordonné le monde, fait battre le cœur et mouiller le sexe.

 

les slogans, les graffitis sur les murs des rues et des vécés, les poèmes et les histoires sales, les titres

 

anamnèse, épigone, noème, théorétique, les termes notés sur un carnet avec leur définition pour ne pas consulter à chaque fois le dictionnaire

 

les tournures que d’autres utilisaient avec naturel et dont on doutait d’en être capable aussi un jour, il est indéniable que, force est de constater

 

les phrases terribles qu’il aurait fallu oublier, plus tenaces que d’autres en raison même de l’effort pour les refouler, tu ressembles à une putain décatie

 

 les phrases des hommes dans le lit la nuit, Fais de moi ce que tu veux, je suis ton objet

 

exister c’est se boire sans soif

 

 que faisiez-vous le 11 septembre 2001 ?

 

in illo tempore le dimanche à la messe

 

vieux kroumir, faire du chambard, ça valait mille ! tu es un petit ballot ! les expressions hors d’usage, réentendues par hasard, brusquement précieuses comme des objets perdus et retrouvés, dont on se demande comment elles se sont conservées

 

les paroles attachées pour toujours à des individus comme une devise - à un endroit précis de la nationale 14, parce qu’un passager les a dites juste quand on y passait en voiture et on ne peut pas y repasser sans que ces mêmes paroles sautent de nouveau à la figure, comme les jets d’eau enterrés du palais d’Été de Pierre le Grand qui jaillissent quand on pose le pied dessus

 

 les exemples de grammaire, les citations, les insultes, les chansons, les phrases recopiées sur des carnets à l’adolescence

 

l’abbé Trublet compilait, compilait, compilait

 

la gloire pour une femme est le deuil éclatant du bonheur

 

notre mémoire est hors de nous, dans un souffle pluvieux du temps

 

le comble de la religieuse est de vivre en vierge et de mourir en sainte

 

 l’explorateur mit le contenu de ses fouilles dans des caisses

 

 c’était un porte-bonheur un petit cochon avec un cœur / qu’elle avait acheté au marché pour cent sous / pour cent sous c’est pas cher entre nous

 

 mon histoire c’est l’histoire d’un amour

 

 est-ce qu’on peut tirlipoter avec une fourchette ? Est-ce qu’on peut mettre le schmilblick dans le biberon des enfants ?

 

 (je suis le meilleur, qu’est-ce qui dit que je ne suis pas le meilleur, si tu es gai ris donc, ça se corse, chef-lieu Ajaccio, bref, comme disait Pépin, sauvé ! disait Jonas en sortant du ventre de la baleine, c’est assez je cache à l’eau mon dauphin, ces jeux de mots entendus mille fois, ni étonnants ni drôles depuis longtemps, irritants de platitude, qui ne servaient plus qu’à assurer la complicité familiale et qui avaient disparu dans l’éclatement du couple mais revenaient parfois aux lèvres, déplacés, incongrus hors de la tribu ancienne, après des années de séparation c’était au fond tout ce qu’il restait de lui)

 

les mots dont on s’étonne qu’ils aient existé déjà autrefois, mastoc (lettre de Flaubert à Louise Colet), pioncer (George Sand au même)

 

le latin, l’anglais, le russe appris en six mois pour un Soviétique et il n’en restait que da svidania, ya tebia lioubliou karacho

 

qu’est-ce que le mariage ? Un con promis

 

les métaphores si usées qu’on s’étonnait que d’autres osent les dire, la cerise sur le gâteau

 

ô Mère ensevelie hors du premier jardin

 

pédaler à côté du vélo devenu pédaler dans la choucroute puis dans la semoule puis rien, les expressions datées

 

 les mots d homme qu’on n’aimait pas, jouir, branler

 

 ceux appris durant les études, qui donnaient la sensation de triompher de la complexité du monde. L’examen passé ils partaient de soi plus vite qu’ils n’y étaient entrés

 

les phrases répétées, énervantes, des grands-parents, des parents, après leur mort elles étaient plus vivantes que leur visage, t’occupe pas du chapeau de la gamine

 

les marques de produits anciens, de durée brève, dont le souvenir ravissait plus que celui d’une marque connue, le shampoing Dulsol, le chocolat Cardon, le café Nadi, comme un souvenir intime, impossible à partager

 

 Quand les cigognes passent

 

 Marianne de ma jeunesse

 

 Madame Soleil est encore parmi nous

 

 le monde manque de foi dans une vérité transcendante

 

 Tout s’effacera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit s’éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. De la bouche ouverte il ne sortira rien. Ni je ni moi. La langue continuera à mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d’une table de fête on ne sera qu’un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu’à disparaître dans la masse anonyme d’une lointaine génération.

 

...

 

 

 

 

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 00:00

  Intitulé  

Loto portrait


Première phase - où l’on recherchera la spontanéité…

On utilise un jeu de cartes « Loto portrait ».
Chacun à tour de rôle tire une carte et réagit par la formulation qui lui vient spontanément à l’esprit. Il convient surtout de réfléchir le moins possible, de laisser jaillir l’idée première… Chacune de ces formulations sera notée par écrit pour être ensuite utilisée dans la rédaction d’un autoportrait en respectant une contrainte expliquée plus loin.


