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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 10:56

Recette du jour

 

« Pain dans la vallée du M’goun »

 

Ingrédients :

eau, farine de blé, sel, sueur

 

Le pain, quoi de plus basique ?

Basique oui, mais essentiel, élémentaire, vital.

Quoi qu’il en soit, l’un des plus beaux moments de ma vie, un moment de partage au goût presque biblique.

Si ce n’est que dans mon cas, nous sommes fin avril au Maroc, au fin fond de la vallée du M’goun, en terre berbère.

Cela se passe dans un gîte pour randonneurs, géré par des femmes, pendant que le père fait taxi à la ville, à El Kelaa M’Gouna.

 

Aller chercher de l’eau

L’eau, cet élément si précieux dans ces régions éloignées, se mérite.

Tantôt, les filles, les femmes et les enfants forment un groupe joyeux, rieur pour descendre à la rivière le long d’une pente de plusieurs dizaines de %.

Elles portent avec légèreté des jerricans et des bouteilles en plastique vides. Nous les suivons. Nous croyons lire dans leurs yeux : pourquoi nous suivent-ils, ce n’est pas l’affaire des touristes. Puis vient le moment de remonter la pente, chargés comme des mules.

Tantôt, toujours les mêmes filles et femmes puisent l’eau à bout de bras sans l’un des puits du village. Etant femme, j’ai eu l’honneur de puiser 1 seau d’eau. Quelle force cela nécessite, surtout lorsqu’il faut attraper le seau qui est là, au bord du puits, tout en haut !

 

La farine de blé

Nous comprenons qu’elle provient des prés cultivés en aval du village, le long du M’goun. Durant 3 jours de randonnées qui ont précédé notre arrivée au gîté, nous avons traversé des parcelles cultivées de bé, sur lesquelles un cheval harnaché d’une sorte de charrue et monté d’un fermer, travaillait.

Les grains sont ensuite moulus avec une pierre de meule activée manuellement par les enfants.

Les enfants sont le fil rouge de notre périple : ils sont présents, participent aux travaux de la ferme, de la maison, vont eu à l’école, et pour cause !

 

Le sel

Le sel restera un point d’interrogation. Nous pouvons supposer que le père le ramène de la vaille lors de ses allers retours.

 

Il est déjà tard, je ne me souviens plus de son prénom, elle a 16 ans. Elle invite mon compagnon à quitter la cuisine tandis qu’elle m’invite à y rester avec elle. C’est une affaire de femmes qui démarre, et je sens que je vais en être l’actrice, y participer de mes propres mains.

La cuisine est sombre, l’eau est dans les seaux, le four est  à bois, le sol est en terre battue. Nous sommes accroupies. Elle commence à mélanger les ingrédients, les malaxer, les pétrir jusqu’à ensuite étier la pâte comme une immense crêpe. Elle m’invite à faire de même : je mélange, je pétris à mon tour avec plaisir, dans une sorte de communion avec le sol si prêt, la pâte, et la jeune femme qui me guide.

 

Me voilà envahie d’un sentiment d’honneur que cette jeune femme le fait en me faisant participer à un acte aussi essentiel et vital que celui de faire du pain.

Je ne peux m’empêcher en même temps de penser au parcours réalisé et à venir de ma compagne. Elle a 16 ans, est l’aînée de cette famille, ne va pas à l’école. Ses parents ont prévu son mariage avec un garçon du village l’année suivante. A la question « l’aimes-tu ? », la réponse n’est pas si franche, plutôt évasive, le regard tourné vers la terre battue. Quel concept bizarre que de se marier par pour l’amour ?!

Vient le temps de la cuisson dans ce four à bois alimenté au fur et à mesure par la jeune femme. Là c’est l’odeur qui envahit ma mémoire, pas tant celle du pain que celle du bois et de la terre au sol.

 

Puis arrive le moment du repas, au menu duquel, le pain, ce soir là, occupe dans mon cœur, mon esprit  et mon palais, le premier rang.

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Published by atelier d'écriture Labège - dans Anne-Lise
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