Deuxième phase - où l’on s’appliquera à soigner sa forme (stylistique, bien sûr)

Une fois cette matière réunie, chacun se retrouve avec 14 propositions. L’utilisation des notes se
fait en respectant la structure suivante :

Inducteur : Moi (ou Moi-même) suivi de qui, dont, que, avec, au, à, et… ou d’un qualificatif, d’une apposition…
Procéder à une énumération. Trouver un rythme ; des rimes (pas obligatoire..). A la fin du « poème », rebondir par : Moi, Intel, je…

Exemple d
Moi, avec ma barbe nyctalope
Moi, dont l’ouï s’affaiblit
Moi, au regard de myope
Moi, au front dégarni
Moi, et ma gueule décatie
Moi, que la vie a trahi
Moi, petit homme
Moi-même, Richard, de père inconnu
Issu de vendéens,
Je me fais vieux, dieu que je me fais vieux !
Fin de mes rêves aventuriers
Foin de ma jeunesse turbulente
A moi désormais la vie lente
Et début - qui sait ?- d’une vie agronome
Dans un jardin de retraité
Au fil d’un poème potager…

  Textes références 

L’union libre d’André Breton

Cortège de Guillaume Apollinaire

Blason des fleurs et des fruits de Paul Eluard


À mi-chemin du fruit tendu
Que l’aube entoure de chair jeune
Abandonnée
De lumière indéfinie
La fleur ouvre ses portes d’or
Pomme pleine de frondaisons
Perle morte au temps du désir
Rose pareille au parricide
Descend de la toile du fond
Et tout en flammes s’évapore
Groseille de mendicité
Dahlia moulin foyer du vent
Quetsche taillée dans une valse
Tulipe meurtrie par la lune
Alise veuve de caresses
Colchique veilleuse nacrée
Nèfle castor douce paupière
Pensée immense aux yeux du paon
Marguerite l’écho faiblit
Un sourire accueillant s’effeuille
Noué rouillé comme un falot
Et cahotant comme un éclair
Le coing réserve sa saveur
Goyave clou de la paresse
Muguet l’orgueil du maître pauvre
Prunelle épiant le front du lynx
Tubéreuse agneau des sentiers
Poire le fer de la folie
Anémone carnier d’hiver
Citron porteur de plâtre et d’encre
Narcisse porteur de nuées
Dans le filet des violettes
La fraise adore le soleil
Raisin grenier des politesses
Tour nue et froide jeu hautain
Glycine robe de fumée
OEillet complice de la rue
Châtaigne une foule pillarde
Brise l’émail des sans remords
Digitale cristal soyeux
Lilas lèvres multipliées
Amarante hache repue
Brugnon exilé jusqu’aux ongles
Myrtille cigale invisible
Clochette de poussière intime
Mûre fuyant entre les ronces
Aster tout saupoudré de guêpes
Orange sur un tableau noir
Muraille de l’enfer du blé
Souci la route est achevée
Cytise les joncs se délassent
Jacinthe la rainette rêve
Nigelle le portail s’abat
Chrysanthème cheval brutal
Sauge bague de mousseline
Figue corail d’un faux tombeau
Pêche colonne de rosée
Pavot traîné par des infirmes
Reflet de fête sans repos
Noisette aux ciseaux enfantins
Détachant le gourmand de l’arbre
Iris aux mains de la marée
Passiflore livrée aux hommes
Clématite jeunesse comble
Chèvrefeuille biche au galop
Zinnia bouclier de douleurs
Manteau de plaies manteau d’erreurs
Ananas prêchant l’avalanche
Bruyère mangeant le renard
Qui refuse une proie facile
Et pour le loup souffle dans l’herbe
À menacer le ciel le lis
Use le tain de son miroir
Le sein courbé vers un baiser
Le jasmin se gonfle de lait
Capucine rideau de sable
Bergamotte berceau de miel
Renoncule théâtre blanc
Pamplemousse l’oeil de la cible
Banane le parc à refrains
Résonne de chansons nouvelles
Verveine chevalet fragile
Grenade rocher d’allégresse
Ancolie vierge inanimée
Olive paume de faïence
Cassis inscrit au coeur des jungles
Bouchant de son sang noir leurs veines
Seringa masque de l’aveugle
Écorce de la nuit d’été
Églantine vin du matin
Sapotille ordonnée ardente
Primevère ivresse d’argile
Mandarine métal d’injures
Datura roi honteux d’avoir
Régné sans dire son secret
Argémone ombre déliée
Abricot gerbe de fortune
Orchidée chaîne de désastres
Amande golfe de tendresse
Lavande bonnet du berger
Tempes fines et boucles blondes
Giroflée boussole endormie
Cerise cuve de candeurs
Sur une bouche négligente
Bien passé l’âge de raison
Le phlox sera un gros village
Le trèfle une poule pondeuse
Le pourpier une empreinte obscure
L’aubépine écluse une fugue
La mangue sera une alliance
La datte une pierre soumise
La mirabelle une alouette
Et la framboise une bouée
Pour le destin de l’immortelle
La fleur faite comme une morte
La piètre fleur de perfection
*
Fleurs à l’haleine colorée
Fruits sans détours câlins et purs
Fleurs récitantes passionnées
Fruits confidents de la chaleur
J’ai beau vous unir vous mêler
Aux choses que je sais par coeur
Je vous perds le temps est passé
De penser en dehors des murs.
(Paul Éluard, Le Livre ouvert II, 1
942)

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